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2011 : Toutes les prédications
Une histoire de famille, une histoire juiveUne prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains
Samuel, Lévi, Nathan, Brendensteinraconte un soir une histoire à sa famille qui se tient dans le salon. Autour de lui quatre générations de Brendenstein dont il est, lui, Samuel, Lévi, Nathan, le plus âgé. L’histoire nous vient, dit-il, d’un très lointain de nos ancêtres qui vivait à une l’époque où l’on attendait déjà le Messie ! Oui on attendait déjà le Messie ! Aujourd’hui quand on pense aux disputes entre les israéliens et les palestiniens on attend bien l’homme providentiel, l’homme au charisme tellement exceptionnel qu’il donnera enfin à la paix, trouvera l’impossible compromis. Est-ce Obama, est-ce un autre, comment savoir ?! Mais plus encore qu’une espérance politique, nous attendons aujourd’hui, comme nous attendions déjà autrefois, le salut total, la venue du Messie !
Oui en ce temps l’ancêtre de Samuel, Lévi, Nathan Brendenstein attendait le Messie sans son pays déjà ravagé par les guerres et les compromis qui ne se trouvaient pas ! Les Romains occupaient le pays ! Les partis religieux se disputaient sévèrement, les croyants hésitant déjà à prendre parti ou pour les faucons ou pour les colombes ! Alors écoute, toi qui vis en ce 21ème siècle… Samuel, Lévi, Nathan prit le temps de regarder chacun. Ecoute l’histoire de mon ancêtre qui était de condition très très modeste. Il était tellement pauvre, tellement isolé, tellement rejeté, qu’en fait c’est avec grand peine qu’il survivait, son moral était au plus bas. Ah attendre le Messie – soupirait-il – c’est un luxe de riche réservé à ceux qui ont le temps de finasser, de s’arrêter pour philosopher, pour ceux qui peuvent passer leur temps à étudier les lois religieuses et les discussions sans fin. L’ancêtre, dans ses courts moments de répit, regardait son corps se défigurer. La lèpre avançait, le faisait se tordre de douleur, lui rongeait progressivement les doigts des mains et des pieds. La lèpre le rendait infirme, le défigurait lui donnant cet aspect repoussant. De plus on l’avait chassé de chez lui, de chez nous, les ancêtres des Brendenstein. Le voilà chassé de partout par peur de la contagion. Tout le monde le fuyait, il était comme tant de juifs le devinrent plus tard, un paria, un « invisible », quelqu’un sans droit et qui ne pouvait que fuir de lieu en lieu. A peine, parfois, quelqu’un avait-il pitié de lui et lui jetait-il quelque nourriture. Malheur à lui s’il s’approchait trop près ! Durant des siècles, bien avant la Shoah, nous nous sommes émus du destin de cet ancêtre. Quel supplice. Et puis, sa chance, son salut, c’est qu’un juste s’est trouvé sur son chemin. Oui mes amis, comme certaines familles ont pris tous les risques pour sauver des juifs durant la dernière guerre, un homme avait accepté de s’approcher de lui , et même de le toucher. Un an auparavant il avait entendu parler d’un guérisseur, d’un homme qui pouvait guérir les pires maladies dès lors qu’il touchait le malade. C’est une force qui sortait de lui ! Cet homme circulait à travers le pays, et certains murmuraient des théories incroyables à son sujet. – Oui, comme de nos jours, on attendait le Messie - Mais notre ancêtre avait seulement retenu qu’il pouvait guérir n’importe quelle maladie. Il se jette à genoux sur le chemin poussiéreux et le supplie, il le supplie de le rendre à nouveau pur, de le débarrasser de la lèpre ! Il n’avait pas d’argent, pas d’amis, il était riche oui mais en souffrance, en mépris, en désespoir ! Il lui sa détresse ». Ah oui, dit Samuel, Lévi, Nathan, nous avons de la peine quand nous n’avons pas tout de suite un cadeau, une promotion, ou quand nous avons simplement un souci. Notre ancêtre exprimait sa détresse absolue. Je connais ce regard désespéré, hébété, je l’ai vu durant la Shoah quand les convois emmenaient femmes et enfants et que peu à peu le sort tant redouté devenait de plus en plus explicite. La petite Sarah se mit à sangloter et sa mère enfonça ses ongles dans sa paume pour retenir sa propre peine. Mais Samuel, Lévi, Nathan reprit : Qui nous sauvera ? Le salut pouvait dépendre d’un seul homme qui nous tendrait la main. Un homme courageux, un juste. La détresse…et ce silence qui s’installe quand il n’y a plus d’espoir. Oui mes enfants nous prions pour le bonheur, pour la paix, pour la protection, ici notre ancêtre était dans la détresse. Il pouvait encore parler, on pouvait encore un peu comprendre sa voix, ses yeux et sa figure étaient boursouflés, ravagés, sa bouche déjà déformée… Avait-il encore vraiment des lèvres, parlait-il derrière un voile, drapé dans un bout de tissu ? Oui c'était horrible. Et, répétons-le, de plus il était chassé de toute part par peur de la contamination... Mes enfants, souvenez-vous pour toujours du nom de ce juste. Il s’appelait Jésus, c’est lui qui a eu pitié, et il a accepté de le toucher ! Mais la contamination me direz-vous ! Il a accepté de le toucher ! et le touchant, il le guérit et lui ordonne de se montrer aux prêtres, car ce sont ces derniers qui pouvaient officiellement le déclarer pur ! Etre pur c’est être sauvé de la mort, c’est être rendu à la vie. C’est pouvoir revenir en ville, c’est pouvoir retrouver sa famille, son métier, ses relations. Jésus lui demandait une seule chose : la discrétion. Raté ! Eh oui, pour nous aussi les Brendenstein, malgré les siècles, nous aimons toujours parler et raconter ce qui est arrivé autrefois, raconter ce qui arrive aujourd’hui… oui vous riez, c’est plus facile ! Nous avons les lèvres qui s’agitent quand la pensée n’est même pas encore tout à fait formée. Riez, riez, oui nous sommes une famille où l’on bavarde, où l’on raconte, mais aussi où l’on se souvient aussi de ce juste : Jésus. Jésus lui avait demandé la discrétion,… mais non, quand un homme est bon il faut le dire ! A la télévision on voit tous les jours des horreurs, des crimes, des violences. Affreux ! Moi je veux que l’on parle de ces gens qui sont bons, qui font le bien. Il faut faire de la publicité pour le bien ! Vous ne croyez pas ? Alors notre ancêtre, tout à sa joie, tout à sa reconnaissance, parle, il le fait partout où il passe. Les gens sont stupéfaits, il dit à tout le monde que c’est ce juste – Jésus – qui l’a guéri ! Plus tard, c’est avec surprise que j’ai lu dans le Nouveau Testament, le livre saint des chrétiens, le récit de mon ancêtre. Oh les chrétiens ont un peu changé l’histoire, mais l’essentiel y est. Il paraît que notre ancêtre n’aurait pas dû tellement parler, car Jésus – béni soit son nom - ne pouvait plus aller en ville, de partout les gens voulaient s'approcher de lui, sans doute pour être touchés, sans doute pour le supplier afin qu’il porte toute la détresse du monde. Mais quelqu’un peut-il porter toute la souffrance du monde ? Allons les enfants, racontez cette histoire à vos propres enfants. Nous autres, les Brendenstein, nous ne sommes pas des gens ne sachant pas être reconnaissants, qu’on se le dise, Jésus était un juste ! Qu’on le dise et qu’on le répète. Laissons la famille Brendenstein.
Cette demande de discrétion de Jésus nous frappe nous aussi, elle sans doute liée au fait que Jésus ne veut pas être connu comme un guérisseur .
Jésus veut que l'on écoute son message. Hier au catéchisme nous avons lu dans Marc 1 comment Jésus avait magistralement enseigné et chassé un démon. Oui Jésus a parfois accepté de faire de signes publics extraordinaires. Mais quand après le récit de la multiplication des pains, les gens veulent le faire roi, Jésus part. Il refuse, il les quitte. Il n’est pas ce que les gens pensent qu’il est. Même quand ils sont bien intentionnés. Quand Jésus entre dans Jérusalem, le dimanche des Rameaux, c’est un malentendu. Il n’est pas le roi attendu, il n’est pas roi comme nous nous attendons à ce qu’il le soit. Jésus n’aime pas faire des miracles. Il le fait pour donner de l’autorité à sa prédication, il le fait quand il est trop ému par la détresse, il le fait quand il est surpris par la simplicité et la force de la foi d’une personne. Mais au fond Jésus n’aime pas faire des miracles parce qu’ils créent un malentendu. Ce qui est important est ce qu’il dit, ce qu’il dit de Dieu, ce qu’il réalise de plus que la relative simple guérison de tel ou tel malade. Jésus est bien plus qu'un faiseur de signes et de miracles, il y a une profondeur à laquelle on n'accède que par une écoute attentive, par le chemin de la foi, de la recherche du sens, par un travail des Ecritures. Au fond Jésus voudrait déjà être ce qu’il sera plus tard, ce qu’il est aujourd’hui, ne laissant parmi nous que le signe par excellence : Le Messie est mort, et son père l’a ressuscité d’entre les morts. Alors si Jésus n’est pas un faiseur de miracles, que devons-nous demander dans la prière, que devons-nous comprendre, que devons-nous croire… ? Frères et sœurs, tous les textes des Evangiles pointent dans cette direction. Laisserons-nous grandir cette question en nous ? Vivrons-nous ainsi ? C’est à nous de répondre : « Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. » Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 29 Septembre 2011
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