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Un article sur les ROMS de Roumanie
Le pasteur Michel Guerrier propose une réflexion très éclairante sur les Roms.
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Les Roms de Roumanie,
Cet été 2010 a été marqué par l’irruption particulièrement violente de réalité des Roms dans notre calme estival. Beaucoup de passions vraies ou surfaites y sont mêlées. Par les informations suivantes, nous ne voulons pas exacerber les esprits. Mais le voyage en Roumanie a permis à certains d’entre nous d’approcher d’un peu plus près la réalité de la vie ordinaire des Roms, dans leur pays, qui laisse, disons-le d’emblée, un grand sentiment de détresse honteuse et d’impuissance fataliste. Et puis, précisons -le, ce que nous allons maintenant dire est le résumé d’une thèse sur les Roms de Roumanie faite par un chercheur strasbourgeois Jean Pax et ne peut être que complémentaire aux autres informations , malheureusement souvent utilisées à tort et à travers sur la vie des autres groupes gitans ,tziganes , vanniers , gens du voyage , semi-nomades, évangéliques , catholiques, orthodoxes …. Chacun d’entre vous a d’ailleurs son expérience personnelle du monde gitan, pour moi c’est celle d’aumônier de prison, qu’il ajoutera à ce qui va suivre. Une origine vague :Les tziganes sont muets sur leurs origines lointaines. Avec quelque probabilité, ils sont d’origine indienne, de la caste des parias ( déjà le rejet ! ) Avec les peuples de l’Inde on peut déceler certaines parentés linguistiques et coutumières. Vers l’an IOOO ils s’établissent au Moyen-Orient, en Egypte, en Grèce, d’où leur nom de Athurganoï, qui a donné Tziganes ) Une histoire tourmentée. Au XIIIème siècle, ils arrivent en ordre dispersé en Europe centrale. D’emblée, ils y sont mal vus, sont exclus de la vie ordinaire, sont recrutés de force pour les galères, sont traduits devant des tribunaux spéciaux, sont victimes de lynchage. Corollaire de cette exclusion : des mesures de réclusion autoritaire avec intégration forcée dans la population majoritaire. Il leur est interdit de voyager, ils sont astreints à des travaux forcés, on les retrouve dans le travail pénible des exploitations minières – d’où pense-t-on leur affinité ultérieure au commerce et au travail des métaux, en particulier de l’or. Souvent, ils sont réduits à l’état d’esclaves sous la férule de maîtres abusifs, cruels, parfois violeurs, parfois castrateurs ( les scopici !) que sont les nobles, le clergé, les boyards et autres riches propriétaires. Ces propriétaires les achetaient par familles, les vendaient, les échangeaient. Jusqu’au 19ème siècle il y avait en Moldavie des marchés d’esclaves. Curieusement on ne connait pas de mouvement de révolte de ces esclaves contre leurs maîtres 1848 marque le début de leur émancipation. Libres de voyager, ils se dispersent en Hongrie, Russie, Serbie… Sous le régime nazi , ils sont traités comme des sous-hommes, sont déportés, font l’objet d’expérimentations médicales, sont exterminés. On parle de 90000 victimes. Avec l’arrivée des communistes au pouvoir, on essaye de sédentariser les Roms, mais dans des villes où leur mode de vie habituel ni leur petites professions ne peuvent se développer –ils sont quand même plutôt reliés à la libre nature qu’aux HLM ! - et où la cohabitation avec les autres populations devient difficile, voire intenable. Après Ceausescu, la situation empire, à la moindre incartade, au moindre vol les sédentaires mettent le feu aux campements déjà bien misérables. Quelques traits de leur vie actuelle : En Roumanie, ils semblent compter 2,5 millions, le taux de natalité est très élevé, les enfants constituent une richesse simple et abordable. Ils vivent repliés sur eux-mêmes, sur leurs familles , sur le Diwa, sorte de conseils des chefs de famille- toujours des hommes – Les délibérations du diwa sont tenues secrètes L’alphabétisation des jeunes ne progresse pas, les conditions d’hygiène sont déplorables, la méfiance ou la négligences face aux injonctions de vaccinations sont grandes. Les populations majoritaires ne sont pas en reste pour les servir en mépris et gestes de dégoût. Quelques chefs émergents, les rois, les Rom BARO choisis au vu d’une certaine respectabilité , de leur intelligence, de leur discrétion.. Extérieurement, ils se distinguent par leurs vestes à boutons dorés et leurs chaînes à pendeloques. Quelques métiers encore pratiqués par eux : la vente de fleurs, la récupération de vieux métaux, la musique, l’élevage des abeilles. Souvent christianisés superficiellement par l’orthodoxie, ils gardent certains restes d’un culte lunaire appelé SEMNA. Un fort attachement aux défunts se trouve aussi chez eux. Quelques interdits marquants : Interdiction de toucher aux signes de route, interdiction de l’inceste, encore qu’il y ait pas mal de mariages entre demi-frères et demi-sœurs. Ces dernières années ils sont touchés par le mouvement de renouveau pentecôtiste tel qu’on le trouve en France Les problèmes qui reviennent et qui souvent ont une racine profonde, insaisissable : 1) Il y a peu d’éléments d’une mémoire collective sinon une forte méfiance vis-à-vis de tout ce qui est gadjé/ étranger. Difficultés à forger une identité positive face aux populations majoritaires très attachées à leurs particularités historiques d’autant plus qu’elles aussi, comme en Roumanie, ont un passé qui toujours a dû se défendre contre des occupants. 2) On pense que l’inconscient collectif a été blessé à plusieurs reprises et très profondément. Comment en guérir ? Comment sortir d’un fatalisme dépressif autrement que par d’épisodiques bouffées de violence 3) La famille et le genre de vie traditionnels sont aussi déstructurés chez eux comme ailleurs 4) La question du pain quotidien qui a tout à fait disparue chez les peuples d’Europe, se pose chaque jour chez eux.de façon lancinante. On vit au jour le jour. D’où peut-être la propension aux vols ? 5) Se pose aussi la question de la régulation des naissances à laquelle ils sont allergiques pour des questions de mentalité mais peut-être tout simplement parce la régulation a un certain coût. Comment nourrir, habiller, instruire cette marmaille sympathique mais livrée à elle-même ? Conclusion très prudente : Arriver à trouver des modes de cohabitation avec les autres populations, travailler dans le sens de contrats collectifs incluant à la fois les différences des uns et des autres tout en soulignant les règles communes sans lesquelles aucune vie sociale commune n’est possible. Ces populations sont nomades ou semi-nomades, il faut impérativement envisager des concertations européennes, donc allant au-delà des frontières nationales. Se méfier de tout jugement hâtif et péremptoire. A chacun des lecteurs d’ajouter ses propres réflexions. Michel Guerrier Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 29 Septembre 2010
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