Chers frères et soeurs,
Pour commencer notre méditation je voudrais amener au théâtre, je voudrais vous demander d'imaginer vous trouvant à proximité de la scène. Nous sommes au théâtre de l'histoire et de la vie, en Judée, les trois coups sont frappés et le rideau se lève...
Nous découvrons le décor et les personnages, les acteurs vont se présenter. Une voix nous introduit dans la dimension voulue, nous offre le sens de ce qui se joue.
Texte du jour :
1 Jean 5 11 Et voici ce témoignage : Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils.
12 Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie.
13 Cela, je vous l'ai écrit, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu.
Nous sommes au théâtre et le décor est celui de notre monde. L'acteur principal est Jésus et les autres acteurs sont tous ceux au milieu desquels il a circulé... La même voix proclame encore :
1 Jean
1 Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie,
2 et la vie a été manifestée, nous l'avons vue, nous en rendons témoignage...
Cette scène veut souligner une étrangeté, quelque chose s'est passé et certains des hommes et des femmes vivants dans le monde ont été touchés au point de ne plus être les mêmes.
Certains sont passés à une réalité qui se superpose à la première réalité, notre simple condition d'homme, notre situation d'avant...
Si tout le monde vaque à ses activités, si l'on se marie encore, si l'on exerce son métier et qu'on se déplace comme avant certains, pourtant, sont devenus différents. Ce qui s'est passé est intérieur, le changement est de l'ordre de la lumière ! Ce n'est plus seulement le soleil qui les éclaire, ce n'est plus seulement l'éducation reçue qui les guide, et même la religion de leur enfance se retrouve dépassée par une nouvelle réalité.
Ces humains, hommes et femmes de tout âge, sont désormais de ceux qui se sont placés sous un autre projecteur, sous un nouveau soleil, ils sont devenus « des enfants de la lumière ». Et cela est d'autant plus impressionnant que la lumière ne vient pas d'une machine théâtrale mais qu'elle est reçue lors d'un discours et qu'elle demeure désormais à l'intérieur.
Ecoutons cet autre lever de rideau, elle ressemble beaucoup à la première :
La bonne nouvelle, écrira Jean, et que nous vous annonçons, c'est que Dieu est lumière... Nous marchons dans la lumière comme il est lui-même lumière. Nous sommes mutuellement en communion.
Par Jean nous assistons à une solennelle lever de rideau et l'Église, dans sa sagesse, a voulu que ce premier dimanche de l'année soit l'Acte 1 scène 1. Un lever de rideau par lequel nous découvrons le décor et où nous voyons s'avancer un personnage. Nous nous demandons si c'est le personnage principal... Et partout, dès ce lever du rideau, l'on dit « Lumière ! Lumière ! » Partout elle jaillit comme l'eau, emporte sur son passage, éclaire tout ce qui se trouve sur la scène, - aussi dans notre monde-- . Tout se trouve sous l'étonnement et l'évidence de cette lumière.
Durant notre célébration de Noël nous avons entendu Platon décrire par une allégorie comment la philosophie pouvait éclairer la vie, comment l'humanité allait difficilement vers une nouvelle lumière, un nouveau langage, délaissant les habitudes pour aller vers la liberté et la dignité de l'homme. Je reprends une partie du résumé écrit par Elisabeth Wolff. Les deux récits se répondent très bien.
….......
L'histoire de l'humanité ressemble à ces hommes assis au fond d'une caverne. Cela se passe voici des millénaires en arrière, ils tournent le dos à l'entrée, ils sont enchaînés et le feu brûlant derrière eux projette des ombres sur la paroi qu'ils regardent. Ils ne le savent pas, mais la caverne a une ouverture par laquelle on pourrait entrer et surtout sortir. Dehors, au loin, des porteurs cheminent sur une route avec des ustensiles de toutes sortes, des statues et des animaux et des ouvrages variés.
Dans la caverne, depuis l’enfance, les humains ont les jambes et le cou dans des chaînes pour qu’ils restent en place et voient seulement devant eux. Ils sont incapables de tourner la tête. Un feu brûle loin derrière eux projetant les ombres de la réalité sur les parois de la caverne.
Nos enchaînés ne voient que les ombres projetées par le feu sur la partie de la caverne qui leur fait face. Et les sons qu’ils entendent, ils les attribuent à ces mêmes ombres. Pour eux, ce qui est vrai ce sont ces ombres qui passent le long du mur. Ils ne savent pas que ce ne sont que des ombres...
Imaginons pourtant que l'un de ces enchaînés soit délivré, contraint à se lever, à se tourner, à marcher et à lever les yeux vers la lumière, il en éprouvera d'abord de la douleur. Pour la première fois de sa vie il verra de ses yeux ce qui projetait des ombres. Ces choses qui défilaient il va d'abord les voir, mais sans les comprendre. De plus la lumière va l'éblouir, lui faire mal et il sera tenté de retourner au passé, la caverne, sombre certes, mais à laquelle il était habitué. Veut-il seulement voir la lumière ? Veut-il seulement comprendre autre chose que ce qu'il a toujours compris ? Oui il est tentant de se dérober et de glisser à nouveau vers l'obscurité.
Ce que nous appelons vrai, il ne peut le concevoir, du moins pas tout de suite, puisqu’il ne peut encore le discerner. Il faudrait du temps, des habitudes, des paroles, des échanges pour vérifier qu'il a bien compris.
Il faut du temps pour distinguer le reflet des choses des réalités. Son univers, auparavant, c'était la grotte ! A présent il lui faut comprendre les étoiles et la lune, le soleil et la lumière pour ce qu'ils sont réellement. Après une longue maturation l'idée lui viendra de retourner dans sa grotte, non cette fois pour s'y réfugier et fuir la lumière, mais pour raconter à ses anciens compagnons que le vrai, la réalité, est toute différente de ce qu'on imagine quand on est assis en face de la paroi de la caverne avec la simple projection lointaine de l'ombre des choses.
Les autres vont se moquer de lui, dire que cela ne valait pas la peine de monter là-haut, puisqu’il en revient ayant du mal à voir dans l'obscurité ambiante et ne partageant plus les mêmes opinions que ses compagnons qui sont toujours restés enchaînés.
Et s’il entreprenait de les délivrer tous et de leur faire découvrir la lumière, est-ce qu’ils ne le tueraient pas, puisqu’il menace leurs pauvres certitudes ?
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Frères et soeurs cette allégorie de Platon reste frappante, depuis des siècles nous restons étonnés de l'illusion qu'offrent les ombres ; du besoin d'aller vers la lumière; de la difficulté pour l'homme d'être libéré de fausses conceptions.
Il nous faut déjà finir. Grande et solennelle lever de rideau par l'évangiste Jean ! Lente montée vers la lumière de Platon. Il est vrai que nous ne sommes pas assis en face d'une muraille, par contre nous sommes continuellement assis devant un certain petit écran qui prétend nous montrer la vérité telle qu'elle est. Ces ombres-là ont des avoircouleurs, elles s'agitent joliment, elles ménagent des surprises, elles jouent avec nos espoirs tout comme avec nos craintes et surtout font tout pour que nous ne les quittions pas des yeux.
La bonne nouvelle, écrira Jean, et que nous vous annonçons, c'est que Dieu est lumière... Nous marchons dans la lumière comme il est lui-même lumière. Nous sommes mutuellement en communion.
La vérité est tout autre chose qu'une vérité médiatique et ajoutons une dernière différence : en Jésus c'est la lumière elle-même qui est venue dans la caverne pour détacher les chaînes.
Nous quittons à présent le lever de rideau et les acteurs animés d'une lumière intérieure. Comme lors des spectacles de Robert Hossein, le spectacle se prolonge dans la salle, et de la salle cette vérité veut aller dans la rue.
La lumière reçue nous allons à présent la porter partout où nous nous rendrons.
Vivons comme des enfants de lumière.
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. Amen.