La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

2011 : Toutes les prédications

Rester debout au milieu des ruines

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains


Chers frères et sœurs
 
le sujet que nous avons à méditer prendra la plupart d'entre nous à contre-pied, car la thématique du jour nous incite à attendre dans le silence...  Attendre l'aide, attendre une manifestation de bonté de Dieu à notre égard ou à l’égard du monde.
 
Le prophète Jérémie écrira : « L'Éternel a de la bonté pour qui espère en lui »
 
Attendre...  pour beaucoup d'entre nous, attendre, n'est pas spontané car c'est dans l'action que nous sommes à l’aise. Des exemples ? Dans le domaine politique nous sommes tous en une attente, mais une attente toujours pressée. Nous allons élire ceux ou celles qui nous sembleront capables de faire face aux crises c'est-à-dire toutes les décisions nécessaires afin que les bons choix soient immédiatement repérables, efficaces, concrets, justes, etc.
 
Nous sommes pris dans la vitesse du monde, dans ses changements et bien évidemment c'est l'action, la réponse, les initiatives qui seront déterminantes.
Dans le domaine personnel, très souvent il en va de même. Quand vous êtes devant un problème à régler, attendre n'est pas la solution prônée. Quand à Pôle emploi on vous dit d'attendre, vous êtes tentés par tout autre chose que l'attente...
Quand vous avez des factures à régler, quand un différent apparaît, quand une injustice est infligée, elle ne sera pas réglée par une attente indéterminée. Il faut une action, pour au moins tenter, quelque chose. Etc.
 
---------------------
A présent donnons la parole à celui qui dit qu’il est bon d’attendre. Le prophète Jérémie écrit au 6ème siècle avant Jésus-Christ. C'est lui qui s'attend à Dieu et qui dit aux croyants de l'époque d'attendre. Le pays était une fois de plus occupé, les ennemis s'appelaient alors les Babyloniens. Leur domination était évidente, une première élite avait été déportée à Babylone. Bientôt une seconde déportation allait suivre.
 
Que faire ? Se révolter ! Oui, mais avec qui ? Avec les voisins de l’Ouest, les Égyptiens pensaient certains !
Se révolter pour la liberté, pour l’honneur, pour la gloire… nombre d’entre nous sommes sensibles à cela !
Jérémie dira d'attendre et que la délivrance allait venir « toute seule » ou plutôt que le Seigneur, que le Seigneur-Dieu, avait décidé que cette domination allait durer 70 ans, et qu'après cette période, le peuple allait pouvoir revenir en Israël. En attendant il fallait revenir à la pureté de la foi et de la loi. Repentance donc.
 
Pendant ce temps, à la cour du roi, des faux prophètes multipliaient des signes symboliques venant soi-disant du Seigneur. Mais oui, disaient ces prophètes, il faut se révolter, c'est la volonté de Dieu !
Jérémie est le seul à penser qu'il suffira d'attendre la fin de la punition car, après la punition, viendront à nouveau des temps meilleurs. Il faut donc attendre. Attendre dans la honte et la souffrance. Il ne sera pas écouté, ce sera un massacre et une déportation.
 
Ce qui valait pour le pays vaut aussi pour l'homme. Le texte du jour est tiré des lamentations du prophète Jérémie. Il énumère longuement tout ce dont il souffre, il fait penser à Job sur son fumier, le malheur est sur lui car ce que vit le pays, il le vit dans sa chair. Pourtant il s'accroche ! Il écrit :
 
 
« 22 Les bontés du Seigneur ne sont pas épuisées,
il n'est pas au bout de son amour.
23 Sa bonté se renouvelle chaque matin.
Que ta fidélité est grande, Seigneur !
24 Je le dis : le Seigneur est mon trésor,
voilà pourquoi j'espère en lui.
25 Le Seigneur est bon
pour qui compte sur lui, pour qui se tourne vers lui.
26 Il est bon d'espérer en silence
la délivrance que le Seigneur enverra.
...
31 Car le Seigneur n'est pas de ceux qui rejettent pour toujours.
32 Même s'il fait souffrir,
il reste plein d'amour, tant sa bonté est grande. »
 
La solution préconisée par Jérémie, la seule solution : « Nous avons péché, nous avons été rebelles. Retournons à l'Éternel, il permettra plus tard le retour au pays.»
 
Mais à présent que faire de cette volonté de se battre et de l’exhortation à l’attente ?
 
Attendre et rester dans une souffrance... Nous aussi nous venons à l'Église dimanche après dimanche, même si nous ne sommes pas exaucés, et nous sommes, nous aussi dans cette douloureuse nécessité d’une attente. Tout homme souffrant se pose la question du sens de la souffrance et de la solution à apporter pour mettre fin à la souffrance.
  • D'abord, tout un chacun souhaiterait ne pas avoir à souffrir dans la vie... Pourquoi y a-t-il le mal ?
  • Pourquoi le juste, le croyant, le fidèle, souffre-t-il ?
  • Ensuite on aimerait que, si nous souffrons, pour le moins la souffrance ait un sens.
Jérémie dira que le peuple souffre pour expier quelque chose. C'est dans ce sens que s'oriente la réponse de Jérémie. Le peuple devait se repentir.
Mais le plus souvent nous n'avons pas la moindre idée de ce dont nous devrions nous repentir. Si certains ont des choses à se reprocher, le plus souvent nous menons sensiblement la même vie. A s’interroger jusqu’au tourment, ces interrogations viennent nourrir une mauvaise culpabilité car en creusant, en interrogeant notre conscience, nous aidant par exemple des dix commandements, nous trouverons toujours un domaine ou une occasion lors de laquelle nous étions tout simplement des pécheurs.
Est-ce suffisant pour vivre sous le poids d’une malédiction, d’accepter la souffrance, d’accepter d’expier une faute ?
 
Pourquoi drames ou malheurs s'abattraient-ils sur nous alors que nous ne sommes que des hommes, nous tentons de vivre, avec nos grandeurs, avec il est vrai, aussi nos dimensions parfois médiocres.
Tout ce qui se passe serait-il donc lié à Dieu ? Faut-il l'imaginer prêt à pourfendre le croyant commettant le péché, mais l'imaginer aussi laissant tant de personnes faire effectivement le mal et ne rien entreprendre pour rétablir ce qui est bon, juste et vrai ?
En un mot Dieu s'occuperait de punir les croyants, mais ne réglerait aucun problème de la société et ne réglerait le sort d'aucune personne abominable ! Là nous sommes perdus si nous pensons de la sorte !
 
La lumière vient de Jésus.
 
Nous attendons Jésus, nous attendons son retour, nous attendons la venue de la paix et de la guérison de tous les maux. Jésus n’a pas tout expliqué, quelques textes ont bien parlé des temps de la fin, mais le voile n’est que très partiellement levé.
Le voile qui a été levé, c’est ce qui concerne sa mort et sa résurrection. Celui que nous attendons n’est pas un homme ou un prophète, mais celui qui a vaincu la mort.
Le verset de ce dimanche le redit : « Notre sauveur, le Christ Jésus, c'est lui qui a réduit à rien la mort et fait briller la vie et l'immortalité par l'Evangile ».
 
Le fait est que nous nous réunissons, même quand nous ne sommes pas exaucés dans nos prières. Oui nous continuons à venir au culte. Pourquoi ? Parce que quelque chose de plus grand nous entraîne ici. Nous ne venons pas avant tout pour être exaucés, nous ne venons pas parce que nous avons du sang sur les mains, nous venons pour une réalité glorieuse.
Ce qui nous réunit, ce qui donne un sens, ce qui répond à la question, c'est l'Evangile de Jésus-Christ.
Le but n'est pas de nous tourmenter quant à l'avenir, le but n'est pas de nous mortifier la conscience ou le corps, le but n'est pas d'accuser ou de disculper, mais de regarder à ce que Dieu a fait en Jésus-Christ. C'est la vie, la vraie vie qui brille désormais en Jésus-Christ . Cela nous est donné. La souffrance, le plus souvent, n’a pas d’explication.
 
Jérémie, c'est sans doute l'homme qui tente de rester debout au milieu des ruines. Quant à nous, nous regardons Jésus debout. Il est ressuscité. C'est sa lumière qui nous apporte tout ce dont nous avons besoin.
L’apôtre Paul priera pour qu’il soit guéri d’une maladie touchant ses yeux, il lui fut répondu : ma grâce te suffit.
Frères et sœurs, vivrons-nous ainsi ?

Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 20 Octobre 2011
Lu 193 fois