La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Quand les montagnes s'éloigneraient

Esaïe 54 v 7-10

Pour un petit moment,
je t'ai abandonnée,
mais avec beaucoup de tendresse
je vais te rassembler.

8 Dans le déchaînement de mon indignation,
je t'ai caché ma face pour un petit instant,
mais dans mon amour éternel,
j'ai de la tendresse pour toi.
C'est là ce que déclare ton libérateur, l'Eternel.


9 «Car il en est pour moi comme au temps de Noé[d].
J'avais juré alors
que les eaux du déluge ne submergeraient plus la terre.
De même, je fais le serment
de ne plus m'irriter à ton encontre,
et de ne plus t'adresser de reproches.

10 Même si les montagnes se mettaient à bouger,
même si les collines venaient à chanceler,
mon amour envers toi ne bougera jamais;
mon alliance de paix ne chancellera pas,»
déclare l'Eternel, rempli de tendresse pour toi.



 
Chers frères et sœurs

Certains connaissent ce dernier verset dans sa version chantée : « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, quand les montagnes s’éloigneraient, Dieu fera tout comme il promet. Mon amour, oui mon amour ne s’éloignera pas de toi (bis)  ».

Par ce récit nous sommes une nouvelle fois confrontés à cette difficulté majeure de l’histoire du peuple juif. Vaincu militairement, déporté en Irak, les années passent et des choix différents se font du simple fait que tous s’adaptent à la situation nouvelle. Comme nos immigrés ils décident de garder leur religion, leurs rites, leur langue, leurs coutumes. Tous ? Pas exactement car ce déracinement à des conséquences. Il n’y a plus de Temple, ce Temple dédié au Seigneur et qui était le lieu exclusif de tous les sacrifices. Par contre c’est la Bible, la mémorisation, l’importance de l’étude communautaire de la Bible qui va prendre de l’ampleur.

Et puis quand je disais que tous ces « immigrés de force car vaincus » voulurent garder leur religion… c’est évidemment une simplification. Le panthéon des dieux est comme de nos jours rempli de concurrents séduisants, habiles, persuasifs ou féroces, surtout quand ils sont associés au pouvoir politique.

Des situations différentes mais par contre un point commun : tous les immigrés ont le cœur déchiré en pensant au pays qu’ils aiment et qu’ils ont été obligés de laisser. Ils chantent leur pays, composent des cantiques… Le malheur a ceci de bon, c’est qu’il alimente la vaine poétique. Ils se racontent le passé, sans doute en l’embellissant, mais personne n’a le courage de le relever. Et des religieux viennent rappeler qu’eux et leurs pères, s’ils ont été vaincus par une puissance ennemie, c’est à cause de leur faute, à cause de leur infidélité, de leur éloignement de la Loi, de la sainteté de Dieu. Ce qui arrive est une punition !

C’est pour cette raison que la promesse de ce jour, celle parole du prophète Esaïe est bien différente. Il ne redit pas l’infidélité passée, il redit l’amour de Dieu ! et il le fait avec des mots particulièrement tendres et évocateurs. Imaginez-vous avec eux, en terre étrangère, fixant l’horizon, tournés vers Israël, guettant – même si c’est impossible – les montagnes du pays aimé. « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, quand les montagnes s’éloigneraient, Dieu fera tout comme il promet ».

Ah les montagnes d’Israël étaient bien loin, bien hors de la vue, mais le désir, hier comme aujourd’hui, fait tout se rapprocher, le désir et l’espérance viennent combler toute faille rationnelle, la promesse permet de toucher du doigt ce après quoi notre cœur languit.
Même si les montagnes d’Israël s’étaient éloignées, Dieu fera tout comme il promet… Que promet-il ? Que la colère est passée. Que la catastrophe ne l’atteindra plus. Qu’il ne rappellera pas le passé par de nombreux reproches. Au contraire c’est à nouveau le temps de l’amour, le temps de la tendresse, le temps du désir, le temps de l’union, le temps de la paix.
S’il y a un temps pour tout, c’est le temps de la paix ! Joie ! Joie !

Ah mes frères nous écoutons cela avec politesse, peut-être avec un certain intérêt, mais je suis certain que si nous parlions de leurs pays aux étrangers parmi nous, je pense spontanément aux Africains, les yeux seraient embués de larmes, les gorges serrées, et ils sentiraient monter en eux le besoin irrépressible de sortir, de laisser libre cours à leur émotion. Comment vos montagnes se nomment-elles ? Et le nom de vos fleuves ? Et le nom de vos quartiers ? Le nom de vos fruits et de vos fleurs ? Et vos parents ? Souvent vos patronymes évoquent le courage ou d’autres belles qualités qui font la vraie vie, où ils rayonnent et illuminent comme le soleil, la grâce ou le bonheur de vivre !
Ah le pays, et la paix. Passer des malheurs au bonheur, de l’humiliation à la fierté, de la séparation aux retrouvailles…
Passer de la négation d’une identité à la ferveur de la foi, d’une domination étrangère qui se manifeste en toute nourriture, en tant de rites, jusqu’au pouvoir royal… et parvenir à la liberté, à la gloire du vrai Dieu. Mon corps est ici, mais mon cœur est là-bas ! Pleurs ! Et parfois dépression !

Esaïe a dû remuer les entrailles de bien des auditeurs en parlant de la sorte. Et quant à nous, même non africains, nous avons aussi connu des éloignements, des déceptions, des contradictions.

Les israélites avaient besoin de forces et d’espérance pour saisir l’occasion historique, rentrer au pays, et se mettre à l’œuvre pour tout reconstruire. Cela se fera historiquement sous le règne de Cyrus.
-------------
Pour nous, quand nous évoquons les montagnes éloignées, c’est pour dire par exemple ce que l’Eglise était. De mon époque – vous vous rendez compte monsieur le pasteur - il y avait 30 ou 40 confirmants, et ainsi de suite.

Mais notre point en commun est encore plus fort, plus net. Il est vrai que nous pouvons être habités par la nostalgie d’un lieu ou d’un passé, mais une autre réalité immense coule dans nos veines à tous.
L’horizon sur lequel nos yeux se portent depuis un rivage lointain, depuis une terre étrangère, est aussi celui de la venue du royaume, celui de la venue du Christ, celui où le lion sera en paix avec l’agneau, celui qui verra justice, paix, sérénité, santé. Celui où les puissances de morts seront vaincues, celui où la fraternité ne sera pas qu’un mot mais un pain chaud, bien odorant, nourrissant !
Cette espérance du royaume nous stimulera dans l’action mais peut-être aussi dans le besoin d’entendre, de recevoir, une promesse qui viendra affermir nos pas.
Quand les montagnes s’éloigneraient évoquent bien une réalité heureuse, et cette distance avec la réalité promise peut peser, elle peut même nous meurtrir.
On raconte que du temps des colonies françaises la mélancolie atteignait bien des colons quand ils étaient languissant sous un climat qui n’était pas le leur, dans une culture qui ne leur ressemblait pas. Bien des colons auraient sombré dans une dépression dont il fut parfois difficile de sortir. Ah la Métropole ! disait-on alors. A y réfléchir bien des nostalgies nous tenaillent.
Mais Esaïe a fait des promesses, le raccourci de la foi permet de dire qu’elles sont à présent pour nous. D’autres promesses nous viennent du Christ ou des apôtres. Il nous dit « Voici je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » Paul écrira que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Christ notre sauveur.

Les Israélites vont rentrer, reconstruire le pays. Leur labeur sera énorme, les aléas nombreux et leur histoire, nous le savons, ne s’est écrite ni dans la simplicité, ni sans drame, ni sans contradiction. Mais la promesse les a mis en route. Ils sont rentrés.

Cet exemple veut nous encourager, nous aussi. Que nous le disions avec le talent des poètes ou la ferveur des prophètes. Il y a un avenir qui est ouvert devant nous. Il y a la possibilité de rebâtir, il y a la promesse que tout ce qui a été donné à d’autres nous est donné à nous aussi. Il y a la promesse d’une présence, d’un cap, d’une sagesse, d’une énergie, d’une aide. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », « Quand les montagnes s’éloigneraient, quand les collines chancelleraient, quand les montagnes s’éloigneraient, Dieu fera tout comme il promet. Mon amour, oui mon amour ne s’éloignera pas de toi… »

L’enfant reçoit dès sa venue la promesse de l’amour des parents, et on lui dit que la vie est belle, douce et chaude.
Quand nous baptisons nos enfants nous prononçons sur eux cette promesse, « quand les montagnes s’éloigneraient »…
L’adolescent est encouragé à quitter sa jeune carapace et d’accepter de devenir adulte malgré la difficulté de la métamorphose. Et à la confirmation nous le bénissons et rappelons la promesse.
L’adulte vit, lui aussi, de la promesse, aussi de celle concernant le couple, lors du mariage nous redisons la promesse sous laquelle il est invité à se placer.
Le retraité vit de la promesse et même quand nous avançons fort en âge et que le corps ne cesse de faiblir jusqu’à vivre complètement de la grâce, cette grâce nous est redite. Elle reprend ce qu’Esaïe proclame, que toute colère est éloignée de Dieu, que nous n’avons nul besoin de prouver, de réaliser, mais que nous sommes tout entiers accueillis dans l’amour de Dieu. Lors des cultes d’adieux enfin nous faisons encore entendre comme un immense défi, la promesse qui ouvre tout, qui permet tout, qui donne tout.

Frères et sœurs, la promesse est toujours placée devant nous, elle nous accompagne durant toute notre vie, elle nous accompagnera même quand nos corps deviendront poussières.La promesse n’est pas qu’une consolation, elle nous permet d’être en paix, elle dirige nos pas, nous fait entreprendre, elle fait toucher du doigt ce qui est là-bas mais déjà là.


Que la douceur et la force de l’Evangile nous habitent, qu’à ce qui en nous est languissant elle donne l’espérance, le sens, et la force de marcher pas après pas. Amen.

http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/quand_les_montagnes.mp3 http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/quand_les_montagnes.mp3


Rédigé par Bruno Holcroft le Samedi 2 Janvier 2010
Lu 1234 fois