La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Prédications : la mort qui déchire la vie (Vendredi saint)

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft, à Niederbronn-les-Bains, le 10 avril 2009.


Chers frères et sœurs,

Depuis ce jour de la crucifixion de Jésus nous savons que l’homme est capable de tout. Capable de tuer l’homme et l’enfant, capable de tuer le saint et le juste, capable de tuer Dieu lui-même. Ce jour-là l’homme créa des ténèbres capables d’absorber toute lumière. Dans cette immense détresse l’espoir de connaître un monde meilleur, l’espoir d’une humanité réconciliée, l’espoir d’une paix, d’une entente cordiale, tout cela est à présent silencieux et mort.
Il n’y eut pas de mouvement de foule, à peine quelques signes dans le ciel et sur la terre. Le cœur serré et l’esprit bouleversé tous les disciples se sont dispersés, ils se sont terrés chez eux.
Voilà donc ce dont l’homme est capable. Non seulement l’enfant innocent et la tentative d'une justice humaine, non seulement il y a des guerres sur la terre, mais Dieu lui-même est mené à la mort pour, semble-t-il, laisser triompher notre face bestiale et diabolique. Voilà que le rideau tombe sur cet acte final.
Je voudrais vous inviter à écoute Françoise Bouchet-Saulnier, une femme qui œuvre au sein de l’association Médecins sans Frontières. Elle nous donne son témoignage de ce dont l’homme est capable. L'histoire se déroulait en 1994 durant le massacre d'environ 800 000 Tutsi, par les Hutu.

Je reviens du Rwanda dit-elle où j ai vu le mal à l’œuvre. Là-bas, j’ai perdu la foi et je l’ai retrouvée … douze fois par jour. Comme chacun, j’ai connu des moments de nuit totale, j’ai traversé les saisons de la vie ; celles où l’on vit, celles où l’on survit en se terrant, sans se poser de questions métaphysiques, celles où l’on réfléchit. J’ai compris que la foi ne prend pas son plein sens dans les chants grégoriens et la fumée de l’encens, mais au contact de ce qu’est l’abomination. Dans la fréquentation de l’épreuve. Car la vie, on ne la maîtrise ni à son départ, ni à son arrivée, ni en cours de route ; elle ne nous demande pas  notre avis. Elle est, et on n’y échappe pas. La souffrance en fait partie ; autant l’accepter, se la prendre dans la gueule. Sans jamais oublier la magnifique leçon que nous a offert le Christ sur la croix : il ne faut pas avoir peur de la souffrance. Il faut avoir confiance, accepter d’affronter l’horreur qui nous fera perdre la foi, tout en conservant un regard capable d’y chercher Dieu. On le trouvera, forcément.
Au Rwanda, j’ai croisé des lumières. Des personnes qui m’ont donné une irrésistible envie de vivre. Des Jésus avec lesquels j’ai découvert les extraordinaires ressources de la vie. Cette vie qui est à la fois abominable et fascinante. J’ai contemplé le mal, j’ai compris sa force qui consiste à désincarner. J’ai réalisé que Dieu, seul, est capable d’incarner.
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En ce vendredi nous sommes devant la mort du Christ, au contact avec « l’abomination ». Le Christ vit l’horreur et conserva le regard capable de chercher Dieu. Est-ce ce qu’il faut retenir ? Un regard capable de chercher Dieu en toute circonstance ?
En ce jour, le Christ meurt pour nous, il est tué, mais entraîne dans la mort notre péché et le péché du monde. Tout comme nous sommes invités devant la croix à prendre en compte la réalité de la souffrance et du péché, nous sommes aussi invités à comprendre que ce péché a été vécu, subi, jusqu’à un point ultime. Le péché du monde, notre péché a été porté par le Christ sur la croix.
Il paraît que dans l’immensité du cosmos il y a de ces lieux dotés d’une telle gravité qu’ils attirent tout, même la lumière. Il n’y a rien autour qui ne soit attiré, absorbé, ils sont noirs, il paraît que même le temps pourrait y être arrêté. Non seulement dans le cosmos mais en notre univers intérieur existent aussi de tels lieux sans lumière et notre vie est comme un vertige au-dessus de ces lieux . Nous n’arrivons pas à nous défaire de nos passions, pulsions de morts, culpabilités, histoires passées non dépassées.
Quand le Christ meurt en croix et que c’est l’heure des ténèbres, nous sommes invités à comprendre que c’est le lieu qui absorbe tout et où le temps s’est arrêté. C’est là qu’éclate le mal, la violence, la bestialité, c’est là aussi qu’il est absorbé et vaincu. Le vertige et l’attraction vers le néant ne sont plus. Une nouvelle lumière, une nouvelle création sont possibles. Notre monde intérieur et extérieur peut être reconstruit.
Quand nous étions enfants nous disions et chantions qu’il fallait apporter à Jésus nos péchés, les apporter à la croix. Nous pouvons approfondir cette pensée en sachant qu’il ne s’agit pas de nier le mal, ni le nôtre, ni celui du monde, mais de recevoir en ce lieu de blessure, ce qui peut nous guérir.
Notre idéal serait de vivre en un monde de justice et sans violence. Il est salutaire pour nous de comprendre que pour notre prochain comme pour nous-mêmes le châtiment a déjà été infligé là, sur la croix. Plus de vengeance, plus de haine, plus « d’œil pour œil », mais l’immense liberté de parvenir à voir l’homme, tout homme, à travers ce que le Christ a accompli pour lui, même s’il est notre ennemi.
Un sommet a sans doute été atteint par l’auteur anonyme de cette prière. Son texte a été trouvé dans un camp de concentration allemand.

Paix à tous les hommes de mauvaise volonté !
Que toute vengeance cesse, tout appel au châtiment et à la rétribution …
Les crimes ont dépassé toute mesure, tout entendement. Il y a trop de martyrs …
Aussi, ne mesure pas  leurs souffrances aux poids de ta justice, Seigneur, et ne laisse pas ces souffrances à la charge des bourreaux pour leur extorquer une terrible facture. Qu’ils soient payés en retour d’une autre manière.
Inscris en faveur des exécuteurs, des délateurs, des traîtres (…) le courage, la force spirituelle des autres, (…) leur dignité, leur lutte intérieure constante et leur invincible espérance (…) leur amour, leurs cœurs brisés qui demeurèrent fermes et confiants face à la mort même (…).
Que le bien soit compté, non le mal ! Et que nous restions dans le souvenir de nos ennemis non comme leurs victimes, non comme un cauchemar, non comme des spectres attachés à leurs pas, mais comme des soutiens dans leur combat pour détruire la furie de leurs passions criminelles.
Et quand tout cela sera fini, donne-nous de vivre, hommes parmi les hommes (…)
– Paix pour les hommes de bonne volonté et pour tous les autres. »

Tout cela Jésus l’a dit et accompli, il nous donne une liberté extrême pour vivre sans peur, sans le poids du péché et dans une immense fraternité. Guerres, beauté, indifférence... nous vivons au milieu de ce monde. Vivons réconciliés et vienne son règne. Amen.

Rédigé par Bruno Holcroft le Vendredi 10 Avril 2009
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