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Prédications 2009

Prédications : Vous êtes ce qu'il y a de plus précieux au monde

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains

Matthieu 5 v 13 – 16

« C'est vous qui êtes le sel du monde. Mais si le sel perd son goût, comment pourrait-on le rendre de nouveau salé ? Il n'est plus bon à rien ; on le jette dehors, et les gens marchent dessus.

« C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. 15 On n'allume pas une lampe pour la mettre sous un seau. Au contraire, on la place sur son support, d'où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
C'est ainsi que votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu'ils voient le bien que vous faites et qu'ils louent votre Père qui est dans les cieux. »


Chers frères et soeurs

le texte du jour pose une question extraordinairement importante, extraordinairement centrale : celle de notre valeur. Et le Christ ne place rien entre le plus haut et l'inexistant ! Etre sel et lumière ou être destinés à être jetés dehors ! Cela peut nous désarçonner car nous n'avons pas pour habitude de nous jauger de la sorte étant dans la sécurité de l'Evangile. Nous disons et répétons que Dieu est amour, nous insistons constamment pour dire que Dieu nous fait grâce.
L'affirmation du Christ peut donc nous déstabiliser. Une nouvelle fois nous entendons qu'il n'y a que deux chemins, le chemin large et le chemin étroit, ils sont présentés aujourd'hui par ces images du sel et de la lumière. Que valons-nous ? La question n'est pas du tout neutre, elle peut-être terrorisante, elle peut mener à la dépression. Des culpabilités peuvent en être issues. La question ne nous mènera pas dans l'erreur de croire que nous valons quelque chose en fonction de ce que nous réalisons ou de ce que nous possédons, mais cette question nous mènera à vérifier que nous nous tenons bien dans la lumière de l'Evangile, que nous donnons ce que nous avons reçu, que nous sommes bien plantés dans le sillon de l'Evangile, dans ce sillon dont surgira la vraie vie.

L'homme naturel est facilement orgueilleux, il croit valoir quelque chose et nous retrouvons cet orgueil dans toutes les couches sociales de la société. Quant à nous nous visons simplement à mener de vraies vies d'humains. Que valons-nous ? Jésus le dit dans cet extrait des Evangiles « Vous êtes sel de la terre et lumière du monde... » et ce texte n'est pas difficile à comprendre car il suffit de se souvenir à quoi servent le sel et la lumière.
Le sel conserve, il empêche la pourriture; il donne aussi du goût ou, plus précisément, le goût qui se trouve dans l'aliment se trouve comme révélé, magnifié, épanoui. Ce n'est plus du tout le même plat que nous dégustons sitôt qu'il est salé.
La lumière, quant à elle, va évidemment à l'encontre des ténèbres, elle révèle ce qui est caché ou indistinct. Sel et lumière sont des révélateurs de ce qui peut nous échapper.

Ce message du Christ est bien simple, tous ceux qui écoutent le Christ, tous ceux qui se mettent à le suivre, tous ceux-là sont censés être de ceux qui préservent la vraie vie et donnent du goût à toute l'existence humaine. Les chrétiens sont de ceux qui mettent en lumière, qui mettent en perspective les vies, les sociétés, tout ce qui la constitue ou l'anime.
A l'inverse – et le Christ en parle aussi - quand on se dit croyant et qu'on n'apporte rien en préservation, saveur ou en clarté, il est évident que cette construction s'écroule ; il n'en reste rien. Et le Christ l'exprime de manière limpide, dire des mots, sans être animé des vérités exprimées, ne sert à rien. Une Eglise, une communauté ou des croyants qui diraient quelque chose du bout des lèvres ou qui se contenteraient de pratiques rituelles... tout cela ne servirait à rien.
Dire « « salut », « paix », « shalom », « salem » ou « Loué soit Jésus-Christ », s'il n'y a rien de profondément vrai, de véritablement bénéfique, cela ne sert à rien; le Christ dit même que cela doit être jeté !
A présent un élément d'histoire. Peut-être est-il bon de rappeler qu'il y a eu une période dans l'histoire de l'Israël biblique lors de laquelle les prophètes avaient averti peuple et dirigeants que leurs conduites étaient immorales, superficielles. Mais presque tout le monde pensait que comme Dieu était Dieu, puisqu'Israël avait été élu et qu'en plus l'unique temple de Dieu se trouvait en Jérusalem, par conséquent rien ne pouvait arriver. Ils scandaient cette parole « C'est ici le temple de l'Eternel, c'est ici le Temple de l'Eternel ». Ils étaient fiers, se basaient sur un passé, mais les mots ne suffisent pas à faire la religion. C'est le souci de justice, d'humanité et de partage qui font le coeur de la religion. Alors répéter « C'est ici le temple de l'Eternel, c'est ici le Temple de l'Eternel »... n'aura été qu'une illusion. Ils ont pu répéter, scander jusqu'à saturation et bâillonner ceux qui disaient autre chose : l'histoire est là pour en témoigner, le temple sera détruit, le pays ravagé par la guerre.
Que valons-nous ? « Vous êtes sel et lumière du monde » Mais plus que la crainte de ne pas être suffisamment sérieux résonne la Bonne Nouvelle de Jésus. Elle s'adresse très simplement aux humbles.



Nous sommes invités à recevoir cet encouragement. Si nous recevons cette parole en croyant être en-haut, elle nous précipite en bas. Mais si nous la recevons en bas, elle nous propulse tout en haut !
Acceptons d'être en bas, acceptons d'être de ces humbles auxquels le Christ s'adresse. Nous laissons la folie de l'orgueil, nous laissons également le sentiment que nous ne valons rien et nous recevons cette parole qui nous sauve, cette vérité qui s'inscrit en nous, change nos mentalités et nos modes de vie.



Ce passage de Matthieu s'inscrit immédiatement après ces paroles de Jésus que nous nommons les béatitudes. C'est le début de l'Evangile, c'est le souffle et la grandeur de l'énoncé de la mission. Pour ce faire je reprends  - pour l'essentiel - la traduction d'André Chouraqui. Il l'intitule « En marche! »

1 Et, voyant les foules, il monte sur la montagne et s'assoit là. Ses adeptes s'approchent de lui.
2 Il ouvre la bouche, les enseigne et dit:
3 "En marche, les humiliés du souffle! Oui, le royaume des ciels est à eux!
4 En marche, les endeuillés! Oui, ils seront réconfortés!
5 En marche les humbles! Oui, ils hériteront la terre!
6 En marche, les affamés et les assoiffés de justice! Oui, ils seront rassasiés!
7 En marche, ceux qui ont prêts à pardonner, ils seront eux-mêmes pardonnés !
8 En marche, les coeurs purs! Oui, ils verront Elohîm!
9 En marche, les faiseurs de paix! Oui, ils seront criés fils d'Elohîm!
10 En marche, les persécutés à cause de la justice! Oui, le royaume des ciels est à eux!
11 En marche, quand ils vous outragent et vous persécutent en mentant, vous accusent de tout crime à cause de moi.
12 Jubilez, exultez! votre salaire est grand aux ciels! Oui, ainsi ont-ils persécuté les inspirés, ceux d'avant vous."


En marche ne signifie pas qu'une armée de soldats d'élite forme des bataillons, cela signifie que les gens qui sont à terre peuvent se relever. L'espoir est là, la force est donnée, ils sont accompagnés.
Peut-on être plus clair ? Quand nous sommes interrogés par Dieu les questions fondamentales qui nous sont posées sont de cet ordre. Pardonnez-moi d'être un peu trivial. Il n'est fait aucune mention de la manière dont nous aimons passer nos vacances. Il n'est pas demandé si nous avons fait carrière ou été président d'une association ou d'un club. Du soin apporté à notre pavillon pas davantage. Le modèle de voiture que nous achetons n'est pas demandé. Le choix du supermarché dans lequel nous  nous faisons nos courses n'apparaît pas. Peu importe si vous aimez la choucroute au poisson ou si comme dessert vous appréciez une forêt noire... Etc. Etc.


Ce qui était demandé alors, ce qui nous est demandé dès aujourd'hui, est relatif
- à l'espoir des pauvres,
- à la souffrance des endeuillés,
- à l'angoisse et à la détresse de celles et de ceux qui ne possèdent rien,
- à la misère absolue de ceux qui n'ont aucun droit.
Debout, en marche ! pour soulager de vraies détresses afin que se défasse le pouvoir des vies menées par la haine, que soit dit que la bonté seule mène à la vérité, que s'écroulent ces caractères qui aiment la guerre.  

Il nous est demandé d'être de ceux qui souffrent pour la vérité et d'être à ce titre de ceux qui sont persécutés. Il nous est demandé de soutenir tous ceux qui se découragent quand ils tentent de vivre comme Dieu le demande.


Sommes-nous sel de la terre, lumière de ce monde ?
Il n'y a que le Christ qui soit totalement lumière du monde et sel de la terre. Et si nous sommes nous-mêmes de ces pauvres, souffrants, endeuillés, nous sachant fragiles, dépendants, en butte aux difficultés multiples, ne sachant bien souvent comment sortir des impasses et situations si complexes... soyez dans la joie dit le Christ. Vous êtes ce que l'humanité a de meilleur ! Les riches et puissants ne doutent de rien et n'ont d'ailleurs besoin de rien, ce sont les pauvres qui doutent d'eux-mêmes et l'élan de leur espérance, leur lutte pour survivre et vivre,sont ce qu'il y a de plus beau au monde. Oui l'évangile inverse les valeurs.
Les disciples écoutent Jésus, et un peu plus loin la foule des anonymes écoute aussi. Encore plus loin écoutent, comme déjà dit, tous ceux qui allaient entendre la prédication de Jésus, tous sont appelés à être sel et lumière du monde.
Ce passage nous annonce une nouvelle fois la grâce. Tels que nous sommes, nous sommes porteurs, à notre mesure, de préservation, de lumière, de sens auquel nous ajoutons le goût unique que donne la fraternité. Frères et soeurs, qu'en pensez-vous ? Conclurez-vous cette méditation par votre « Amen » ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/sel_et_lumiere.mp3 http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/sel_et_lumiere.mp3


Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 2 Août 2009
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