La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Prédications : Touche nos oreilles, nous entendrons...

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains

Marc 7
31 Jésus quitta ensuite le territoire de Tyr, passa par Sidon et revint vers le lac de Galilée à travers le territoire des Dix Villes. 32 On lui amena un homme qui était sourd et avait de la peine à parler, et on le supplia de poser la main sur lui. 33 Alors Jésus l'emmena seul avec lui, loin de la foule ; il mit ses doigts dans les oreilles de l'homme et lui toucha la langue avec sa propre salive. 34 Puis il leva les yeux vers le ciel, soupira et dit à l'homme : « Effata ! » — ce qui signifie « Ouvre-toi ! » —

35 Aussitôt, les oreilles de l'homme s'ouvrirent, sa langue fut libérée et il se mit à parler normalement.

36 Jésus recommanda à tous de n'en parler à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils répandaient la nouvelle. 37 Et les gens étaient impressionnés au plus haut point ; ils disaient : « Tout ce qu'il fait est vraiment bien ! Il fait même entendre les sourds et parler les muets ! »




Chers frères et soeurs,

c'est une interprétation symbolique que nous allons tenter ce matin. Nous avons entendu plusieurs lectures. Dans le livre des Actes, Paul, sur le chemin de Damas, devant la lumière éblouissante, deviendra aveugle. Puis, devenant croyant, il se mit à nouveau à voir. Le prophète Esaïe annonçait quant à lui que parmi le peuple, dans le clergé comme chez les puissants, des hommes et des femmes se remettraient à parler en recommençant à croire.
L'aveugle se met à voir, le sourd à entendre, le muet à parler...  ce changement se fait en comprenant que Jésus est le Fils de Dieu. Nous restons dans l'handicap tant que ce face à face avec Jésus n'a pas lieu.

L'homme guéri par Jésus était bègue et sourd. Tout cela est physique mais surtout symbolique. L'être humain est quelqu'un qui a du mal à parler, à parler de lui-même tout comme à parler de Dieu. Il bredouille, il ânonne, il bégaye, il a la langue embarassée et il peut même être complètement muet. Voilà pour la langue.
Pour les oreilles, s'il est vrai que d'être malentendant est un vrai handicap, dans la vie les bienentendants ne sont pas toujours mécontents de mal entendre. C'est si pratique de ne pas chercher à vraiment comprendre ce qu'on nous dit. Il est tellement plus facile de n'entendre que ce que l'on veut bien entendre... Et spirituellement aussi, quand une parole de Dieu veut nous rejoindre elle tombe sur un filtre. Il suffit de se souvenir de la parabole du semeur dans laquelle les oiseaux viennent vite reprendre ce qui venait d'être déposé.

L'un de mes collègues écrivait :
Il y a des aveugles qui ne peuvent voir ni les cimes enneigées, étincelantes sous le soleil, ni les magnifiques cathédrales s'élançant vers le ciel ;  Mais il y a aussi des« aveugles  »  qui ne veulent pas voir la pauvreté qui les entoure .
 Il y a des sourds qui ne peuvent entendre ni le chant des oiseaux dans les branches, ni les symphonies qui font vibrer les coeurs ; mais il y a aussi des  «  sourds  » qui ne veulent  pas entendre la quête silencieuse de celui qui est seul  ou se bouchent les oreilles pour ne pas entendre les cris de ceux que l'on maltraite.
Il y a des boiteux qui ne peuvent  pas courir à travers le vaste monde ou même pas se déplacer en ville avec un fauteuil roulant ; mais il y a aussi des « boiteux » qui ne  veulent pas bouger d'un centimètre dans leurs convictions et ceux qui refusent de faire le premier pas vers l'autre pour se réconcilier.
Il y a des muets qui ne peuvent utiliser la mélodie des mots pour dire leur amour ou leur détresse ; mais il y a aussi des  « muets » au coeur desséché dont les lèvres   louent jamais  Dieu.

En observant le contexte biblique - ces passages qui précèdent ou suivent notre extrait - nous comprenons qu'il y a là une forte bataille qui se livre. Aux Pharisiens, ces spécialistes de la Loi de Moïse, Jésus reprochait de ne pas comprendre le domaine dont ils étaient censés être des spécialistes. Ce peuple m'honore des lèvres mais son coeur est éloigné de moi... Vous annulez la parole de Dieu par votre tradition... Les disciples l'interrogèrent sur cette parole... Etes-vous vous aussi sans intelligence demanda Jésus ?... Avez-vous le coeur endurci ? Ayant des yeux et ne voyez-vous pas, Ayant des oreilles, n'entendez-vous pas. Et n'avez-vous pas de mémoire ?

Le récit de guérison de ce bègue et sourd se trouve placé dans cet intense questionnement. La question tourne autour de l'intelligence des Ecritures, elle tourne autour de l'oeuvre et de la personne du Christ. Voir, entendre, comprendre, cela se jauge par rapport à ce que nous comprenons du Christ. Nous pouvons aussi remarquer comment Jésus opère pour tenter une démarche plus personnelle.
Il prend le sourd et bègue et l'éloigne de la foule. C'est une pratique que Jésus répétera car au sein d'une foule il est bien difficile d'avoir ce moment personnel, intime, précieux. Lors d'un mariage je conseille toujours aux mariés de veiller à ne pas se laisser happer par le tourbillon de la fête. Ce qui compte le plus c'est bien elle, c'est lui, ce couple qu'ils fondent. Et les tourbillons qui nous absorbent sont nombreux. On se perd, la foule vous pousse, vous livre ses émotions collectives et vos pensées sont charriées comme l'est votre corps. Il est difficile d'avoir une pensée personnelle même quand on est en famille, presque autant que dans une entreprise, dans un groupe, dans une foule.
Jésus le prend à part et lui parle. Lui parle ? Mais voyons il est sourd ! Justement il fait les gestes qui sont un langage, il touche de ses doigts les oreilles, il met sa salive sur la langue. C'est un langage des signes.
La symbolique est très claire, j'entends quand je suis face avec Jésus, la lumière se fait par la parole de Jésus, la guérison s'effectue quand ce „toucher“ de Dieu est possible. Il est souvent bon de rappeler que nous formons une communauté et que notre démarche ne doit pas être simplement individuelle, aujourd'hui cependant le récit nous fait méditer notre rencontre individuelle avec le Christ. Il me connaît, il sait me parler, sait comment me toucher, sait quels sont les lieux de tensions dans ma vie, là où j'ai besoin de redevenir un homme guéri. Il n'y a aucune peur l'Esprit opère lors ce de face à face.



Cependant quelque chose va mal se passer, ce texte a un goût d'inachevé, il traîne un  malentendu persistant. On sent une résistance. Le bègue-sourd ne rend pas grâce à Dieu, et les contemporains vont dire „c'est merveilleux“. Certes, le sourd entend et il parle mais tous ces témoins pensent simplement que Jésus est encore plus fort qu'un médecin. Tout ce que Jésus révèle de son Père n'est pas compris, c'est pour cela qu'il leur demande de ne pas ébruiter cette guérison. En fait, malgré la guérison, c'est un malentendu. Tout comme les Pharisiens ne comprennent pas les textes bibliques en profondeur, ceux qui ont assisté au miracle croient simplement que Jésus est un guérisseur exceptionnel.
Le „mal entendu“ demeure donc. Le bégaiement reste, la surdité persiste.



Jésus veut donc faire comprendre une vérité et il a du mal à faire comprendre où se trouve le véritable enjeu. Même quand il fait des signes merveilleux, ces signes étonnants vont alimenter un quiproquo. Il faudra sa mort, sa résurrection et tout le travail du Saint Esprit pour amener les contemporains comme nous-mêmes à quitter les malentendus pour confesser le Christ. Dans quelques minutes nous dirons le Crédo, c'est là que la langue du bègue se délie et que nous nous tenons dans la lumière. Quand nous croyons en notre coeur et que nous confessons de notre bouche  nous sommes sauvés, écrira l'apôtre Paul.

Après le culte nous partirons avec cette idée de l'importance de la bonne écoute et mieux que les contemporains de ce récit nous tenterons d'éviter la surdité et les fausses pistes. Oui il sera commode d'en rester à ce que nous avons toujours pensé, oui il sera difficile d'avoir une pensée individuelle face à la foule des gens qui pensent pour nous. Mais peu importe ce qu'on dit à la télé, peu importe ce que peut dire un milieu hostile, peu importe les ricanements des impies. Le Christ veut nous prendre à part – comme le bègue de l'Evangile - et nous ne voulons pas résister. Oui il est commode de rester dans ses pensées, dans son monde, de ne pas vouloir comprendre, d'en rester à l'à-peu-près, aux questions mal posées et même aux malentendus. Rappelons un autre épisode biblique. Pierre s'était d'abord opposé à ce que Jésus lui lave les pieds et puis, ayant reçu l'explication, demande à Jésus de le laver entièrement.
Nous sommes de ceux qui acceptent avec crainte et bonheur que Jésus s'approche, qu'il touche les oreilles, la langue, la tête. Qu'il pose sa main sur notre passé, qu'il pose sa main sur nos souffrances, qu'il pose sa main sur le pardon à donner comme le pardon à recevoir.
 
Nous voulons aller plus loin que les notions qui nous habitent aujourd'hui, nous voulons aller vers une intelligence des Ecritures, nous voulons qu'en toutes choses il nous guérisse et nous apprenne à vraiment vivre.

- Si le poids du passé est lourd au point d'embarrasser notre langue : qu'il nous guérisse;
- Si l'angoisse est telle que quelqu'un n'ose plus sortir d'un groupe pour avancer dans la vraie vie : qu'il le guérisse.
- Si nous sommes tétanisés par le fait que nous sommes une minorité à croire au Christ : qu'il nous guérisse.
- Si nous ne supportons pas ce qu'on dit de nous, si l'opinion que nous avons de nous-même nous pèse au point de vouloir nous boucher les oreilles : qu'il nous guérisse.
- Si nous le fuyons sous le prétexte qu'une telle intimité ne nous laisse guère de liberté : qu'il nous guérisse.
- Si nous nous taisons pensant que de toute manière nous ne serons pas entendus, pas compris : qu'il nous guérisse.

Etre guéri de Dieu oui c'est recevoir une bénédiction, c'est cette bénédiction que nous invoquons sur chacun de nous.
Frères et soeurs, que les bègues que nous sommes manifestent leur guérison en disant à présent comment nous recevons cette parole. Nous la dirons ensemble, sans effet d'entraînement, librement, comme une conviction profonde issue de ce face à face avec Jésus-Christ.

Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/gurerison_du_begue.mp3 http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/gurerison_du_begue.mp3


Rédigé par Bruno Holcroft le Samedi 5 Septembre 2009
Lu 1356 fois