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Prédications 2009

Prédications : Quand Dieu nous fixe rendez-vous...

Prédication du pasteur Bruno Holcroft le 3 mai 2009 en Suisse, dans la paroisse réformée de Malagnou, à l'occasion d'un voyage paroissial

Evangile de Matthieu Ch 27, verset 62 et suivants


Prédications : Quand Dieu nous fixe rendez-vous...
Chers frères et soeurs

Nous avons en commun le désir de voyager, de nous rencontrer, mais si nous sommes réunis ce matin c'est par ce culte que nous voulons rendre à Dieu. Même si nous citions l'une ou l'autre amitié, même si l'un venait d'Alsace et habitait en Suisse ou un autre venait de Suisse et habitait en Alsace... plus encore, nous sommes frères dans la profondeur des hommes à la recherche du vrai Dieu, nous sommes frères en l'angoisse de la mort, en la déchirure de l'espérance, en la recherche d'une parole au coeur de la nuit, frères en ce regard qui cherche à voir et à comprendre au-delà de ce qui est commun. Le récit de ce jour, la résurrection du Christ, l'exprime fort bien.

Ce matin je voudrais vous proposer deux niveaux de lecture :
la première lecture qui sera psychologisante
la seconde, plus théologique

Commençons par la lecture psychologique et spirituelle
Hier soir, lors de notre rencontre, chaque paroisse s'est présentée, nous avons donc fait appel à l'histoire, nous nous sommes un peu familiarisés avec l'identité ancienne et actuelle de chaque paroisse. Nous nous sommes donc tournés vers le passé, ce passé que nous aimons à cause de quelques grands personnages, des rebondissements, de traits de génie, à cause aussi de souffrances, de luttes pour une vérité et une liberté, nous avons évoqué le travail et des siècles de patiente construction ont été rapidement déroulés devant nous.

Les apôtres pourraient aisément se joindre à nous, leur passé pouvant également être déroulé. Nous le connaissons bien. Un passé tumultueux, fait de grandeurs et de défaites, de courage et d'inspirations. Nous nous sommes tous familiarisés avec l'histoire d'Israël et puis vint avec ceux qui deviendront les apôtres, l'événement de la venue de Jésus.

Le texte nous décrit de manière saisissante le raidissement qui saisit nombre de contemporains de Jésus, tout comme il saisit nombre de nos contemporains. Les nouveautés ne sont pas les bienvenues et la tentation des héritiers est de monter la garde, comme ces soldats placés devant le tombeau. La tentation est de croire que la fidélité consisterait uniquement à conserver le passé. Elle voudrait faire croire trop facilement que ce qui est nouveau est mauvais. Nous savons tous que l'Israélite avait une manière particulière d'avancer dans le temps, mes professeurs de théologie expliquaient qu'un israélite avançait tourné vers le passé. Autrement dit un bon israélite avance à reculons. Il y a un proverbe, souvent cité, qui l'exprime à sa manière : « Si tu ne sais pas où tu dois aller, regarde d'où tu viens ». Il y a donc une sécurité à regarder le passé. Il y a bien une sagesse, une prudence, une fidélité en cette attitude. Mais peut-être le dicton est-il trop facile ? Il me semble que le texte du jour nous dit autre chose.
Dans ce récit rien ne se passe comme prévu ! Acceptons que nous soyons un peu bousculés. Cet extrait est habité d'un mouvement qui fait sortir chacun du rôle, du scénario écrit à l'avance. L'Evangile est ce mouvement, cette redistribution des cartes, ce rééquilibrage de nos vies vers l'amour et la vie. Il me semble entendre qu'il faut sortir, qu'il faut dépasser ce qui avait été prévu ou patiemment construit. C'en est au point - souvenons-nous -  que parfois les contemporains de Jésus disaient de lui qu'il était « hors de sens » tellement ce qu'il faisait n'était pas conforme aux attentes, à ce qui est convenable.

Les gardes veillaient donc sur ce qui était mort. Les puissants, les sages, les autorisés, les investis, les reconnus avaient placé leurs hommes, ils avaient fait rouler la pierre, ils avaient même fait sceller la pierre, afin que – justement – il ne se passe rien !
L'intelligence, les moyens, l'aide de la puissance publique et de l'armée... tout cet arsenal avait été utilisé pour que, justement, rien de bouge !
Il fallait arrêter l'événement, et même arrêter une parole, prévenir une rumeur, il fallait interdire à l'avance, empêcher que... car ce serait une imposture !
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Mais ces précautions ne régleront pas le problème et de plus même les femmes et les apôtres vont être entraînés dans un chaos, dans une recréation, ils vont le faire difficilement passant de la défiance des grands-prêtres, à la peur. Ici tout le monde tremble de peur. Chez Matthieu la pierre roule, l'ange vient en un éclair, les gardes tremblent, la terre tremble et les femmes, futures ambassadrices, n'arrivent pas à placer le moindre mot. L'évangéliste Marc mentionne même leur épouvante... c'est tout dire...

Comprise littéralement la scène est effrayante, l'ange impressionne, et les dernières catastrophes d'Italie nous rappellent la panique qui peut nous saisir lors d'un tremblement de terre. Le sens théologique s'offre aussi à nous. A nouveau, bien entendu, nous dirons que le mort est ressuscité et notre foi repose bien sur le Christ ressuscité, mais le sens théologique dit encore autre chose qui pourrait retenir toute notre attention.

Tout ce tremblement de terre, toute cette lumière, cette parole nous dit que Dieu s'est déplacé. Déplacé. Nous savons fort bien que le rideau qui séparait le lieu saint du lieu très saint avait été déchiré et que désormais il n'y avait plus de séparation entre profane et sacré. Dieu se trouve désormais dans le monde, hors de l'ancienne sphère rituelle et cultuelle. A présent Dieu s'est déplacé, c'est-à-dire que désormais Dieu n'est plus celui que l'on vient apaiser, il n'est plus celui que l'on vient consulter ou prier, mais le vrai culte est désormais un mouvement, un chemin. Dieu est dehors, sur les chemins du monde. Le bâtiment n'est plus le lieu par excellence de la rencontre avec Dieu. Voilà qui nous interpelle nous qui aimons tant nos lieux de culte !
Voici qu'il nous précède et les croyants le rencontreront par un trajet. Il est dans le rendez-vous qu'il nous fixe en un ailleurs, un perpétuel ailleurs. Et pour ceux qui croiraient que nous sommes dans la fin des temps, Jésus avertissait d'avance « Lorsqu'on dira qu'il est ici ou là, ne le croyez pas ! » Ce n'est que tout à fait à la fin, de manière évidente et s'imposant à tous, que tout s'arrêtera. Pour le moment il parcourt la terre comme il parcourait le pays.
Nous sommes invités suivre ce mouvement de la mort vers la vie. Jésus se montrera à Jérusalem, hors de Jérusalem, sur chemin de Damas, chez les juifs, chez les païens. L'Évangile est à présent le mouvement de l'Esprit. « Allez dans le monde entier, faites de toutes les nations des disciples... »

A présent Dieu se trouve, se retrouve dans les rendez-vous successifs qu'il nous fixe.
Pour les disciples ce sera « Rendez-vous en Galilée » et pour nous ? Pour nous ce sera la voix de l'Esprit qui nous dira où aller car l'Evangile est formidablement constant quand il décrit le coeur de l'homme. Il me faut absolument l'Esprit car quand je consulte ce qui se passe en mon for intérieur j'entends, je discerne en moi toutes les voix de ce récit. Une voix me dit qu'il faut veiller aux traditions. La même voix me rappelle l'immensité des pères réformateurs, l'immensité du chemin parcouru et mon coeur est rempli de reconnaissance, d'humilité. Je puiserai avec vous dans les trésors anciens étant persuadé non seulement qu'ils sont indépassables, mais aussi qu'il n'y a pas de salut en-dehors de ce qui a été donné et révélé.

J'entends au fond de moi la crainte, la prudence, la précaution, la défiance envers ce qui n'est pas étudié, envers tant de religiosités douteuses, la méfiance pour ce qui n'est pas éprouvé. J'ai aussi la tentation de vouloir sceller ce qui ne doit pas être roulé et je place, je me m'imagine comme une sorte de rempart afin que les rumeurs ne courent pas, qu'elles n'alimentent pas de faux espoirs, qu'elles n'ouvrent pas la porte aux camelots de la foi, afin que les bonimenteurs se taisent.
…. Évidemment j'échoue....
Mais ce faisant, dans mes tentatives, non seulement j'échoue, mais je fais au moins partiellement fausse route. La pierre a été roulée, je n'ai pas à comprendre le passé comme étant le lieu saint dont il faut vénérer mais aussi interdire l'accès. Le ressuscité me précède, il nous précède tous et comme déjà dit, il nous fixe rendez-vous.
Toutes les crises sont des opportunités.
Jésus était allé à Jérusalem, à la capitale, au lieu dédié, consacré, au coeur du culte, au coeur de l'institution, au coeur du lieu historique pour expier le péché, pour réconcilier l'humanité avec Dieu. Puis il quitte rapidement la capitale et le lieu saint ; le rendez-vous est ailleurs. Ce n'est pas un même royaume succédant à l'ancien royaume, ce n'est pas le même siège simplement occupé par un autre. « Rendez-vous en Galilée ». La Galilée c'est le rendez-vous au lieu où tout a commencé, là où Jésus grandit, là où il choisit ses disciples, là où il fit son premier miracle, là où sa vocation naquit et s'affermit.

Le rendez-vous qu'il nous fixe est hors de la ville, hors du passé fixé par l'histoire, hors de la répétition, hors d'une volonté de conserver mal comprise.
Je reçois cela avec stupéfaction, je me retrouve suis dépassé, car c'est une aventure qui s'offre à nous et tous les chemins sont ouverts. Il n'y a plus de lieu où Dieu ne serait pas, il est dans le compagnonnage, il est dans la sortie, il est dans l'élan hors de toutes les peurs. Nous aimons tant citer le verset par lequel Jésus exprime qu'il est le chemin, la vérité et la vie. Peut-être comprenons-nous aussi à quel point la vérité est un chemin qui nous entraîne hors du passé, hors des peurs, hors des positions excessivement conservatrices.

Alors le croyant que je suis se dit que ce dont nous avons à vivre, ce n'est pas seulement d'affirmer notre attachement à un lieu, une histoire ou à la Bible. Ce qui nous fera vivre vraiment c'est ce courage d'être, c'est ce mouvement qui nous fait chercher, en tout situation comme en chacun, la présence du ressuscité pour quitter tous les lieux de mort et aller apporter l'espérance, la réalité d'une présence.
A présent, où que nous travaillions, où que nous priions, où que nous rencontrions nous découvrirons avec surprise que le ressuscité nous a déjà précédé.
« Rendez-vous en Galilée » résonne en moi – et peut-être en vous - comme le rendez-vous avec la jeunesse de la foi, là où nos premières intuitions, nos premières prises de consciences, là où les vérités fondamentales se sont peu à peu construites, vérifiées, développées. La foi est sans doute un rendez-vous avec la révélation, la richesse et la prudence du passé, mais elle est aussi un rendez-vous constant avec la jeunesse de l'Evangile.
Il me faut entendre et intégrer que l'ardeur de la jeunesse est parfois plus authentique qu'une sagesse millénaire. Oui c'est un chaos produit par l'Evangile, le monde ancien doit mourir, nous avons à naître à nouveau.

Nous pouvons aimer la sagesse, détester les excès et il est bien possible que rien ne nous semble plus délicieux, plus vivifiant, qu'une conversation sereine avec un ami. Pourtant entendons le rire de Dieu… la salutation de celui qui est pris comme un jardinier.
Le prédicateur que je suis peut être tenté, comme d'autres, de dire ce qui va mal, être alarmé par le fait que nos Eglises ne se remplissent plus comme autrefois, de dénoncer la folie des hommes et le scandale de toutes sortes de trafics. Mais le rire de Dieu vient nous faire trébucher, il est vivant aux siècles des siècles. Il était mort, il est vivant aux siècles des siècles et il parcourt la terre.

L'apôtre Paul l'écrira : « La folie de Dieu vaut plus que toute la sagesse de ce monde ». J'ai donc à me convertir, à regarder le monde non seulement comme étant le lieu du doute, du péché et de la mort, mais le lieu que Dieu parcourt, où Dieu me précède, où Dieu m'attend. « Rendez-vous en Galilée ».
Par ce récit j'entends que je ne dois pas seulement m'attarder pour comprendre le monde tel qu'il est, mais regardant plus loin je suis invité à regarder le monde tel qu'il sera. Je peux sonder le passé, utiliser toutes les sciences pour comprendre l'homme et la société, mais le vrai moteur est l'espérance ! Le véritable moteur de la foi est de comprendre ce que tel homme ou femme peut devenir, ce que le monde peut vivre en changement par la présence du ressuscité.

Frères et soeurs de nombreux rendez-vous nous sont fixés, nous marchons vers un inconnu mais un inconnu qui est habité, nous cheminons, mais nous sommes précédés.
Nos vies, nos avenirs sont habités d'une parole, d'une promesse, d'une présence. Oui nous sommes frères, des frères joyeux et confiants. Une lame de fond nous pousse, nous ne rejoindrons plus jamais le rivage que nous avons quitté, mais le nouveau monde nous attend. Nous sommes, par le Christ, poussés à aller et à découvrir ces rendez-vous qu'il suscite en nous ; en toute choses  nous sommes suscités, connus, devancés, accompagnés.

Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ? Serons-nous de ceux qui sont plus attachés à regarder en avant vers le Christ qui nous précède que vers le passé ?
Les paroissiens de Niederbronn ont pris pour habitude de répondre à mes questions finales. Vivrons-nous ainsi ? Le croyons-nous ?
Amen c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 5 Mai 2009
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