La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Prédications : Les pauvres ? Quels pauvres ?

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft, dans la paroisse de Niederbronn les Bains, le 14 juin 2009

Luc 16

19 « Il y avait une fois un homme riche qui s'habillait des vêtements les plus fins et les plus coûteux et qui, chaque jour, vivait dans le luxe en faisant de bons repas.

20 Devant la porte de sa maison était couché un pauvre homme, appelé Lazare. Son corps était couvert de plaies. 21 Il aurait bien voulu se nourrir des morceaux qui tombaient de la table du riche. De plus, les chiens venaient lécher ses plaies. 22 Le pauvre mourut et les anges le portèrent auprès d'Abraham i .

Le riche mourut aussi et on l'enterra. 23 Il souffrait beaucoup dans le monde des morts ; il leva les yeux et vit de loin Abraham et Lazare à côté de lui. 24 Alors il s'écria : «Père Abraham, aie pitié de moi ; envoie donc Lazare tremper le bout de son doigt dans de l'eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre beaucoup dans ce feu.»

25 Mais Abraham dit : «Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu beaucoup de biens pendant ta vie, tandis que Lazare a eu beaucoup de malheurs. Maintenant, il reçoit ici sa consolation, tandis que toi tu souffres.

26 De plus, il y a un profond abîme entre vous et nous ; ainsi, ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent pas et l'on ne peut pas non plus parvenir jusqu'à nous de là où tu es.» 27 Le riche dit : «Je t'en prie, père, envoie donc Lazare dans la maison de mon père, 28 où j'ai cinq frères. Qu'il aille les avertir, afin qu'ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de souffrances.» 29 Abraham répondit : «Tes frères ont Moïse et les prophètes pour les avertir : qu'ils les écoutent !»

30 Le riche dit : «Cela ne suffit pas, père Abraham. Mais si quelqu'un revient de chez les morts et va les trouver, alors ils changeront de comportement.» 31 Mais Abraham lui dit : «S'ils ne veulent pas écouter Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader même si quelqu'un se relevait d'entre les morts.» »


Chers frères et sœurs
 
Commençons par la brève histoire juive trouvée dans notre hebdomadaire régional protestante, Le Messager. C’est l’histoire d’un homme qui consultait une nouvelle fois son Rabbi. Le Rabbi plaça l’homme devant une fenêtre et lui demanda ce qu’il voyait. L’homme lui répondit: « Je vois la rue, des hommes et des femmes qui circulent, qui se promènent. » « Très bien » dit le Rabbi, « à présent place-toi là devant ma glace et dis-moi ce que tu vois. » «  Et bien, je me vois, c’est moi qui me tiens dans cette glace." "C’est fou dit le Rabbi comme un fond d’argent change le regard que nous portons sur le monde… »
Pour les plus jeunes il faut sans doute dire que c’est une fine pellicule d’argent qui provoque le reflet d'une glace, c’est donc un jeu de mot que fait le Rabbi, soulignant que le fait que l'argent changeait complètement les relations, le regard que l’on porte sur la vie et le monde. Un peu d’argent et l’on ne voit plus que soi !
De la parabole du riche et de Lazare nous ne parlerons que du premier verset tant cette parabole est riche. Tout d’abord il faut inlassablement parler de la pauvreté et de la responsabilité des riches à l’égard des pauvres. Bien entendu nous avons raison de parler des riches en pensant aux autres, l’actualité de la crise économique mondiale en est une illustration et quand nous pensons au milieu du sport, qui devrait pourtant être hautement exemplaire, la désillusion est terrible. Le fond d’argent évoqué par le Rabbi est terriblement corrupteur. C’est en dizaines de millions d’euros que l’on évoque à présent le transfert d’un club à un autre, plus de 90 millions d’euros par un certain …… Il paraît qu’il fait encore mieux que Zidane. Laurent Fignon vient aussi de reconnaître qu’il se dopait quand il menait sa carrière de cycliste. L’argent mène à de nombreuses dérives, à de nombreux naufrages.
Il nous arrive, quand nous lisons la Bible, de lire parfois des descriptions de l'humanité qui sont des listes de reproches, par exemple : « Sache que dans les derniers temps les hommes seront arrogants, impurs, violents, irréligieux, profanes, parricide, débauchés, voleurs, menteurs, parjures… » .  Il faut bien accepter le constat que parfois cette liste n’est pas une simple construction intellectuelle, une évocation classique du mal, mais qu’il arrive trop souvent que les travers que l’on accepte soient liés à de nombreux autres. Comme certains égrènent des prières ou les fruits de l’Esprit, d’autres tombent de mal en pis, font le tour de tous les péchés, de toutes les fautes. C’est avec tristesse et angoisse que l’on accompagne parfois des hommes qui débitent les péchés en une ronde épouvantable.
 
La richesse évoquée dans la parabole de Lazare n’est pas vraiment critiquée en tant que telle, même si un fond d’argent vient changer le regard que l’on porte sur la vie. Dans nos sociétés, autrefois comme de nos jours, il y a des riches et des pauvres. La parabole ne s’étend pas sur l’existence éventualité d’une classe moyenne, etc. Non, elle pointe par contre l’aveuglement, l’irresponsabilité de ceux qui sont riches et surtout, c’est central pour Jésus, à quel point l’on devient sourd et aveugle à l’Evangile quand notre sécurité est ailleurs que dans le fondement d’une vie juste menée devant Dieu.
Le riche ne se pose plus de question, il est dans la gestion de ses biens, dans l’accroissement de sa fortune, dans l’appréciation de ses avantages. Son prochain n’existe plus !
Je voudrais vous raconter une anecdote concernant mon père. Je me souviens de cette scène drôle vécue quand je l’accompagnais pour effectuer des contrôles techniques. Un jour, ayant sonné à la porte d’un pavillon, une femme lui ouvrit et l’invita à entrer en lui indiquant les patins placés dans l’entrée. Il y en avait plusieurs paires mais il se trouve que cela n’était pas du tout dans les habitudes de mon père, aussi fit-il un grand pas par-dessus tous les patins pour se retrouver dans le couloir devant la femme en question un peu ébahie.
Quand le riche de notre récit sortait de sa maison, j’ai également l’impression de voir quelqu'un faire un grand pas par-dessus ce qui était couché à même le sol… Etait-il encore du genre à se laisser arrêter par ce genre de détail ? Ce n’était pas sa vie, pas son mode de vie. Sans doute pensait-il que ce qu’il avait n’était dû qu’à lui… Pourtant il aurait dû se souvenir que si la richesse n’est pas condamnable, elle implique des responsabilités proportionnelles aux moyens d’agir que donne la richesse.
Un ami catholique me disait voici quelques années en arrière : « Chez vous les Protestants, par rapport à nous catholiques, on sent que vous vous sentez toujours responsables »
C'est une remarque à double tranchant. Se sentir responsable peut-être écrasant et sans doute faut-il inlassablement rappeler que nos actions s'inscrivent dans le bonheur de croire et dans la chance d'aimer. Mais ensuite, oui, nous portons un regard de responsabilité sur le monde au sein duquel nous vivons.
Qui sont les pauvres ? Ils sont à la fois auprès comme au loin. Les noirs, les blancs, les métis à l’autre bout du monde… la faim, la lèpre, la corruption, les détresses, l'analphabétisation, les mutilations, les exploitations et j’en passe… Ferions-nous un grand pas rapide au-dessus de tout cela ? Il faut parler du travail des Eglises par le biais des organismes que nous appelons « les missions ». Bien entendu nous n’avons pas à porter la détresse du monde entier et de plus nous apportons une solidarité financière aux organismes missionnaires. Mais il n’empêche que notre devoir est aussi de nous arrêter dans notre mouvement et d’accepter de regarder ce qui se passe, de nous poser la question quant à ce que nous pouvons faire, quant à ce que collectivement, avec les Eglises unies dans des projets missionnaires, ce que nous pouvons faire.
Mon premier point était de regarder à quel point l’argent pouvait changer notre regard, et que nos objectifs matériels pouvaient nous donner un cœur dur au point que le pauvre devienne invisible, enjambable sans autre réflexion !
J’ai évoqué une réalité de pauvreté se passant « au loin » mais elle nous touche aussi dans notre contexte à nous. Bien des fléaux que l’on croyait anciens sont toujours présents. Le nombre d’illettrés et analphabètes ne cesse de progresser. Où cela ? Mais en France. Les personnes devenues alcooliques ou liées par la consommation de stupéfiants ne cessent d’augmenter. Où cela ? Mais toujours en France.
 
Illettrisme: "Incapacité à lire un texte simple en le comprenant"
2001 : "En France, on estime que près de 3 millions de Français sont dans des situations d'illettrisme. 33% des élèves ayant quitté l'école en 3ème sans diplôme sont en situation d'illettrisme.
 
Bien des fléaux seraient à dénoncer mais celui-ci me semble particulièrement grave car il touche à quelque chose qui est au cœur de notre foi et de notre pratique religieuse. Durant des générations les Protestants avaient une avance sur d’autres couches de la société car, plus vite et mieux que d’autres, ils surent lire et écrire. Beaucoup ont appris à lire en lisant la Bible ! Lire donnait accès à Dieu, à Jésus, à l’histoire du Salut, à la liberté ! Lire et réfléchir, commenter et mémoriser, discuter et trouver le sens, l’articuler avec d’autres notions a produit des générations entières d’hommes et de femmes plus cultivés, plus autonomes, plus à même de mener leur vie, les a rendus plus aptes à exercer des responsabilités.
Voilà pourquoi le catéchisme ne pourra jamais se résumer à un passe-temps sympathique et il est vraiment étrange d’insinuer que d’apprendre, de lire, de réfléchir soit considéré comme ennuyeux ou dépassé par rapport à d’autres pédagogies. Que les humanistes et les réformateurs viennent à notre secours...

Pour nous, frères et sœurs, nous n’enjamberons ni les pauvres, ni rien de ce qui se trouve devant notre porte. L’argent sera un serviteur et d’une manière ou d’une autre, par un grand don comme par un don modeste, nous nous souviendrons de ceux qui sont dans le dénuement. Quant à la lecture, aussi de la Bible, son apprentissage et sa maîtrise, nous aurons à cœur de garder la lucidité  de comprendre que rien ne pourra s’y substituer et que c’est notre chance de l’avoir reçue en héritage.
Frères et sœurs vivrons-nous ainsi ? Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.
 
 


Rédigé par Bruno Holcroft le Samedi 13 Juin 2009
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