La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2009

Prédications : Le monde n'est pas le lieu du péché, il est un lieu de travail où s'exprimera un talent !

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains

Matthieu 25 v 14 - 30

14 « Il en sera comme d'un homme qui allait partir en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. 15 Il remit à l'un cinq cents pièces d'or, à un autre deux cents, à un troisième cent : à chacun selon ses capacités. Puis il partit. 16 Le serviteur qui avait reçu les cinq cents pièces d'or s'en alla aussitôt faire du commerce avec cet argent et gagna cinq cents autres pièces d'or. 17 Celui qui avait reçu deux cents pièces agit de même et gagna deux cents autres pièces. 18 Mais celui qui avait reçu cent pièces s'en alla creuser un trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître.

19 « Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et se mit à régler ses comptes avec eux. 20 Celui qui avait reçu cinq cents pièces d'or s'approcha et présenta les cinq cents autres pièces en disant : «Maître, tu m'avais remis cinq cents pièces d'or. J'en ai gagné cinq cents autres : les voici.» 21 Son maître lui dit : «C'est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle dans des choses qui ont peu de valeur, je te confierai donc celles qui ont beaucoup de valeur. Viens te réjouir avec moi.»

22 Le serviteur qui avait reçu les deux cents pièces s'approcha ensuite et dit : «Maître, tu m'avais remis 4deux cents pièces d'or. J'en ai gagné deux cents autres : les voici.» 23 Son maître lui dit : «C'est bien, bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle dans des choses qui ont peu de valeur, je te confierai donc celles qui ont beaucoup de valeur. Viens te réjouir avec moi.»

24 Enfin, le serviteur qui avait reçu les cent pièces s'approcha et dit : «Maître, je te connaissais comme un homme dur : tu moissonnes où tu n'as pas semé, tu récoltes où tu n'as rien planté. 25 J'ai eu peur et je suis allé cacher ton argent dans la terre. Eh bien, voici ce qui t'appartient.» 26 Son maître lui répondit : «Mauvais serviteur, paresseux ! Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, que je récolte où je n'ai rien planté ? 27 Eh bien, tu aurais dû placer mon argent à la banque et, à mon retour, j'aurais retiré mon bien avec les intérêts. 28 Enlevez-lui donc les cent pièces d'or et remettez-les à celui qui en a mille.

29 Car quiconque a quelque chose recevra davantage et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a rien, on enlèvera même le peu qui pourrait lui rester. 30 Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors, dans le noir, là où l'on pleure et grince des dents.»


Chers frères et soeurs

dans la parabole Dieu s'absente... Que faire quand Dieu semble absent et que nous ne sommes plus dans la multiplication des miracles, des signes et des interventions ? Faut-il nous enfermer dans une église, prier et nous lamenter ? Faut-il constituer un petit cercle de résistants ? Il faudrait longuement développer ces thèmes mais l'accent qui est mis aujourd'hui par les textes bibliques est placé sur le travail. Le travail comme réponse à la peur de la fin du monde ! Concernant cette fin du monde, le mot de Martin Luther est bien connu, mais nous ne nous lassons pas de la répéter. A la question qu’on lui fit voulant savoir ce qu’il ferait si la fin du monde survenait demain, il répondit qu’aujourd’hui encore il planterait un pommier. Formidable courte réponse ! A chacun de comprendre cette réponse éclairante !

La parabole de ce jour, la parabole des talents, dit clairement que l’époque n’est pas à l’attente de la fin du monde mais au travail, à la pleine prise en charge des responsabilités qui nous sont confiées. Jésus nous dit par cette parabole notre liberté et nos responsabilités quant à ce qui nous a été confié.

Nos cultes peuvent tout à fait correspondre à des temps de repos et de ressourcements, des temps de recueillement qui nous permettent une pause, mais ils veulent aussi nous donner un nouvel élan. A l’issue du culte nous sommes envoyés au travail et Dieu a donné à chacun quelques talents. Ce terme de talents nous le comprenons fort bien. Cela signifie les talents donnés par notre patrimoine génétique tel un don pour le dessein, une intuition particulière, une force physique, le sens pratique, le goût pour le travail de la terre ou celui des arts, etc …ou une qualité forgée à force de travail, à l'issue d'une formation.

Les talents dans cette parabole de Jésus sont des sommes d’argent. Des pièces d'or, 20 000 € pour le moins, 100 000€ pour le plus. De ces 100 000 € le maître dira : je t’ai confié peu de choses et je te confierai beaucoup.

La parabole semble étonnamment capitaliste. Pour le moins, dit le maître qui était parti en voyage, tu aurais dû placer cet argent pour qu’il produise quelque intérêt. Mais pour le plus c’est prendre nos biens, ici notre argent, et l’investir dans un projet, dans la création d’une œuvre, avec courage, intelligence, persévérance. Entendons-le une première fois : les chrétiens ne sont pas seulement les plus conservateurs des hommes, ils sont de la lignée des entrepreneurs, des innovateurs !

La logique ne sera donc pas « qu’il faut que ça coûte le moins cher possible »; la parabole nous pousse aux initiatives et à la prise de responsabilités. La parabole nous incite à réfléchir à nos vies, à notre vie de foi, pour évoluer de l’attente d’un retour de Dieu, vers un investissement profond de nos vies et de tous nos biens. D'une position statique nous allons vers une dynamique.

Considérons les trois personnages de la parabole

Le troisième homme cité par Jésus est celui qui s’est fait une idée noire, trop prudente, trop conservatrice de Dieu. La pensée dominante est d'exprimer que les temps sont durs... que l’Eglise doit craindre, elle aussi, toutes les insécurités... et qu’il est plus que jamais nécessaire d’être prudents... Ne serait-il pas inconsidéré de gaspiller de l’argent dans des projets dont on n’est pas certain de l’utilité, de la nécessité ?
Ce troisième serviteur est si paralysé par la crainte qu’il s’interdit toute mise en jeu, toute initiative. Il pense être fidèle en un conservatisme total… « Dieu est sévère, les gens sont méchants, il faut craindre les critiques et le qu'en-dira-t-on ! … » Le maître à son retour le mettra à la porte !

Nous disons que la vraie fidélité est de changer, pas pour être vaguement à la mode, mais afin de vivre et d’évoluer en fonction des enjeux de la société, de l'évolution de la société. Evoluer pour suivre les espoirs comme les souffrances. Changer pour présenter une espérance, progresser pour répondre aux nouvelles questions contemporaines.

Les deux premiers serviteurs sont donc représentatifs d'un autre type de chrétiens. Ceux-là ne vivent ni dans la crainte et n'expriment aucune plainte. Ils restent dans la liberté que donne la foi. Le fait que le maître soit parti, et pour nous donc que Jésus soit parti, n’est pas une cause de paralysie. Le fait que Jésus est absent est pour eux l’occasion d’une liberté encore plus grande. Ils n'ont pas à prendre des ordres, mais à prendre des initiatives en attendant que le maître revienne. Ils n’ont pas à attendre des instructions, le maître étant parti, ils ont reçu l’ordre et les moyens d’agir, et il leur revient, selon leurs initiatives, de faire fructifier ce que le maître leur a confié.

Ces serviteurs vivent dans la confiance, ils savent que la fidélité consiste à prendre des initiatives, de s’autoriser à tenter, à investir tout ce qui leur a été donné. Ils acceptent de prendre le risque de perdre. Effrayant, n'est-ce pas ? Dans le détail ils auront sans doute raté des actions, été perdants dans telle ou telle initiative, mais au final, tous deux ont gagné le double de ce qui avait été investi.

Nous comprenons bien que le chrétien est cet homme qui a tant reçu qu’il ne peut vivre dans le repli sur soi. A trop vivre dans la prudence l'on ne vit plus vraiment. Une Eglise trop frileuse, trop tournée sur les craintes, les risques, la conservation, cette Eglise produit trop peu. Ce sont parfois ces paroisses où, littéralement, à lire la liste des activités, on constate que l'essentiel consiste dans la liste des enterrements.

Quelle est l'opinion que les gens ont de nous ? … Il y aurait beaucoup à dire et les sondages le révèlent, mais je ne pense pas me tromper en poussant en avant l'image conservatrice que les gens ont de nous. Il est vrai qu'avec raison nous insistons sur les racines, les valeurs sûres ; ces valeurs, cette lumière de l'Evangile qui ne dépend pas des effets de mode. Nous avons à juste titre le sentiment que l'évolution de la société est parfois une régression et non une avancée. Alors nous gardons le cap étant conscient des errements, des dangers et parfois des catastrophes qui guettent les vies. Dans ce sens-là oui nous sommes des conservateurs, mais l'image du jour nous incite à oser, à créer, à prendre des initiatives.



La semaine dernière Jésus disait à ceux qui l'écoutaient qu'ils étaient « sel et lumière du monde ». Aujourd'hui par cette parabole nous sommes très fortement incités à prendre de multiples initiatives, à comprendre qu'il est normal d'avoir le goût du risque. Il est tout aussi excellent que la parabole soit aussi vague car il n'est rien dit de ce que les deux serviteurs ont fait. Pas de recettes à copier ! Cela nous laisse une complète liberté et initiative. Allez en ville comme à la campagne, faites du commerce, allez dans le monde de la culture, faites de la politique, allez dans les usines, plongez dans la musique, pratiquez les sports, allez auprès des bien-portants comme auprès des malades, auprès des enfants et de toutes les tranches d'âge, allez partout et mettez vos talents en oeuvre. Souvenons-nous de cette parole de l'évangéliste Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné... » Le monde n'est pas le lieu du péché, il est le lieu de travail dans lequel s'exprimera un talent !



Dans mes jeunes années de ministère j'aimais mot d'ordre, maximes et proverbes. J'en avais inventé un qui disait : « Progresser pour rester fidèle ». Ce à quoi une amie catholique me répondit « Rester fidèle pour progresser ». Ces deux aspects me semblent bons et riches de sens.

Le troisième serviteur dit dans la parabole : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné;  j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi ». Quelle idée de décrire ainsi son maître !
Les deux premiers serviteurs disent tout autre chose. « Tu m'avais remis et avec cela j'ai agi ».


« Maintenant - dit le Père à son enfant en le sortant de la maison et le poussant dans la rue - tu peux faire ce que tu veux ! »  Les enfants seront tentés de faire demi-tour pour une sécurité sans risque. Mais c'est en sortant que l'on devient adulte. Ce que nous savons, ce qui nous a été donné, est suffisant pour vivre vraiment ! Notre destin est bien d'agir en adultes, de sortir et de faire fructifier tout ce que Dieu nous mettra à cœur.

Frères et soeurs vivrons-nous ainsi ? Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

 

http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/parabole_des_talents.mp3 http://www.protestants-niederbronn.org/docs/Predications2009/parabole_des_talents.mp3


Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 10 Août 2009
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