Chers frères et soeurs,
Nous allons d'abord aborder cette notion de la trinité et dans un deuxième temps nous commenterons le texte tiré de l'évangile de Jean. La trinité peut nous sembler être au départ un concept un peu lointain, une construction dogmatique plutôt difficile. Pourtant elle vise à dire une réalité connue et simple, il s'agit de dire l'unité de plusieurs réalités.
Commençons par le plus facile ! Un événement à Niederbronn : le triathlon. Un événement à trois dimensions car un triathlon articule trois sports. Pour parler encore de la personne en ce jour d'élections européennes, je suis par exemple à la fois un citoyen, un Français et un Européen.
Pour décrire un Etat nous parlerons des trois différents pouvoirs qui le fondent : le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Parlant de l'Armée nous citerons les armées de terre, de mer et des airs qui constituent ensemble la défense nationale.
Parlant de la famille nous parlerons de l'homme, la femme et l'enfant.
Vous l'avez constaté bien des notions sont bâties sur une logique simple, bien plus souvent que nous ne le pensons nous utilisons des logiques binaires ou ternaires, nous organisons souvent le monde par unité de deux ou de trois.
L'homme aussi est trois en un ! Recevant l'héritage de la pensée grecque nous disons qu'un humain est doté d'une corps, d'une l'âme et d'un esprit.
Mais nous pouvons encore aller plus loin et considérer le cerveau de l'homme. Un ami me le donnait en exemple pour parler de la trinité et de la manière dont chaque réalité est nécessaire à l'autre. Plutôt que de parler de l'eau qui existe en l'état solide, liquide et gazeux ou encore du triangle qui a trois côtés dont chacun est nécessaire pour être un triangle, mon ami me parlait du cerveau, de la pensée. Trois choses sont nécessaire pour que le cerveau puisse fonctionner :
* La logique en premier
* La mémoire en seconde
* L'intuition en troisième
Sans logique pas d'avancée majeure, pas de construction sûre. Sans mémoire il faudrait tout recommencer chaque fois à zéro et ce serait l'impasse. Sans intuition nous aurions une machine, peut-être complexe et performante, mais sans direction, elle ne serait pas humaine. Il faut une intuition pour la beauté, l'art et la recherche !
Et puis aujourd'hui c'est la fête des mères ! Parler de la trinité c'est chercher l'unité de différentes réalités qui nous habitent. : Une femme ne peut être mère sans que l'on parle de sa fille, elle ne peut pas d'avantage être mère sans que l'on parle du père. Voilà qu'une nouvelle fois l'on ne peut parler de l'une sans parler des deux autres. Une nouvelle fois, nous approchons du concept de la Trinité car là aussi nous ne pouvons parler de l'un sans parler des deux autres.
Parler aujourd'hui de la Trinité c'est parler de l'unité de Dieu. Chaque dimanche nous confessons par le Crédo ce que nous croyons du Père, du Fils et de l'Esprit.
Le texte de Jean nous en dira plus sur l'Esprit.
Jean 3
3 Jésus lui répondit : « Oui, je te le déclare, c'est la vérité : personne ne peut voir le Royaume de Dieu s'il ne naît pas de nouveau . » …
6 Ce qui naît de parents humains est humain ; ce qui naît de l'Esprit de Dieu est esprit. …
La question posée par Nicodème semble bien simple, nous croyons que c'est de l'ordre de l'évidence. Évidemment nous ne pouvons pas naître deux fois. Mais Jésus mentionne là un mystère qui est fondamental. Ce n'est pas seulement le cycle de la vie qui est évoqué, car oui il faut une relation sexuelle et le processus de la grossesse pour donner vie à un bébé. Mais le mystère qui est décrit concerne Dieu. Il y a bien un désir qui précède notre naissance, et il ne s'agit pas de nos parents, mais de Dieu. Nous avons bien un corps et un cerveau, mais dans notre histoire nous sommes précédés par le désir de Dieu qui veut nous faire accéder à une réalité à laquelle nous n'accédons pas de manière spontanée. La foi utilise des images pour en parler. « J'étais aveugle, à présent je vois » « J'étais dans les ténèbres et à présent je suis dans la lumière » « J'étais dans une réalité matérielle et à présent je suis en une réalité spirituelle » « J'étais dans la mort et à présent je crois en la résurrection ».
La semaine dernière nous disions que le Saint Esprit était l'avocat et l'inspirateur. Aujourd'hui il est l'émanation de Dieu qui nous fait naître à une nouvelle vie. Nous disons souvent que Dieu est amour, cela signifie aujourd'hui qu'il est un désir qui a tout précédé. Oh je sais bien que ce rapprochement entre la sexualité de nos parents et la description de Dieu est vaguement gênant. Mais souvenez-vous des paroles des prophètes de l'Ancien Testament, quand Israël était infidèle les prophètes osaient parler des relations entre le peuple et le Seigneur comme une infidélité conjugale ! Oui, l'analogie était déjà faite !
Il y a bien un désir qui nous précède, « Dieu est amour » c'est par lui que nous avons été rendus vivants. Il s'agit donc de comprendre les deux plans sur lesquels se déroule notre existence. Nous sommes le résultat du désir de nos parents et notre vie s'est déroulée dans l'axe d'un amour et d'une éducation reçue. Mais nous sommes aussi le résultat du désir de Dieu et contrairement à notre vie courante qui nous voit devenir adultes et autonomes, nous avons à continuer à cheminer humblement avec notre Dieu. Nous restons enfants de Dieu. Voici donc la nouvelle composition, un autre triptyque.
L'homme naturel,
la réalité de Dieu,
et cette réalité nouvelle que Dieu produit en nous. « Il faut que vous naissiez de nouveau »
Naître de nouveau c'est bien plus que d'entrer une première fois dans l'univers de la foi par une conversion. C'est continuer à boire à une source et nous tenir dans le souffle de Dieu. Nous sommes "baptisés un jour et c'est pour toujours, baptisés un jour et à vivre tous les jours". Jean écrira qu'il faut naître d'eau et d'esprit, l'oeuvre du Christ et l'oeuvre de l'Esprit nous font naître, demeurer, progresser dans la foi. Et terminons par un aspect délicieusement mystérieux ; c'est que l'Esprit « souffle où il veut ». Quand quelqu'un naît de Dieu il est entraîné dans une réalité nouvelle. Le plan n'est pas défini au départ, il est l'oeuvre de l'Esprit. Tout au plus peut-on dire qu'il nous éloigne du mal, de tous les péchés, mais c'est toujours une oeuvre originale. C'est une aventure extraordinairement belle et variée. Frères et soeurs, tous les jours de l'année ne suffisent pas pour placer le nom de tous les saints ! L'Esprit souffle où il veut, et notre émerveillement pourrait consister à regarder ce qu'il produit chez l'un ou chez l'autre !
Mais revenons pour finir à notre projet paroissial, aux suites de l'assemblée paroissiale. Il est vrai que nous pouvons réunir nos personnes, nos forces, nos intelligences pour faire les meilleurs choix possibles. C'est déjà fortement judicieux. Mais tout cela ne vaut que si, justement, forces, intelligences et choix sont suscités par l'Esprit. L'Eglise n'est pas une association démocratique commune, nous sommes une Eglise quand le souffle passe, quand il encourage, anime, corrige.
Une seule solution, recevoir l'Esprit, se livrer à l'Esprit, prier l'Esprit.
Frères et soeurs celui qui nous a faits naître de nouveau poursuit son oeuvre en nous. Donnerons-nous sens et cohérence à ce que nous comprenons de Dieu ? Vivrons-nous de l'Esprit ? Donnerons-nous à chacun la pleine liberté de l'Esprit ?
Répondons ensemble : Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.