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Prédications 2009

Prédications : Inlassablement, la parole qui veut nous construire nous est donnée

Prédication du pasteur Bruno Holcroft, à Niederbronn-les-Bains, le 15 février 2009

Luc 8
4 De chaque ville, des gens venaient à Jésus. Comme une grande foule s'assemblait, il dit cette parabole :
5 « Un homme s'en alla dans son champ pour semer du grain. Tandis qu'il lançait la semence, une partie des grains tomba le long du chemin : on marcha dessus et les oiseaux les mangèrent.
6 Une autre partie tomba sur un sol pierreux : dès que les plantes poussèrent, elles se desséchèrent parce qu'elles manquaient d'humidité.
7 Une autre partie tomba parmi des plantes épineuses qui poussèrent en même temps que les bonnes plantes et les étouffèrent.
8 Mais une autre partie tomba dans la bonne terre ; les plantes poussèrent et produisirent des épis : chacun portait cent grains. »
Et Jésus ajouta : « Écoutez bien, si vous avez des oreilles pour entendre ! »


Chers frères et sœurs

Je voudrais commencer notre réflexion par l'évocation partielle d'un film. J'ai oublié le nom du film, le nom des acteurs, etc. mais l'une des scènes était marquante au point de rester gravée dans ma mémoire. Il s'agissait d'une jeune fille souffrant d'un handicap mental partiel, elle ne parlait pas, elle ne voyait pas, elle était très perturbée et malgré différentes pédagogies, malgré la peine et la patience de la famille, les modestes progrès étaient ravagés par des rechutes très pénibles. Je me souviens en particulier de scènes à table quand la jeune fille faisait une crise de nerfs et que tout était renversé, tout était souillé dans les cris, les pleurs et les convulsions. L'héroïne pédagogue tentait et retentait de faire comprendre le monde à celle qui était prisonnière de son handicap mais les échecs s'accumulaient de manière longue et répétée jusqu'au désespoir, jusqu'à l'idée d'abandonner à son sort. Vint un moment de crise où soudainement la jeune fille handicapée comprit que les objets autour d'elle étaient associés à un nom. Elle avait en particulier plongé sa main dans de l'eau et elle comprit pour la première fois que cela s'appelait de l'eau, que c'était de l'eau, que tout ce dont elle était entourée pouvait avoir un nom et donc un sens. Elle avait trouvé une porte qui donnait un sens au monde dans lequel elle vivait. À partir de cette porte d'entrée tout prit peu à peu place et sa vie devint progressivement bien plus normale.

Quant à nous, nous venons d'écouter la parabole du semeur. Là aussi une parole cherche à nous rejoindre, un pédagogue tente de nous parler. Quelqu'un veut donner un sens à ce que nous vivons, quelqu'un tente avec patience de nous faire comprendre, de susciter un déclic, un accueil, une croissance. Quelqu'un se trouvant à l'extérieur de nos vies tente d'organiser le monde à partir d'une parole et là encore, comme lors de l'évocation du film, ce qui est constaté au départ c'est une série d'échecs. J'ai connu des catéchumènes, tout comme des adultes, qui étaient des agités et qui le devenaient encore davantage quand on leur parlait de Dieu ou de religion. Cet univers de la religion n'avait pas de sens et tout ce qu'ils exprimaient étaient de l'ordre d'une crise, d'une non-compréhension parfois totale. Dieu a choisi de venir vers nous par la parole, par une parole, au point que l'évangéliste Jean parlera de Jésus en disant « la parole était avec Dieu, était Dieu, et elle est venue pleine de grâce et de vérité ».
Maintenant et pour toujours c'est donc une parole qui veut ensemencer le champ de nos existences, une parole qui cherche une terre, une parole qui veut prendre racine, une parole qui veut consoler, exhorter, avertir, enseigner. Une parole veut organiser le monde sa prétention est aussi forte que cela ! Plus qu'en bien d'autres religions, plus que d'autres confessions chrétiennes, le protestantisme a particulièrement retenu le rôle absolument essentiel de la parole pour comprendre et vivre notre relation avec Dieu. D'ailleurs pour parler de notre relation à Dieu nous disons fréquemment que nous menons un dialogue avec Dieu. Un dialogue ce sont bien deux personnes qui se parlent, c'est la parole qui va au plus profond de notre existence. Mais revenons à la parabole du semeur.

J'ai commencé notre réflexion par l'évocation d'un handicap. Sommes-nous donc des handicapés ? Je peux aisément percevoir votre mouvement de recul devant cette affirmation, pourtant la Bible ne cesse pas de nous dire que nous sommes pécheurs, c'est-à-dire que les échecs, les erreurs et les incapacités rendent nos vies bien difficiles.
Je mentionnais en introduction la scène lors de laquelle la jeune fille handicapée était si mal dans sa peau qu'elle renversait et bouleversait tout ce qui était autour d'elle tant il était vrai qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne supportait pas, qu'elle était dans une immense angoisse, qu'elle n'arrivait que bien partiellement à se contenir. Mais mes amis, notre monde à nous est également fait d'angoisses, d'efforts pour nous dominer, de tant de réalités que nous ne comprenons que de manière très fragmentaire. Si nous étions davantage vrais, nous reconnaîtrions qu'en fait nous nous débattons et nous cognons sans cesse et ce n'est que notre éducation qui fait que nous nous contenons.

La parabole du semeur mentionne plusieurs difficultés inhérentes à notre incapacité à écouter. Il n'y a pas seulement ceux qui tombent tout seuls de leur chaise tellement ils sont nerveux. Je crois que nous pourrions facilement énumérer des dizaines de raisons qui font que nous avons bien du mal à écouter.

Jésus quant à lui mentionne d'abord les oiseaux et par l'explication qu'il donne plus loin le sens est facile. Il y a donc ceux qui écoutent mais l'instant d'attention est tellement bref que c'est reparti sitôt que c'est entré. Et même si la parole a traversé furtivement le cerveau, en tout cas elle n'est jamais descendue jusqu'au cœur, c'est-à-dire au centre, à l'intime, là où on ne joue pas un rôle ou une comédie, là où on accepte les vraies questions, là où on ne fait plus semblant, là où on ne fait pas seulement des gestes ou des rites, mais là où l'essentiel se joue. La parole nous rejoint et, comme dans mon histoire, elle commence par donner un nom à chaque chose, elle situe les personnes, les relations, elle déconstruit nos angoisses et construit la confiance. Comme lors de la création du monde - j'évoque le récit du livre de la Genèse - Dieu "dit" ! et peu à peu tout prend place, en ordre, en logique, en cohérence. C'est la beauté du monde de la foi qui se construit peu à peu. Si l'homme a été fait à l'image de Dieu, voilà que le travail reprend ! Mais il y a l'adversaire, le diable qui veut la folie, l'insensé, l'agitation, le superficiel. C'est à la fois un bilan et un avertissement que Jésus énonce par le danger des oiseaux.

 Puis vint l'évocation de cette autre difficulté qu'est cette fois le sol bien trop dur pour recevoir la graine. Pourtant tout avait bien commencé, dit la parabole. Mais ce grand et long travail de déconstruction-reconstruction ne se fait pas sans peine et il n'y a pas que la parole de Jésus qui s'adresse à nous ! Il y a quasiment un combat à mener et les personnes, la société, l'époque sont de rudes adversaires. A certains moments les vérités de la foi suscitent carrément une opposition à laquelle il est aisé de répondre par le renoncement. Ce sont les racines qui donnent la solidité à l'arbre, il faut que les fondements de notre foi aillent le plus loin, le plus profond possible, afin de donner de la solidité. C'est au fond de soi qu'il faut puiser pour tenir bon, c'est bien à l'essentiel qu'il faut aller, et y rester, pour garder toute la vitalité, la sève, la vraie vie. Nous pouvons également penser, au-delà de notre contexte, à ceux qui sont parfois persécutés, à ceux auxquels l'on nie le droit d'être chrétien.

Vient un troisième péril, celle d'une parole étouffée par les soucis de la vie, par les richesses, par les plaisirs. Faut-il développer cette réalité tant elle semble évidente ? Il suffit d'écouter à peu près n'importe qui ou n'importe quel média pour comprendre la perspicacité de cet avertissement. Faut-il une nouvelle fois évoquer les pièges d'une vie par trop matérialiste, la recherche des plaisirs, la recherche frénétique des plaisirs et les impératifs implacables déclenchés par tous les soucis auxquels il nous faut faire face ? Oh nos vies peuvent bien avoir un aspect matériel, nous n'avons pas à mener une vie sans plaisir et les soucis ne nous laissent de toute manière guère le choix. Mais l'avertissement n'est pas une taquinerie, il indique un piège dans lequel la société entière s'enlise à répétition. Ce piège laisse croire que l'on vit vraiment quand on s'entoure d'objets et de choses ; le piège se referme sitôt que l'on pense que vivre c'est consommer, acheter, jouir et jouir encore. Le piège se referme quand nous laissons nos problèmes respectifs être plus importants que la vie elle-même. Qui sommes-nous ? Des hommes et des femmes dont le sens de la vie vient d'objets, dont la vie est une énumération des problèmes personnels, physiques ou sentimentaux ? Notre vie ne serait-elle belle de par sa capacité à jouir de tout ? L'annonce de Jésus veut aller à bien plus profond.

Non la vie est belle quand nous choisissons le Bien, quand nous vivons pour le Bien et la Vérité. Nous le disions en introduction, le but de la parole qui veut se nicher en nous et de déconstruire un monde de violence et de peur afin de reconstruire l'harmonie et la paix.

Jésus mentionne enfin la "bonne terre", cette bonne terre reçoit la semence. Jésus mentionne ceux qui reçoivent la parole avec « un cœur honnête et bon », ceux qui la retiennent et qui portent du fruit avec persévérance. En conclusion nous dirons humblement qu'aucun de nous n'est tout entier enfoncé dans l'un des pièges ou simplement résumé par la bonne terre. Il nous arrive d'être de ceux-ci, de ceux-là. À temps partiel nous sommes le sol dur, à temps partiel trop superficiels, à temps partiel en train de courir avec les soucis dans le dos et les plaisirs devant soi ! Puissions-nous avec ce cœur honnête et bon évoqué par Jésus recevoir son enseignement, guérir encore et encore, nous laisser déconstruire et nous laisser reconstruire.

Le miracle, et peut-être la bonne nouvelle, est la patience de Dieu ! Le semeur prend tous les risques, il jette inlassablement sur nos vies la parole, il est généreux. Il va vers tous les terrains, il ne dit pas à l'avance cela n'en vaut pas la peine. Sa parole est dite par toute la Bible, elle est dite lors des cultes, elle est dite par les cantiques, elle est dite par des amis, lors de tant de circonstances de nos vies. Oui, l'étonnement peut aussi venir de découvrir la patience et la générosité dont Dieu fait preuve. Dieu n'est pas celui qui punit, il est celui qui inlassablement veut être la chance de notre vie. Le culte est le moment par excellence lors duquel nous sommes pardonnés, réorientés et c'est bien là que la parole qui peut nous sauver est implantée en nous. Heureux les cœurs ouverts, heureux ceux dont la vie accueille la bonté, l'enseignement et toutes les vérités de Dieu.

Frères et soeurs reviendrons-nous ici dimanche après dimanche pour recevoir une parole qui veut nous sauver ? Qu'en pensez-vous ?

Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.


Rédigé par Bruno Holcroft le Vendredi 13 Février 2009
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