Prédications : Etre des hommes qui aident à vivre et à croire
Prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains le 6 septembre 2009
Luc 10 25
Un maître de la loi intervint alors. Pour tendre un piège à Jésus, il lui demanda :
« Maître, que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? »
26 Jésus lui dit : « Qu'est-il écrit dans notre loi ? Qu'est-ce que tu y lis ? »
27 L'homme répondit : « «Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence.» Et aussi : «Tu dois aimer ton prochain comme toi-même a .»
28 Jésus lui dit alors : « Tu as bien répondu. Fais cela et tu vivras b . »
29 Mais le maître de la loi voulait justifier sa question. Il demanda donc à Jésus : « Qui est mon prochain ? » 30 Jésus répondit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, lorsque des brigands l'attaquèrent, lui prirent tout ce qu'il avait, le battirent et s'en allèrent en le laissant à demi-mort. 31 Il se trouva qu'un prêtre descendait cette route. Quand il vit l'homme, il passa de l'autre côté de la route et s'éloigna. 32 De même, un lévite arriva à cet endroit, il vit l'homme, passa de l'autre côté de la route et s'éloigna. 33 Mais un Samaritain, qui voyageait par là, arriva près du blessé. Quand il le vit, il en eut profondément pitié. 34 Il s'en approcha encore plus, versa de l'huile et du vin c sur ses blessures et les recouvrit de pansements. Puis il le plaça sur sa propre bête et le mena dans un hôtel, où il prit soin de lui. 35 Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, les donna à l'hôtelier et lui dit : «Prends soin de cet homme ; lorsque je repasserai par ici, je te paierai moi-même ce que tu auras dépensé en plus pour lui.» »
36 Jésus ajouta : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de l'homme attaqué par les brigands ? » 37 Le maître de la loi répondit : « Celui qui a été bon pour lui. » Jésus lui dit alors : « Va et fais de même. »
Chers frères et soeurs
L'histoire racontée par Jésus, celle du « bon samaritain » est connue, elle nous accompagne depuis des années, c'est une histoire frappante, facile à mémoriser. L'enseignement de Jésus n'est pas difficile à comprendre, il est difficile à accepter... Se montrer proche et inconditionnellement secourir...
La problématique habituelle, celle des juifs du temps de Jésus, consistait à devoir faire le bien, et de ce fait il fallait savoir à qui l'on devait l'aide, le secours, l'assistance, etc. Mais sur cette problématique venait se greffer une notion très importante de pureté et d'impureté.
Le maître de la loi était un vrai maître et pas un hypocrite. D'après ce que nous lisons il est fort probable qu'il ait vraiment étudié la question et la réponse qu'il fit à Jésus fut reçue sans critique. Il dit qu'il fallait « Aimer Dieu et aimer son prochain » ; oui c'est bien le centre de la foi, le centre de la religion, c'est le chemin pour notre vie. Mais à qui doit-on faire du bien, qui doit-on considérer comme un frère ? Qui est suffisamment proche de moi pour que je lui doive aide, secours, protection ? Autrefois comme aujourd'hui la réponse donnée mentionne des cercles progressifs. Si aujourd'hui nous nous demandons de qui nous sommes les plus proches nous mentionnerons évidemment d’abord des membres de la famille, puis les amis, les voisins, les collègues… et pour sourire dans le domaine du foot : d’abord le Racing, puis l'OM (peut-être ?) puis les « Bleus », puis les Européens. Mais revenons à la question sérieuse.
Dans un premier temps cette énumération de cercles progressifs semble nécessaire et légitime. Mais comme d'habitude Jésus va mettre du désordre dans des conceptions trop bien rangées, trop indiscutables. Bien entendu nous avons raison d'aimer la famille et de nous montrer patriotes. Mais la difficulté est ailleurs.
Dimanche dernier nous avons abordé ce récit de la guérison du bègue et sourd. Il s'agissait de l'écoute et de la parole. Aujourd'hui l'accent est placé sur ce que nous voyons car nous voyons tous de manières différentes. La semaine dernière c'est face au Christ que l'on était guéri, cette semaine dans face aux situations de détresses que notre regard est interrogé, que notre compréhension doit s'approfondir.
Qu'ont-ils vu ces personnages du récit ?
Le lévite et le prêtre ont vu dans ce blessé un homme impur car ce qui leur importait, dans leur logique, c'était de se préserver de l'impureté.
Le Samaritain qu'a-t-il vu ? Il n'a pas vu un impur gisant dans un fossé, mais quelqu'un dans la détresse. Il a vu une situation par hasard, lors des allées et venues de sa vie, et il a fait face. Il comprend vaguement d'abord – un homme gît dans un fossé – et voyant la difficulté, il s'est encore approché davantage, dit le texte biblique. Puis s'étant approché il a versé du vin sur les plaies pour les désinfecter légèrement, puis il a mis le blessé sur sa propre monture, puis enfin il a donné de son argent. Il s'est de plus en plus rapproché de cet homme.
Nous parlions de la manière de regarder... Qu'a-t-il vu ce samaritain pour ne pas s'écarter, pour ne pas s'effrayer, pour ne regarder ni à la peine, ni à la dépense ? Le texte bien entendu ne le dit pas, il nous laisse avec cette interrogation, nous savons seulement qu'il a bien agi.
Qu'avait-il compris de Dieu, qu'avait-il compris de l'être humain pour agir de la sorte ? Et c'est encore plus troublant quand nous constatons qu'il n'y a pas du tout de discours religieux dans cette histoire, mais un homme secours un homme et c'est Dieu qui est au centre ! On ne peut pas séparer le discours sur Dieu du discours sur l'homme. Dans les dix commandements les préceptes sur Dieu sont associés aux préceptes sur la vie en commun. Et Jésus dira plus tard " ce que vous avez fait à l'un de ces petits d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait". Impossible de séparer l'amour de Dieu et l'amour du prochain.
Jésus raconte cette histoire et introduit donc un samaritain dans le récit, samaritains qui n'étaient pas du tout appréciés par les israélites. Ils étaient l'exemple même des personnes douteuses. Ces samaritains, habitants de la région de Samarie, étaient une population mélangée depuis des siècles entre des juifs et des envahisseurs colonisateurs, les assyriens. En fait, ils ne sont plus du peuple élu, mais ils sont des descendants ayant quitté la pureté originelle. Leurs choix religieux, leurs rites, les textes reconnus au sein de leur canon biblique n'étaient que partiellement ceux des autres juifs. Et puis ils rendaient leur culte sur le mont Garizim tandis que pour tous les autres il fallait se rendre à Jérusalem, au grand temple. Quand des malheurs s'abattirent sur Israël les juifs ont souvent pensé que c'était dû à l'infidélité des Samaritains. Traiter quelqu'un de « samaritain » était une injure. Quand un juif de Galilée – région nord - se rendait dans le sud, il n'était pas rare qu'il se fasse molester par un samaritain.
Mais dans l'histoire de Jésus c'est justement un samaritain qui va se pencher sur un homme laissé pour à moitié mort dans son déplacement...
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La question du jour porte sur le regard. Quand je regarde, au fond qu'est-ce que je vois ? Les deux premiers personnages voient les impuretés. On pourrait sans peine ajouter les différences, les reproches, les torts de celui qui est à terre. L'autre voit un blessé et il se creuse les méninges pour lui permettre de retrouver la vie, de le rendre à la vie.
Les uns, par leur religion, accentuent le fossé qu'il y a entre les hommes. L'autre invente un chemin pour les rejoindre. L'un trouvait normal et sain qu'il y ait des blessés, des morts et que lui vive, l'autre voulait que chacun puisse vivre face aux aléas de la vie.
En regardant les situations de détresse, oui, qu'est-ce que nous voyons ? Je vais vous parler à présent du fondateur de la Croix Rouge, Henry Dunant. Voici 150 ans il parcourait la région italienne de Solférino, immédiatement après la bataille. Il aurait pu méditer sur la guerre, la politique, la violence, la stupidité. Il aurait pu trouver logique qu'il y ait tant de morts et de blessés, après tout c'est une guerre, après tout il n'y était absolument pour rien, après tout ce sont les politiques et les généraux qui sont les responsables. C'est d'ailleurs bien ainsi quand nous endurcissons notre coeur, c'est toujours pour des raisons logiques... devant la souffrance et notre inaction, il faut bien se protéger, se blinder, se justifier.
Henry Dunant va donc faire des pieds et des mains pour qu'au moins les blessés puissent être soignés. Ce sera un combat long et difficile et les Français vont d'ailleurs être parmi les premiers à le suivre. Quand nous regardons, au fond que voyons-nous ? Le samaritain ne voyait pas la même chose que le lévite et le prêtre, et Henry Dunant voyait autre chose que ce qui était courant, normal et malheureusement logique.
Quand nous regardons, que voyons-nous ? Voici quelques années en arrière quand un juif était arrêté, déporté, beaucoup trouvèrent qu'ils n'y pouvaient rien et que ces gens-là portaient certainement une faute. Pourtant certains sauvèrent des juifs.
Notre contexte économique est également devenu plus difficile depuis l'apparition de la dernière crise économique mondiale. Pourtant Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire, n'écrit pas un livre sur la crise, il organise les 1400 permanences d'accueil et de solidarité. Il dit de lui-même qu'il reste « un gosse révolté par l'injustice » et il regarde, il agit, et tente de faire voir ce qu'on n'est pas toujours prêts à voir. Ainsi ce ne sont pas seulement des pauvres qui viennent, non seulement des immigrés ou des personnes âgées, mais on a vu apparaître des cadres déclassés ou ayant perdu leur emploi et des petits patrons en grande difficulté suscitant incompréhension et irritation chez les bénévoles.
En conclusion.Ce mouvement-là, celui qui ne demande ni papiers, ni confession religieuse, ni condition sociale, mais qui voit une détresse et qui veut y répondre, ce mouvement-là exprime parfaitement ce qu'est l'Evangile.
Pour nous, frères et soeurs, nous sommes de ceux qui ont besoin d'entendre et de parler comme le bègue-sourd, nous sommes de ceux qui veulent dire merci à Dieu pour toutes les circonstances lors desquelles quelqu'un nous a fait du bien, nous sommes de ceux qui voudront continuer à voir comment l'on peut aider, porter, encourager. L'amour invente plein de chemins ! Nous ne sommes pas des saints, nous sommes des hommes et des femmes aidant d'autres hommes à vivre et à croire.
Est-ce ce que nous voulons ? Répondons ensemble à cette interrogation: " Amen c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. "
Site d'information de la paroisse protestante luthérienne de Niederbronn-les-Bains, Eglise membre de l'Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine -EPCAAL -