Chers frères et soeurs, Les histoires les plus connues sont parfois celles qui ont encore tant à nous dire… l'Evangile de Jean a été écrit longtemps après la résurrection du Christ, tout a été mûrement réfléchi, prié, médité. Aucune parole n'a été écrite au hasard et il faut avoir présent à l'esprit que les histoires toutes simples sont en fait de mûres réflexions. L'histoire connue la voici : « Jésus est à un mariage et il fait son premier miracle. Durant la fête le vin vient à manquer et Jésus rétablit la situation ».
L'approche toujours « simple » rappelle que quand nous parlons de Jésus nous disons qu'il a fait des miracles, une série de miracles et que cela prouve qu'il est intervenu quand des gens souffraient. Guérison de malades, démons chassés, et ainsi de suite... Mais regardons de plus près et penchons-nous sur la conclusion du récit, elle est un peu étrange. Le maître d'hôtel se trompe complètement car ce qu'il dit n'est pas vrai. En effet, autrefois quand un village se rendait dans une grande maison pour un mariage l'on offrait en premier un vin quelconque pour étancher la soif et ensuite l'on offrait le vin de qualité afin qu'il ne soit pas avalé à la va-vite ! Le maître d'hôtel dit le contraire... S'est-il trompé ce maître d'hôtel ? À moins que ce propos soit parfaitement volontaire et qu'il y ait quelque chose à comprendre. Tout ce qu'écrit Jean a été mûrement réfléchit... Jésus ne fait jamais un miracle sans que les spectateurs ne soient invités, poussés à réfléchir. Les miracles ne sont jamais une simple aide, ils invitent, ils conduisent toujours à une interrogation profonde et essentielle : « Qui est ce Jésus ? »Qui est cet homme ? » Et nous savons que peu à peu les croyants vont aller jusqu'à dire que cet homme est le Fils de Dieu.
Mais plus profond encore. Quand Jésus guérit il soulage et invite à l'approfondissement de la réflexion, nous venons de le dire, mais c'est au moment de la mort, de la crucifixion - c'est peut-être étrange pour nous - que tout ce qu'est Jésus, tout ce qu'il a réalisé, se trouve manifesté avec le plus de force. C'est à ce moment-là que la gloire de Jésus se manifeste le plus clairement. Oui il peut sembler étrange de dire que la gloire, le rayonnement de Dieu, soit à son maximum au moment de la mise à mort de Jésus. Pourtant c'est bien ce qui est au centre de notre foi. Lors de chaque culte nous nous retrouvons autour de cet événement précis et l'autel dans ce choeur le rappelle sans cesse. Le centre est là ! Jésus donne sa vie pour nous ! Un miracle c'est bien plus que de dire « Bravo Jésus » et « Fais-en un autre ! » Quand l'évangéliste Jean écrit, nous nous en souvenons, nous nous trouvons bien après la mort et la résurrection de Jésus. De plus Jean écrit après tout le monde, après Matthieu, Marc, Luc, ces évangiles sont écrits, ils commencent à circuler dans les Eglises et Jean les connaît. Quand il décide de raconter le premier des miracles de Jésus il a déjà parfaitement présent à l'esprit ce qui va venir, ce qui sera essentiel, il connaît le lieu où d'un seul coup tout prendra son sens le plus profond. Jésus a transformé l'eau en vin, « Akabi, akaba et voilà... ! » nous avons souvent à la télévision des gens qui font des tours... mais le sens de ce miracle est tout autre. Jésus n'est pas un magicien ni un illusionniste.
Depuis toujours, en tout cas depuis Moïse – nous l'avons entendu dans les autres textes du jour - les hommes demandent à voir Dieu ! Impossible leur fut-il répondu, impossible de voir Dieu et de vivre. Au moment de la mort de Jésus nous voyons Dieu, c'est ce qu'il me semble qui est écrit. Il est vrai que l'on présente souvent la mort du Christ, le Vendredi saint, comme le moment le plus sombre. Pour Jean c'est le moment le plus lumineux ! C'est là que l'amour est à son paroxysme, c'est bien là que l'amour est le plus profond, c'est là que coule la source, c'est là qu'ont lieu un accomplissement et un dévoilement. Le signe de la croix signifie non pas la seule mort, mais l'immensité de l'amour de Dieu.
Le signe de l'eau transformée en vin signifie là encore que derrière les apparences l'on trouvera un sens infiniment plus profond. Non Jésus n'est pas magicien, non Jésus fait bien plus que d'être gentil et d'aider les gens à réussir la fête. Il me semble que Jean nous dit qu'un signe a été posé et que tout lecteur, tout croyant jusque dans notre siècle, est invité à voir les signes dont il est entouré. Nous avons à les identifier, à les décrypter. Avec Jean nous avons à passer de la vue à la foi, du miracle au signe ! La gloire de Dieu se manifeste en son amour, l'oeil ne voit rien ou alors l'oeil ne voit que l'apparence des choses, l'eau changée en vin. C'est la foi qui fait voir au-delà. A Noël il n'y avait qu'un enfant de pauvre dans une crèche... est-ce cela qu'il fallait voir ? La foi fait voir tout autre chose. C'est le premier miracle de Jésus, c'est le premier signe, et nous comprenons que Jean dans son Evangile va continuellement nous demander d'aller plus loin afin que la foi se saisisse complètement de ce qui est donné par les yeux. Voyez-vous Jésus s'intéresse à tout autre chose que d'aider à la réussite d'une noce, c'est pourquoi il dira brutalement à Marie que ce n'est pas son heure ! Quand sera-ce l'heure ? Au moment de la croix ! Ce que Marie demande de faire sera fait à la croix. Marie se trompait bien involontairement car elle avait, elle aussi, à comprendre le salut qui allait se manifester. L'heure de la manifestation du Christ sera le jour de la crucifixion. Elle reculera donc sans comprendre, se contentant de dire « Faites ce qu'il vous dira ».
Voyez-vous, chers frères et soeurs, la religion à son coeur, son centre. Les jarres servaient à la purification, on se lavait les mains, le visage et les pieds. Jésus faisant ce signe le dira d'une manière très joyeuse, tous les rites - ceux d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui - , doivent être touchés par la grâce pour devenir des signes de joie, des signes d'abondance. L'eau est transformée en vin ! Il nous arrive à nous aussi de confondre les signes extérieurs de la religion avec la fête, la fête de Dieu, la fête du Dieu qui aime, la fête qui fait danser, chanter, aimer, louer. Nous n'avons pas beaucoup de rites dans le christianisme occidental, mais la tendance tout humaine consiste à penser que les gestes et les habitudes seraient le centre de la foi. Nous venons d'horizons différents, nos vies et nos chemins de foi sont souvent variés. Mais voilà qui vaut pour tous ! Si nous pensons que la foi doit être exprimée par une grande importance des rites, un silence glacial, l'utilisation de rengaines, des mines défaites et le sacré sens du devoir... nous nous trompons. Il y a bien un temps pour pleurer, oeuvrer et être sérieux, mais le temps du culte est le temps de l'Evangile, le temps de la communion, c'est l'heure de la joie la plus profonde. Cana… c'est un mariage. Qui y ferait triste mine ? Un culte est la célébration de l'abondance et de l'amour de Dieu !
Laissons couler ce vin de la joie ! Que la joie s'empare de nous, que sa paix inonde tout notre être, que nos chants soient louanges et nos prières ferventes. Nous ne chercherons pas des trucs et astuces pour être croyants, ni pour être joyeux, mais nous savons que le sens de nos vies nous est donné, l'amour au plus profond nous est donné, et la foi nous saisit pour notre grande joie. L'Evangile est le signe par excellence, et dans nos vies des signes, même petits, nous sont donnés en plus pour saisir ce qui est promis.
Dieu est toujours présent ! Que la joie coule à flot ! Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.