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Prédications 2008
Prédication du culte de la réformation 2008Prédication du pasteur Bruno Holcroft lors du culte de la réformation 2008 dans la paroisse de Niederbronn Les Bains
Chers frères et soeurs, voici 491 années que la Réforme débutait par cet acte de Martin Luther, clouer 95 thèses aux portes du château de Wittenberg, acte qui devait entamer un débat afin que l'on sache que Dieu et son salut ne pouvaient pas être achetés au prix d'argent. Afin que l'on sache que Dieu était amour et qu'il avait tout accompli par le don de son Fils Jésus-Christ. Afin que chacun puisse expérimenter la paix de Dieu sans avoir à se mortifier, sans avoir à se faire un sang d'encre, tout simplement en comprenant que Dieu avait tout fait et qu'il ne nous restait rien à faire sinon à le comprendre, à le recevoir, à le croire.
Le lendemain de cet affichage, Frédéric3, le Sage, le pieux prince électeur, offrait à la vénération du peuple la précieuse collection de reliques qu'il avait rassemblée : 17 443 pièces dont l'adoration devait valoir aux fidèles des indulgences pour 127 799 jours... Luther voulait entamer un débat et avait ainsi affiché la veille, ces fameuses 95 thèses pour lancer la réflexion. Notre surprise vient sans doute d'apprendre qu'il n'y eut pas du tout débat, que le prince électeur n'eut que faire de ce papier affiché sur ce qui était l'équivalent d'une sorte de panneau public ! Le combat cessa avant de commencer ! C'est ici que nous rejoignons l'actualité, en effet ce sont les étudiants de Martin Luther, ceux de l'université, ceux qui s'étaient dans les différentes facultés, qui reprirent la déclaration de leur professeur et la firent parvenir aux quatre coins de l'empire de Charles Quint. En somme les étudiants étaient, comme aujourd'hui, prompts à s'enflammer, agités, embrasés, enthousiastes. C'est par les jeunes que ce mouvement de réforme au sein de l'Eglise Catholique allait grandir incroyablement au point de faire s'interroger l'Europe entière et de la forcer à une réflexion et à un choix. Les jeunes voulaient que l'on cesse de raconter n'importe quoi au sujet de Dieu et de son pardon et d'ainsi permettre au pape Léon10 de faire rentrer de l'argent afin de construire la Basilique Saint-Pierre de Rome. La fin ne devait pas justifier les moyens. Ces jeunes voulaient que l'on dise la vérité pour l'honneur de Dieu ! Aujourd'hui il est plus difficile de comprendre que l'on ait pu en venir aux mains, en venir aux armes, mettre l'Europe à feu et à sang pour une opinion théologique. N'eut-il pas été suffisant de laisser faire le temps et d'escompter que finalement, en regardant de haut, dans peu de temps la Vérité finirait bien par s'affirmer et que par exemple, une fois la Basilique construite, les besoins d'argent ayant cessés, que l'Eglise retrouverait alors une doctrine bien plus saine, plus conforme à ce qu'enseignent les Ecritures ? Le Concile de Vatican 2 n'est-il pas une réalité qui nous rapproche à nouveau ? Le protestantisme ne devrait-il pas être compris comme une parenthèse que l'on devrait à présent refermer ? Et puis d'ailleurs, nous autres protestants, ne souffrons-nous pas de nos divisions ? Parmi nous aussi des personnes d'avis différents sont rapides à favoriser les positions dures et à regarder comme une bonne chose l'exclusion de certains ou de prendre la porte avec éclat ! Un chef unique serait alors un facteur d'unité et donnerait une plus grande représentativité. Je voudrais rappeler aujourd'hui, et ce pourrait être une indication pour tous, que Martin LUTHER, n'avait pas le choix. Lorsqu'il fut convoqué par l'Empereur pour justifier son action et répondre aux accusations que l'on proférait à son égard, il dit après un temps de réflexion : "Si l'on ne me convainc pas par le témoignage de l'Ecriture (La Bible) ou par des raisons décisives, je ne puis me rétracter... Je ne puis et ne veux rien révoquer car il est dangereux et il n'est pas droit d'agir contre sa propre conscience." Etre protestant n'est pas seulement une question à débattre, c'est l'impossibilité de ne pas mettre ses actes en accord avec ses convictions, c'est vouloir vivre en fidélité à ce que l'on comprend de Dieu et de son prochain. L'impossibilité de ne pas mettre ses actes en accord avec ses convictions… Un chemin large mène à la catastrophe, c’est l’enseignement de Jésus. Une conscience perméable qui s'accommode de tout et de tant d'opinions différentes mène à la ruine. Reconnaissons-nous que quand on commence à ne plus vivre ce que l'on croit c'est que l'on ne croit plus tellement en ce que l'on dit. C'est bien là le chemin qui se présente avec une volonté universaliste, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, mais qui aboutit dans l'étroitesse du cul-de-sac, à l’impossibilité de vivre fidèlement. Au bout de ce chemin on cesse tout simplement d’être un homme quand on se détourne des exigences que l'on porte au plus profond de soi. Nous continuons à penser qu'une institution qui prétendrait penser à notre place, légiférer en ce qui concerne notre éthique et s'entrepose entre Dieu est une erreur. Nous continuons à penser qu'une relation personnelle est permise et voulue par Dieu et que l'Eglise ne doit qu'aider à faire émerger cette fidélité individuelle. Nous continuons à penser que l'organisation de l'Eglise est secondaire mais qu'en ce qui concerne l'Evangile, l'attitude de Dieu révélée en Jésus-Christ, aucun compromis ne doit être fait. Nous continuons à être animés par la conviction que nos actes doivent découler de nos convictions qui s'inscrivent elles-mêmes dans cette fidélité à Dieu. Quel est le fondement de nos opinions ? Pourrions-nous justifier nos habitudes, nos modes de vie ? Nos choix politiques, notre façon de dépenser de l'argent, notre regard sur ceux qui sont riches et ceux qui sont pauvres, sont-ils le résultat de notre fidélité à l'Evangile ? Il est bien peu probable qu'il en soit ainsi et que nous ayons besoin de réformer nos vies. Dans l'attitude de Martin Luther, n'avons-nous pas une indication de ce qui devrait diriger une vie ? Quand on réfléchit au protestantisme ou à l'oecuménisme, à l’écologie ou à l'évangélisation, à l'avortement ou au mariage... il ne s'agit pas de trouver une opinion toute faite, il ne suffit pas de savoir discuter et argumenter, il n'est pas suffisant de dire que l'on peut le considérer d'une façon ou d'une autre, il faut décider en conscience. Une conscience éclairée par l'Evangile, avec tout son cœur et toute son intelligence et qui débouchera sur des actes ! Dans le passé j’ai longuement cru que l’Eglise avait besoin de nouveaux Luther, d’autres Calvin, des intellectuels, des hommes de convictions, des communicateurs, des athlètes de Dieu et ma foi ce serait bien utile. Mais au fond ce dont nous avons le plus besoin ce n’est pas d’un dirigeant, d’un « Fuhrer », ce n’est pas que quelqu’un se présente disant sensiblement « J’ai tout compris » ou « Suivez-moi ». Le projet d’Eglise qui est présenté par les instances luthéro-réformées n’est pas un plan en 10 mesures, comme les gouvernements nous les présentent souvent dans la société civile. Qu’est-ce que l’Eglise, quelle est la démarche à suivre ? A Strasbourg, de Wissembourg jusqu’à Bitche ou Gundershoffen, tout comme à Niederbronn, nous connaissons bien les multiples défis à relever, et les analyses que l’on peut faire sur la situation. Mais la démarche est autre. C’est le puzzle qui est présenté comme bonne démarche. Autrement dit que chacun agisse selon sa conscience, selon son talent, selon ses capacités, selon sa générosité, selon ses convictions et les pièces du puzzle s’assembleront, et avec le recul du temps, quelques années, que nous verrons l’œuvre accomplie. La réforme est une oeuvre permanente, Luther et Calvin avaient raison et nous resterons dans cet héritage, nous nous tiendrons dans ce sillage, mais nous n'oublierons pas que le protestantisme est un appel à la liberté et à la responsabilité. Il ne nous est pas dit de baisser la tête et de nous conformer à la nouvelle Eglise, il nous est dit de regarder le Christ, et qu'en le regardant, en menant par les Ecritures ce dialogue avec lui, l'Esprit génère en nous une fidélité inventive, adaptée, efficace. Frères et soeurs, ce dimanche est celui de la réformation, il est aussi celui de la vocation. Nous tiendrons-nous dans cette fidélité ? Ecoutant l'appel du Christ à la liberté, à l'amour du prochain, répondrons-nous présent ? A l'inventivité et l'énergie que suscite l'amour, donnerons-nous libre cours ? Dirons-nous « amen » à ce que le Christ et les réformateurs nous demandent ? Je vous le demande et à vous d'enchaîner... « Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. » Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 26 Octobre 2008
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