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Prédications 2010
Prédication : Vous êtes certains qu'autrefois c'était mieux... ?Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains
Chers frères et sœurs,
nous allons commencer par décrire l’Eglise de Corinthe car il est courant d'entendre des lamentations sur l'état des paroisses en ce début du XXIème siècle. L'attitude générale consiste à jeter d'abord un regard nostalgique vers le passé : ce passé que les plus anciens d'entre nous ont connu dans des communautés qu'ils disent avoir été si florissantes ; ce passé également que nous avons pour la plupart en commun, passé chargé d'une histoire protestante dont nous sommes fiers ; ce passé enfin que nous enracinons dans une lecture un peu idéalisée des textes du Nouveau Testament où l'Eglise primitive semble n'être composée que de chrétiens hors du commun et de martyrs pour la foi. Oui à travers toute la France ces églises étaient de grandes, belles et courageuses églises ; et, au regard de tout ce passé glorieux, nous nous prenons inévitablement à regretter la décrépitude, les errements, les faiblesses, bref, le manque de foi de nos communautés actuelles. Ce constat contribue à faire de nous des chrétiens chargés du poids de notre mauvaise conscience : celle de n'être pas dignes, de n'être pas à la hauteur de la vocation à laquelle nous sommes conviés. (…) Faut-il accuser ceux qui ne viennent plus ? Faut-il s'accuser soi-même de ne pas être des chrétiens exemplaires ? Mais allons plutôt voir d'un peu plus près ces chrétiens de la première église. Tout d'abord, et ce dès le premier chapitre de l'épître, il apparaît que la plus grande division règne dans l’église : jalousie, querelle et discorde, dira Paul. Moi, je suis de Paul ; moi, de Pierre ; moi, d'Apollos... et moi, de Christ ! C'est là, dirons-nous en bons protestants que nous sommes, habitués aux querelles de clocher, un défaut, certes regrettable, mais avec lequel, nous le savons par expérience, il est possible de vivre : moi, je suis luthérien; moi, baptiste ; moi, libriste ; moi, pentecôtiste ; moi, catholique... et moi, chrétien ! Il n'empêche que, pour Paul, lorsque cette appartenance à une tradition religieuse devient source de discorde ou d'orgueil spirituel, il y a risque d'anéantir la croix du Christ : ni plus ni moins ! Mais continuons : au chapitre V, on nous signale un cas d'inconduite tel, dira Paul, qu'on ne la trouve pas chez les païens... ce qui, à l'époque du légendaire laxisme romain, dans une cité non moins légendaire en la matière, laisse rêveurs les plus libéraux d'entre nous : L'un de vous vit avec la femme de son père. Peut-être sa belle-mère, peut-être sa mère ! Certes, Paul s'élève contre une telle pratique... mais quand même : il a fallu attendre l'intervention de l'apôtre ! Cela en dit long sur les mœurs de la communauté ! Au chapitre 6, nous apprenons également que des membres de la communauté se traînent devant les tribunaux pour de sombres histoires d'héritages. Non contents de se déchirer, ils le font devant les païens ! Au chapitre 11, il est question cette fois d'injustice sociale : pendant le repas du Seigneur qui, dans l'Eglise primitive, se déroulait au cours d'un véritable repas, il en est qui se gavent et se saoulent tandis que d'autres ont juste de quoi apaiser leur faim : sur ce point non plus Paul ne peut flatter les Corinthiens ! Mais le tableau n'est pas terminé : à partir du chapitre 12, il va être question des dons spirituels. Car tout ce qui précède n'empêche pas les Corinthiens d'être des chrétiens spirituels, prompts à laisser agir en eux l'Esprit de Dieu, à le laisser produire miracles, prophéties, chants en langues et autres phénomènes qui, pensent-ils, font d'eux des super-chrétiens, sans doute trop élevés pour se soucier de ces basses réalités terrestres que sont divisions, comportement éthique conséquent, relations fraternelles. Paul prenant acte de ces prétentions à diverses performances spirituelles, les range au rayon de l'orgueil spirituel et va indiquer une voie infiniment supérieure qui est celle du célèbre hymne à l'amour de 1 Corinthiens 13 dont la logique est celle de l'humilité, de la justice et du partage. Que reste-t-il encore à dire de cette église de Corinthe ? Un détail encore qui nous est donné au chapitre 15 : certains d'entre les membres de cette église ne croient pas à la résurrection ! (...) Si l'on veut bien tirer les conséquences de ce qui est le résultat d'une simple lecture du texte biblique, on est amené à transformer radicalement notre compréhension de ce qu'a pu être l'Eglise primitive. Non, l'église de Corinthe n'était pas un rassemblement de purs, même et surtout si certains en étaient convaincus. Non, l'église de Corinthe n'était pas un modèle de perfection aujourd'hui à imiter, mais l'exemple même de ce qu'est l'Eglise de Jésus-Christ : un rassemblement de pécheurs pardonnés... mais de pécheurs quand même ! ------ Faut-il s'en réjouir ? Doit-on ainsi se rassurer à bon compte sur l'état de nos églises ? Certes non, là n'est pas le but ce matin : mentionner l'échec et la médiocrité des autres n'est pas une façon de progresser. Retenons que « le passé » n'est pas ce grand livre d'images merveilleuses que nous ouvrons comme pour mieux oublier la triste réalité du présent. (...) Après tout, n'est-il pas plus édifiant pour nous de constater que ceux qui nous ont précédés dans la foi étaient, comme nous, des hommes et des femmes de chair et de sang, des hommes et des femmes traversés de doute et de désirs coupables ? (...) Peut-être sommes-nous de ceux qui, après avoir entendu un tel rapport moral sur l'état de la communauté de Corinthe, auraient souhaité des sanctions, une mise à l'index, une excommunication de l'union des Eglises de Jésus-Christ, que sais-je encore ? Or, ce qui me frappe, c’est que Paul commence sa lettre aux Corinthiens par ces mots : A l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe ! (...) La grâce et la paix soient avec vous tous ! Cette Eglise-là est l'Eglise de Dieu ; oui, sur ces hommes et ces femmes-là est invoquée la grâce du Seigneur ! Autant de choses la rendent vile et méprisable, cette église-là manifeste la force, la puissance et le salut de Dieu pour le monde. Ce paradoxe trouve sa source dans la prédication de la croix, la folie de la croix, qui affirme la seigneurie d'un Dieu crucifié, la seigneurie d'un Messie mourant et faible. Ce paradoxe prend sa pleine signification, pour Paul, dans la situation concrète de l'Eglise de Corinthe, laquelle est une manifestation vivante de la grâce de Dieu, de la justification par la foi sans les œuvres de la loi, ce don total de Dieu pour l'homme qui nous appelle au-delà et par delà ce que nous sommes, fidèles par delà nos infidélités, manifestant sa puissance de salut à travers l'existence chaotique, hésitante et méprisable d'une communauté d'hommes et de femmes graciés. Car cette église de Corinthe est SON église, choisie par lui, aimée de lui ; elle ne l'est pas (...) à cause de ses mérites, de sa force, de sa croissance ou de sa vitalité, elle l'est par la grâce de Dieu. Malgré nos infidélités, nos divisions, nos errements, nos échecs... Dieu nous a choisis, aimés, graciés, et il ne reviendra jamais sur cela. Notre culte est donc signe de cette grâce, signe que cette démarche qu'il a faite avec nous, il veut la faire avec tout homme, avec le monde ! (...) Les juifs voulaient des miracles pour authentifier celui qui parlait. Le miracle, le signe qui a été donné, est celui du Christ mort et ressuscité. Une folie que d'adorer un crucifié ! Les Grecs voulaient la sagesse, la parole logique, articulée, intelligente, éclairante... le signe qui a été donné est une folie, la folie de la sagesse de Dieu, la folie qui consiste à envoyer son fils et à aimer jusqu'à en mourir. Nous sommes une communauté de pécheurs, mais le signe de Dieu - sa folie pour nous - est plantée au milieu de nous. C'est autour de la folie de la croix que nous sommes réunis. Elle nous redit l'amour de Dieu, elle dépasse nos échecs, nos goûts personnels. Nous sommes invités à vivre dans cette réalité. Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ? Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 26 Juillet 2010
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