La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2010

Prédication : Vous êtes aimés !

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains


Chers frères et sœurs

le thème de ce jour est facile. Il parle de l'amour de Dieu et de l'amour que nous avons à nous porter les uns aux autres. Les deux autres textes bibliques de ce jour rappellent simplement la parabole du bon samaritain, autrement dit « Soyez proches de ceux qui sont dans une souffrance ou une détresse, c'est le cœur de la religion »
L'autre texte est le récit de Caïn et Abel, il enlève l'illusion comme quoi il serait simple de vivre en paix au sein d'une même famille. La fraternité, c'est-à-dire la fraternité à vivre, à donner, à faire subsister, est une histoire longue et compliquée qui n'est pas exempte de drames.

Nous avons à méditer « Dieu est amour » et « Aimez-vous les uns les autres ».
J'ai commencé en disant que le thème était facile car, si l'on questionne les gens sur le contenu du christianisme, c'est bien souvent cette phrase-là que l'on cite : « Aimez-vous les uns les autres ».
J'ai déjà évoqué la difficulté de la fraternité et il faudrait rajouter que les chrétiens se sont parfois persécutés entre eux, et selon l'époque et les continents, ils ont persécuté d'autres religions.
« Aimez-vous les uns les autres » est donc un exercice difficile qui commence par le simple respect et demande à s'épanouir dans des directions infinies. « Aimez-vous les uns les autres » est pourtant une directive constante qui, à défaut de s'articuler avec de nombreuses initiatives, sert au moins de garde-fou. Si au fond je laisse grandir en moi l'idée que l'autre est un imbécile, un incroyant, un inférieur... si dans mon cœur je me laisse aller à une idée de mépris... si intérieurement je hausse les épaules car évidemment mon idée, ma sensibilité, ma logique est limpide... alors je suis en train de quitter le chemin d'amour.


Rappelons à présent cette histoire véridique. Nous sommes au XVIIe siècle dans un hôpital de France, deux médecins se penchent au-dessus d'un malade dont l'état est grave. Ils se parlent l'un à l'autre en latin afin que le malade ne comprenne pas. « Nous allons tenter une expérience sur cet être sans valeur » dit l'un des médecins. Pas de chance ! Le malade comprenait lui-même le latin, il était lui-même un lettré placé là, comme cela se faisait autrefois, dans une salle commune. Le moribond se redresse et proteste. Il ne reproche pas aux médecins de vouloir tenter une expérience, mais il proteste en disant « Comment osez-vous dire 'sans valeur' un être pour lequel le Christ a accepté de mourir en versant son saint et précieux sang ».


Le langage est un peu daté, mais le fond est absolument pertinent. C'est sur cette base que l'occident se développera dans le sens du respect, de l'humanisme et de l'humanitaire. Notre civilisation s'est construite -entre autres-- sur cette valeur. Toi l'homme, la femme, l'enfant comme le vieillard. Toi l'étranger, l'ouvrier ou le cadre supérieur : Chacun est précieux, Tu es précieux, tu es unique, tu es digne d'amour. Non toutes les religions ne tiennent pas le même discours sur la valeur de l'homme.
Quand nous redisons aujourd'hui que Dieu est amour c'est bien sur cette base-là.

L'amour a ses exigences, aussi de langage vrai, aussi de distinguer le vrai du faux, mais cela doit être fait avec la réalité de l'amour. Le raisonnement cherche la solution, les choix des uns ne sont pas le choix des autres, la vérité exige aussi la différence, la liberté réclame que rien ne soit imposé. Mais c'est 'un ami qui arrive à nous parler mieux que ne pourrait le faire un simple collègue. C'est notre femme ou notre mari, ou notre mère, qui peuvent nous parler alors qu'un autre n'y arrivera pas.
L'amour n'est pas toujours là pour dire que tout est bien, mais l'amour est toujours là pour me faire comprendre et croire, que je suis pas en danger quand quelqu'un me dit quelque chose que je dois comprendre. Le but de celui qui aime n'est pas d'étouffer ou d'amener à ses vues, mais à dire en vérité sans désir de pouvoir, sans manipulation, dans la sécurité d'une relation.

Tu étais ridicule, mais je veux en rire avec toi et pas contre toi. Viens repartons du bon pied !
Tu étais petit et égoïste, mais je t'ai vu capable de grandeur et d'altruisme. Viens retrouvons l'estime de nous-mêmes.
Tu étais blessant ou violent, mais je sais que ce n'est pas ton fond car tu aimes le respect et la douceur. Viens j'ai confiance en toi, tu vas donner le meilleur de toi-même.
Et ainsi de suite.


Quand nous avons abordé ce sujet au sein de la rencontre des pasteurs du Consistoire, un aspect nous a paru important. Un aspect que nous ne disons peut-être pas assez. Cela concerne l'amour, cela concerne notre enfance mais aussi les adultes que nous sommes devenus.
Nous sommes tous habités par notre éducation, par l'image que nous avons de nous-mêmes, par l'amour que nous avons reçus de nos parents, et c'est là que c'est parfois douloureux, par l'amour que nous n'avons pas reçu.
Il nous est donc apparu important de parler de l'amour car beaucoup de personnes n'ont pas eu la chance de grandir dans un contexte d'amour, et même comme adulte, la chaude réalité de l'amour n'est pas l'expérience commune. Il se peut que nous ayons reçu la sévérité excessive comme éducation et parfois pire... l'indifférence, parfois même la violence.
C'est là que le verset « Dieu est amour » est sans doute si important. Dieu n'est pas une religion, Dieu est amour. Je suis meurtri avec vous quand cette réalité chaude et rassurante n'est pas une expérience commune, quand ce n'est pas votre expérience. Nous mettons longtemps, très longtemps à guérir des traumatismes reçus, de la douleur ou de la honte ressentie quand nous recevons le choc : « Je ne suis pas aimé, mais tel autre est aimé et je suis délaissé, voir méprisé.


Devant Dieu cette réalité est toute différente
Je suis aimé ! Venez vous baigner dans cette lumière !
Prenons une image, entrons dans l'eau ! Jusqu'où avancerez-vous dans l'amour de Dieu ? Quelques doigts de pied ? Jusqu'à la cheville, le mollet, les cuisses, le buste, tout le corps ? Vous êtes aimés ! Oui, l'image est enfantine, mais elle exprime bien que la foi et la religion ne sont pas un « truc » sévère à apprendre par cœur C'est la chaleur de l'amour de Dieu. Venez, entrez dans l'eau, venez vous baigner dans la lumière. Dieu, depuis votre baptême, vous connaît par votre nom, il vous reconnaît comme étant son enfant ! Venez vous baigner dans cette lumière ! Entrez dans la lumière !
Venez vous jeter dans les bras de Dieu. Venez, peut-être pour sangloter, mais aussi vous réfugier dans la sécurité de cet amour. Vous êtes aimé, c'est-à-dire qu'il est celui qui vous attend avec patience pour vous réorienter, pour remettre en vous la force et la confiance.
La crainte de Dieu signifie le respect que l'on donne à celui qui nous aime – et non une sorte de terreur sacrée – C'est le respect donné à celui qui veut nous diriger dans la vie pour notre bonheur. Dieu est lumière, Dieu est bonté, Dieu est patience, Dieu est amour. Venez vous baigner dans cette lumière !

Je sais bien que certains trouveront puéril de parler ainsi de Dieu et de son amour. Cela serait vrai s'il n'y avait que cette tonalité tout au long de l'année. Aujourd'hui nous parlerons de l'amour. Mais souvenons-nous comment nous parlons et les gestes que nous faisons quand nous sommes dans la chaleur de l'amour avec notre conjoint, nos enfants, notre famille. Oui il y a bien une réalité chaude, vivante, rassurante de l'amour. Heureux ceux qui sont dans cette sécurité qui permet l'épanouissement.

Je me souviens de ce reportage à la télévision, il portait sur une femme indienne, son charisme à elle consistait tout simplement à vous prendre dans ses bras et à vous bercer durant une minute. Les gens faisaient la queue pour sentir cette chaleur, cette sécurité. Être bercé durant une minute par les bras d'une femme, d'une maman, de quelqu'un qui était riche et généreux en amour, en tendresse. Rien d'équivoque dans la démarche, quelle surprise de voir tout simplement s'afficher ce besoin d'être dans une sécurité aimante, quelle surprise de pouvoir tout simplement venir se blottir là et de repartir ayant retrouvé son calme. Venez vous baigner dans cette lumière !
Nous sommes tous dans ce besoin d'amour, besoin d'accueil, besoin de lire par les yeux, les paroles et les gestes, que nous sommes aimés. Ce n'est pas un enfantillage, c'est un besoin fondamental dans la vie, et, surprise, jusque dans le grand âge.

Reste à dire et à développer des livres entiers sur l'amour et la lumière. Mais aujourd'hui nous répondrons à cette question. Frères et sœurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 8 Septembre 2010
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