La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2007

Prédication : Terrible... mais la foi ne peut nous être enlevée

Apocalypse 3 v 1-7


Chers frères et sœurs,

je suis joyeux de pouvoir ouvrir une première fois la Bible devant vous et de réentendre par elle à quel point nous sommes connus et aimés. « En comptant sur le Seigneur, on trouve un second souffle ; on déploie les ailes d’un aigle, on s’élance inlassablement, on marche sans relâche » Cette parole du prophète Esaïe nous accompagne durant tout ce mois.

Ce matin nous allons méditer un extrait du livre de l’Apocalypse, ce livre un peu désorientant par sa structure, son langage et ses symboliques qui ne nous sont plus familières.
Apocalypse 3
A l'Eglise de Sardes

1 ---A l'*ange de l'Eglise de Sardes, écris: «Voici ce que dit celui qui a les sept esprits de Dieu[a] et les sept étoiles: Je connais ta conduite, je sais que tu passes pour être vivant, mais tu es mort.
2 Deviens vigilant, raffermis ceux qui restent et qui étaient sur le point de mourir. Car je n'ai pas trouvé ta conduite parfaite devant mon Dieu.
3 Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu la Parole: Obéis et change! Car, si tu n'es pas vigilant, je viendrai comme un voleur et tu n'auras aucun moyen de savoir à quelle heure je viendrai te surprendre.
4 Cependant, tu as à Sardes quelques personnes qui n'ont pas sali leurs vêtements; elles marcheront avec moi en vêtements blancs, car elles en sont dignes.

5 Le vainqueur portera ainsi des vêtements blancs, je n'effacerai jamais son nom du livre de vie, je le reconnaîtrai comme mien en présence de mon Père et de ses *anges.

6 Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'Esprit dit aux Eglises.»

Le langage et les symboliques du livre de l’Apocalypse ne sont pas les plus faciles à décrypter… L’Eglise, en choisissant les textes à méditer avant Noël, n’est pas dans la répétition de nos habitudes qui nous mèneront à Noël. Dans ce texte il ne se dégage pas une bonne odeur de « bredele », on n’y voit pas de couronne de l’Avent, pas d’illumination de Noël. Notre extrait n’exprime aucune douceur, il rappelle l’imminence de l’intervention de Dieu, il rappelle que le monde se trouve dans la nuit et qu’il faut la lumière. L’Eglise, par le choix de cet extrait, rappelle le caractère dramatique dans lequel se trouve le monde.

Si l’Evangile de Jésus-Christ nous semble simple et lumineux, le livre de l’Apocalypse risque de nourrir les peurs, réelles ou diffuses que nous traînons tous dans un repli de notre cerveau. Nous pouvons citer quelques-unes de ces peurs, « les maladies comme le Sida, les épidémies, le sdrass » ; les peurs liées à la génétique, les peurs liées aux risques de guerre, les peurs liées au chômage, à la concurrence internationale, à la mondialisation, les peurs liées à la violence, aux attentats, les peurs liées à l’avenir, les peurs de tout ce qui ne dépend pas de nous et qui pourrait pourtant arriver !

Devant l’Apocalypse nous n’avons pas spontanément les repères pour comprendre un livre aussi spécifique !
Ce livre pointe ainsi quelques-unes des peurs de la fin du premier siècle. Une époque où le christianisme n’est pas encore construit, il n’y a pas encore d’orthodoxie, où il n’y a pas de Nouveau Testament complet circulant entre les Eglises. Des courants aux obédiences, tout se cherche encore. Aujourd’hui nous disons qu’il y a l’Eglise, ou « les Eglises officielles » mais à la fin du premier siècle il est difficile de discerner ceux qui sont de l’Eglise et ceux qui ont fait un amalgame d’influences et de spiritualités.
Et puis, dans le registre des peurs de l’époque, il faut citer l’Empereur romain, la peur des militaires et de la justice. Même si l’époque était extrêmement tolérante et que tous les cultes possibles s’y croisaient - A chacun son culte, dans chaque foyer chacun ses rites, ses influences - mais une limite était tracée : pas d’athéisme ! L’Empereur était divin, là s’affirmait une vérité avec laquelle on ne pouvait pas transiger. C’est le culte qu’il fallait rendre à l’empereur.

Une immense tolérance donc, mais pas pour ce qui pourrait remettre en cause l’autorité de l’Etat sous peine de devenir un danger public et d’être par conséquent éliminé. Eliminé progressivement, par la persuasion, par la pression, par les sanctions, les privations et finalement par la torture, le bannissement ou la mise à mort. L’époque tolérerait les nombreuses religions mais pas l’impiété car celle-ci pouvait se retourner contre toute la communauté. La tolérance certes mais elle devait s’inscrire dans la solidarité. Il fallait qu’en aucun cas les humains puissent être mal vus ou des dieux ou de Rome ! Etre mal vu des dieux c’est le malheur, être mal vu de Rome, c’est l’intervention de la justice et de la force.

Sans doute les chrétiens s’accrochaient-ils à un espoir qui fut en fait anéanti. Les chrétiens du premier siècle avaient sous les yeux un exemple montrant que la conciliation entre l’Empire et une autre foi radicale et athée envers la divinité de l’empereur était possible : l’exemple venait des juifs ! Ils adoraient un seul Dieu et condamnaient l’idolâtrie. Or ils s’accommodent de la société contemporaine, ils composent avec le pouvoir impérial qui les dispense de ce qu’il impose aux autres.

Si les juifs peuvent le faire, pourquoi les chrétiens ne le feraient-ils pas eux qui en sont leurs descendants directs ? On gardera dans son cœur sa foi chrétienne et l’on accordera au monde les signes extérieurs qu’il exige !...
Voilà bien ce que l’auteur de l’Apocalypse refuse avec la dernière vigueur :
3 Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu la Parole: Obéis et change! Car, si tu n'es pas vigilant, je viendrai comme un voleur et tu n'auras aucun moyen de savoir à quelle heure je viendrai te surprendre.
Pour l’auteur de l’Apocalypse la foi chrétienne implique une fidélité sans faille, ni dérobade, ni finasserie. Il faut choisir : on ne peut servir deux maîtres, disait Jésus. Cela reste vrai. Sinon il y a tromperie, duplicité. On ne sait plus qui l’on est.
--------------------

L’actualisation de cette vérité trouve sa réalisation hors de France car même si nous avons nos propres enjeux, nos propres défis à relever, ils ne sont pas du même ordre. Force est de constater qu’en bien des pays les chrétiens souffrent de pressions, d’oppressions, voir de persécutions. Là il ne s’agit pas de l’histoire ancienne mais bien des circonstances actuelles. Ce sont les vies et le sang de nos frères, qui demandent avec insistance, comme les anciens de l’Apocalypse : « Jusqu’à quand devrons-nous attendre ? »
Paul aura ces mots terribles « A cause de la foi en Jésus-Christ nous sommes regardés comme les rebus du monde ».
« Viens Seigneur Jésus » ce verset qui clôt le livre de l’Apocalypse est un cri, une prière, qui prend dès lors un sens bouleversant.

Cette période de l’année est pour nous une montée vers la douceur de Noël, mais notre contexte biblique est celui du bouleversant. Et dans ce bouleversement la souffrance, l’attente, la persévérance, la prière ardente qui se cherche les promesses et l’espérance.

« Le vainqueur portera ainsi des vêtements blancs »

Cette parole signifie de la manière la plus générale qu’il y a une issue, un possible, une brèche dans ce qui est si sombre.
Ce vêtement blanc rappelle l’intensité de la prière de Jésus lors de sa transfiguration, il rappelle la pureté du baptême reçu, la lumière vers laquelle nous allons. C’est une promesse qui redit que les chrétiens peuvent être privés de tout mais pas du trésor de la foi.
L’Apocalypse est une parole d’avertissement et d’encouragement dans un contexte de persécution que l’on peut tenter de reformuler ainsi : « Ce qui vous a été donné, ce que vous avez trouvé en Jésus, ne peut pas vous être enlevé ». On peut brimer, on peut humilier, on peut exercer de l’injustice, on peut opprimer, nier, on peut séparer les enfants des parents, on peut envoyer – et là je me place dans un autre siècle – les parents sur des galères, envoyer les dragons, on peut nous nuire et nous réduire, mais ce que nous avons trouvé en Jésus ne peut pas nous être enlevé.
Vous le voyez, nous sommes bien loin des veillées de Noël, du tendre enfant Jésus et de l’émerveillement de la nativité. Nous sommes dans l’expression d’un drame qui cherche son échappatoire par une liturgie, par une parole dite à Dieu, par une parole reçue de Dieu. Le livre de l’Apocalypse est ainsi l’expression d’effrois, de prières ardentes et de l’attente d’un salut.
C’est un Christianisme souffrant et priant qui nous est dépeint.

Nous avons retracé le contexte de cette parole et rappelé un certain passé protestant. Mais cette parole rejoint aussi nos vies quand la souffrance nous broie et que nous ne savons que ni que dire, ni que faire.
Ce qui nous broie en de tels moments est une souffrance qui semble se passer hors de la vue et hors de l’amour de Dieu. Alors lors des cultes, même si la souffrance n’a pas de sens, nous savons qu’elle est recueillie.
Même si la souffrance nous lamine et que notre ressenti est celui de l’absence, le culte nous replace devant ce Dieu qui connaît nos vies.
Et même si nos esprits n’y trouvent ni logique ni raisons, la foi retrouve un sens puisque Dieu voit, puisqu’il sait et que dans le mystère son règne s’approche.
Même si la souffrance désagrège nos vies, le fait de venir ici me redonne une place, et une parole me rejoint, une parole me rappelle que j’ai été amené dans la vie, que je suis – malgré les circonstances - dans la vérité de l’amour de Dieu et dans l’histoire du monde qu’il mène au Salut.
Tout n’est pas dit par la souffrance ou nos échecs et le texte contient cette promesse - le chrétien est une créature nouvelle. Etre baptisé c’est recevoir la certitude d’être connu par son nom par l’Eternel et Seigneur. C’est recevoir sa marque sur nous, la grâce de pouvoir se tenir en sa présence

Oui le livre de l’Apocalypse est difficile mais peut-être est-il aussi une interpellation pour nous qui avons la chance de vivre paisiblement notre foi en France ?
Ce contexte de souffrance que j’ai retracé veut un prolongement par l’intercession et la solidarité envers nos frères qui souffrent.
Elle veut aussi, par contraste, nous faire saisir pleinement le temps et les possibilités qui s’offrent à nous.
Face au contexte de persécution, face à l’immense clameur de la souffrance du monde, ne sommes-nous pas amenés à relativiser nos propres difficultés ? Et si des frères persécutés tiennent bon face à l’adversité, ne tiendrons-nous pas bon face aux défis qui se posent à nous ? Alors que leur fidélité ira jusqu’au sang, continuerons-nous à citer nos propres arguments ?
Terminons plus joyeusement : Florentin a reçu cette marque du baptême, il est dans son habit blanc, et son nom a été inscrit dans notre livre de vie. Nous prions pour que sa vie d’homme et de foi brillent de l’éclat de la vérité. Puisse-t-il trouver en Jésus la source de sa force, de sa fidélité, de sa persévérance.
Avec lui, nous suivrons tous le chemin pour être de plus en plus vrais, profonds, persévérants. C’est la nouveauté du royaume de Dieu qui déjà peut se voir et se vivre.
Voilà ce que le St-Esprit vient dire à tous ceux qui se veulent dans l’Eglise de Jésus-Christ. Amen.


Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 23 Décembre 2007
Lu 898 fois