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Prédications 2008

Prédication : - Siméon, une nouvelle voix rompt le silence

Prédication du dimanche 28 décembre 2008 du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn Les Bains

Luc 2 v 25 – 38

25 Il y avait alors à Jérusalem un certain Siméon. Cet homme était droit ; il respectait Dieu et attendait celui qui devait sauver Israël. Le Saint-Esprit était avec lui
26 et lui avait appris qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Messie envoyé par le Seigneur.
27 Guidé par l'Esprit, Siméon alla dans le temple. Quand les parents de Jésus amenèrent leur petit enfant afin d'accomplir pour lui ce que demandait la loi,
28 Siméon le prit dans ses bras et remercia Dieu en disant :
29 « Maintenant, Seigneur, tu as réalisé ta promesse : tu peux laisser ton serviteur mourir en paix.
30 Car j'ai vu de mes propres yeux ton salut,
31 ce salut que tu as préparé devant tous les peuples :
32 c'est la lumière qui te fera connaître aux nations du monde et qui sera la gloire d'Israël, ton peuple. »


Chers frères et sœurs
 
je vais rapprocher deux personnages de la Bible, deux hommes, deux époques, deux maturités spirituelles. L'histoire que nous venons d'entendre présentait ce croyant qu'a été Siméon et je pense connue celle du prêtre Zacharie. Les deux sont au temple de Jérusalem, les deux sont vieux, ce sont deux sages dont les attitudes et les paroles vont se compléter.
Nous avons envie de nous asseoir à leurs pieds afin qu’ils nous racontent chacun leur histoire, qu’ils éclairent notre vie par leurs commentaires, par leurs anecdotes, par leur évolution intérieure. Zacharie, Siméon, dites-moi, était-il simple de croire à votre époque ? Pour le moment nous sommes au Temple et nous les voyons, Siméon le simple croyant et non loin de lui, en train d'officier, le prêtre Zacharie, le père de Jean-Baptiste.
Leurs cheveux sont blancs, mais leur regard est resté vif. Une surprise tout de même, durant un temps Zacharie ne parla plus. Imaginez un pasteur, certes vieux, certes rayonnant, certes respectueux, mais qui ne parlerait plus. Oui il y aurait bien là un problème. Alors les gens venaient par respect, pour le souvenir du passé, étonnés de l’étrangeté de ce mal. Sans doute se contentait-il de superviser, de communiquer par signes...

Pour les contemporaines de Zacharie rien n'arrivait par hasard, tout est signe qui a besoin d’être interprété, ils en conclurent vite que c’était du fait qu’il avait eu une vision. Un prêtre qui devient muet au moment où il se tient dans le lieu saint du Temple, non ce n’est pas un hasard. Et la vision, ce qu’on voit n’est pas toujours commentable, ce que l'on comprend n’est pas explicable, ce qui est transmis n’est pas transmissible, du moins pas tout de suite.

Zacharie fut donc muet, mais pendant qu’il se taisait une graine était plantée, une annonce se faisait, une parole prenait vie, prenait corps, s’incarnait.  Une parole qui roule et bientôt déboule. Elle va bouleverser, emmener, déséquilibrer, transporter. Nous allons passer d'une époque à une autre. Cette parole coulera comme une eau dans un désert, elle va désaltérer, elle va donner la vie, changer les destins, offrir de nouveaux matins. C'est ainsi que nous irons de Zacharie jusqu'à Siméon.

Oui Zacharie est assis, muet. Mais bientôt il ne pourra plus se taire car tout se met en marche.
Revenons à la surprise du mutisme de Zacharie, à la tristesse de ce mutisme. Pourquoi Zacharie éait-il muet ? Certes, l'ange l’avait annoncé et nous le savons par la lecture de l’Evangile, mais au fond Zacharie n’était-il pas déjà muet avant cet événement ? Muet comme tous ceux qui croient en Dieu et qui ont lu...

Qu’autrefois Dieu avait agi,
autrefois Dieu s’était souvenu,
autrefois Dieu était intervenu en faveur des pères, du peuple, menant hors de l’esclave, agissant du temps des rois.

Autrefois, oui autrefois… et il avait sans doute passé du temps à raconter aux catéchumènes comme aux adultes ce que Dieu avait fait autrefois, mais que dire "l’aujourd’hui" de Dieu,
sur le silence de Dieu,
sur les guerres perdues,
sur l’humiliation romaine,
sur la souffrance du peuple…
oui Zacharie était déjà muet. Il ne pouvait pas passer ainsi en une fraction de seconde de l'Ancien Testament au Nouveau Testament.

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Mais retrouvons Siméon, Siméon à la longue barbe, il n'est pas prêtre, il est là poussé par l'Esprit-Saint, et surtout il a la parole ! Nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau Testament. C'est le nouveau Testament que votre pasteur annonce, car après le silence et le questionnement, la parole est retrouvée.

C'est pour cette raison que je fais venir sur la même scène, le temps d'une prédication, deux personnages de la Bible car nous avons le choix de nous tenir d'un côté ou de l'autre. En Jésus est venu un grand basculement qui va générer le christianisme et plus tard le protestantisme. Et c’est bien en cela que nous sommes tentés de nous reconnaître en Zacharie quand nos propres interrogations montent dans nos cœurs. Dieu aujourd’hui… une tristesse - pour le moins - s’empare de nous ; nous évoquons le passé, nos temps anciens, et souvent nous ne savons que dire.
Non nous ne pouvons pas penser ou vivre comme des incroyants ! Oui nous parlons du passé, des hauts-faits et de l’histoire. Comme Zacharie, ne sachant que dire, nous perpétuons les rites, nous efforçant de maintenir les institutions, accomplissant des devoirs et peut-être qu’avec l’âge nous devenons comme lui, des croyants assis et surtout muets.

Zacharie était assis, mais Siméon était debout. Il faut parfois s’asseoir pour réapprendre à marcher, il faut peut-être devenir sourd pour entendre ce qui est intérieur. Peut-être faut-il se taire longtemps, quitte à être un temps muet, pour être à nouveau régénéré, et être saisi par le poids des mots et par l'action de Dieu.

Zacharie était vieux et croyant sincère... pourtant quand Dieu décida d’intervenir, quand il mit en route l’annonce de la venue de Jésus, Zacharie eut d’abord un mouvement de frayeur, puis d’incrédulité, car c’est bien connu, nous le disons encore aujourd’hui face à une annonce nouvelle ou une tentative : « Ce n’est pas possible » ou encore « ce n’est pas rationnel donc ça ne marchera pas ».
Siméon n'était pas un prêtre, il était un simple croyant, mais le Saint-Esprit était avec lui. Quelle simple affirmation... mais c'est tellement fort. Le Saint-Esprit était avec lui ! La question n'est pas de discourir sur l'histoire, les rites, l'évolution des religions, etc. La question est celle de l'Esprit qui nous fait voir en Jésus le coeur de la foi, la renaissance de l'espérance. C’est le cœur qui déborde, alors qu’il était depuis des années dans le silence. L'Esprit donne le signe, il fait rencontrer le Christ et par lui le croyant retrouve l’unité de la vie, de la foi, de la compréhension, de l’histoire.

Alors que tant de croyants s’interrogeaient, se demandaient avec inquiétude, avec douleur, pourquoi Dieu n’était plus au milieu de son peuple - comme autrefois -, voici que tout est écrit, que tout « coule », tout est lié, tout est construit, joyeux.
Zacharie et ses amis se tenaient dans le passé, dans la continuité, dans le rite et l’espérance. Siméon symbolise les simples croyants qui par l'Esprit, parlent, chantent, dansent, proclament, festoient ! La scène se passe au Temple, pourtant plus besoin de prêtre, le croyant peut s'approcher du Christ, voir, le toucher et prier Dieu.

Cette scène ancienne se passe ainsi sous nos yeux et nous sommes invités à sentir comment Zacharie est entraîné dans le mouvement de l’Evangile. Nous commencerons avec le questionnement de Zacharie, mais nous prolongeons le mouvement par Siméon, le simple croyant. Il a reçu, compris, il adhère, il croit, il jubile. Comme Zacharie il va sortir de l'école du silence – car depuis quand les simples croyants prennent-ils la parole dans le Temple - pour entrer dans l'abondance de la foi, dans l'abondance de la parole, dans l'abondance du Verbe.

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Frères et sœurs si durant ce culte nous prenons parfois un temps durant lequel nous nous tenons silencieusement, ce n'est pas pour exprimer le vide ou le soupçon, c'est pour que l'intensité du mystère soit ressentie. Le silence veut nous donner le temps d'entrer en sa présence.

Ce culte ne se veut pas simple perpétuation d'un rite, mais avant tout être le lieu de la parole, le retentissement d'une espérance. Ici nous disons que Dieu est parmi nous, que toutes choses restent nouvelles.

Avant d’être réponse, ce culte est accueil des réalités de nos vies. Avant d’être l’eau désaltérante, il faut la conscience de la soif qui nous habite et qui habite tout ce monde.
Avant la réponse, il faut être entièrement saisi par la question.
Avant d’annoncer les festivités et la joie, il faut le manque et la préparation.
Avant que ne s’élève le chœur des anges il demande le silence de la nuit et des bergers.
Peut-être l’inquiétude vient-elle de ce regard tourné vers le passé, de cette nostalgie qui nous tenaille, les noms d’amis qui ne sont plus ?
Peut-être notre silence exprime-t-il ce cœur lourd ?

Zacharie, au départ, était tout tourné vers le passé, Siméon est tourné vers le présent et l'avenir qui sont signifiés par Jésus. J'ai vu de mes propres yeux ton salut... dit-il. Ce salut que tu as préparé pour tous les peuples...

Ceci signifie pour nous que de nombreux événement peuvent survenir. Nous pouvons trébucher, nous pouvons tenter, la vie peut nous imposer bien des vilaines grimaces, mais « mes yeux ont vu ton salut ». Autrement dit - disons-le une nouvelle fois - ce qui nous est donné en Jésus ne peut pas nous être enlevé. Restons dans cette lumière. Peut-être pourrions-nous nous aussi dire simplement le nom qui délivre, le nom de l’homme qui est notre espérance, le nom de celui qui veut entraîner le monde entier.
Peut-être en le prononçant verrons-nous nous aussi tous les personnages, qui constituent le cadre de nos vies, entrer dans le mouvement qui jaillit, qui entraîne, qui sauve.
Peut-être allons-nous le prononcer ce nom, ici dans la prière, là dans le témoignage, ailleurs par le geste concret, chaleureux, fidèle, fraternel.
Car toute la puissance de Dieu a été mise en ce nom, ce nom devant lequel tout genou fléchira.
Dans l’histoire du monde, dans l’histoire de notre Eglise, dans l’histoire de nos vies, sitôt que l’on prononce son nom il est présent.
Le croyons-nous ?

Amen, c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Vendredi 26 Décembre 2008
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