Chers frères et soeurs
le thème de ce dimanche est le jugement dernier et l'extrait entendu évoquait un certain « tribunal du Christ ». Ces sujets génèrent souvent des craintes sinon des angoisses. Mais quand elle aborde ce sujet la perspective biblique n'est pas toujours effrayante car pour tout le nouveau testament la venue comme le retour de Jésus sont fondamentalement une bonne nouvelle.
Dans cette épître aux habitants de la ville de Corinthe le sujet n'est pas de comprendre des signes annonciateurs de catastrophes à venir. Ce qui est abordé est la bataille que nous livrons avec notre corps, dans notre corps. La question abordée est celle des nombreuses limites que nous impose le corps.
Quelle est la réalité, le quotidien vécu par Paul ? C'est que le corps souffre, le corps et l'âme peuvent être chahutés, troublés, persécutés. Avoir un corps c'est être limité, c'est être vulnérable. Avoir un corps c'est ne pas parvenir à comprendre, ce sont les limites de nos volontés, c'est aussi ce combat infini contre le péché, contre tout ce qui éloigne le croyant du Christ, de tout ce qui l'abaisse et abaisse son prochain. Avoir un corps c'est finalement faire partie de l'histoire qui passe, mon histoire et l'histoire de ce monde qui restent ainsi dans une enveloppe dont Paul aura fortement envie de se débarrasser. Dépasser cette réalité pour être totalement en Dieu ? Paul le souhaite, sans l'avoir connu il en a la nostalgie par ce qu'il a entrevu dans ses visions.
Et le jugement dernier me direz-vous ? Mais il n'apparaît que dans le détail du dernier verset, et encore c'est une comparution devant le Christ dont il est question. Rencontrer le Christ est joie, fête, accomplissement. Ce n'est pas l'image d'un jugement dernier tel qu'il est parfois représenté. Le thème du jour est plutôt celui de notre finitude, celui de notre corps et de tout ce qu'il ne nous permet pas de vivre, comme nous venons de le dire.
Nous sommes d'ici mais nous sommes déjà d'ailleurs... Ce thème est connu et l'apôtre Pierre nous disait déjà que nous étions « étrangers et voyageurs sur la terre... » à la différence que cette fois il ne s'agit pas de différences de cultures ou d'un détachement des biens matériels, mais bien des limites imposées par le corps. Peut-être percevez-vous à ce point de notre réflexion un danger, il s'agirait de tenir le corps comme un adversaire, comme peu de chose, à la limite peut-être faudrait-il le mépriser ? Aussi est-il bon de tout simplement répéter que Dieu a tant aimé le monde, qu'il a pris corps, il s'est incarné, il a connu la naissance, la vie et la mort.
Le sujet n'est donc pas tant un jugement dernier qu'une vie responsable dans un corps, une vie responsable qui se heurte aux limites du corps, aux limites de la condition humaine. La question n'est pas de se demander si l'on a le droit de fumer et si le taux de cholestérol est trop élevé. Jean Calvin était maigre et doté d'une nature maladive, Martin Luther n'a pas cessé de grossir tout au long de sa vie tant il était un bon vivant ! Tout cela n'importe pas quant au jugement de Dieu, ce sont de simples questions de natures différentes et de soins qu'on apporte ou n'apporte pas à sa santé. Petits ou grands, beaux ou moins favorisés par la nature, sportifs ou intellectuels, introvertis ou extravertis, et même homme ou femme, peu importe ! Ce qui compte est la manière dont l'Evangile suscite, façonne, dirige, élargie une vie intérieure, une vie de responsabilité, une vie pour la justice, une vie dirigée, réconciliée et épanouie par l'amour.
Quand Paul aborde la question du corps, de l'importance du corps, des limites de notre corps, c'est pour souligner que le corps - malgré l'expérience du Salut – est toujours marqué par les limites du péché. Luther ou Calvin, maigre ou gros, mais toujours ardents par l'Evangile. C'est ce qui comptait.
Pour continuer à parler du corps deux images sont utilisées :
D'abord l'image de la tente, autrement dit un lieu passage, une protection légère. La tente évoque un certain détachement, un pèlerinage, une présence pour un temps limité. Si notre corps est une tente cela signifie la fragilité, la relativisation car posons-nous la question, quand nous servons-nous d'une tente ? Pour certains durant les vacances, durant leur jeunesse, ou alors elles sont offertes par des associations aux SDF pour qu'ils aient au moins cela. Reconnaissons que nous habitons le corps avec bien plus de lourdeur, l'image à utiliser serait plus proche de la maison de pierres ou de briques tant nous tenons à nous préserver, tant nous savons apprécier confort et sécurité.
Mais l'apôtre Paul mentionne la tente, car il ne veut pas s'installer, il a hâte d'aller vers une demeure solide, une demeure éternelle, une demeure qui sera à la hauteur de l'attente et le placera pour toujours face à la gloire de Dieu. Paul ne méprise pas le corps, mais il en sent les nombreuses limites. Frères et soeurs, Paul n'attend pas la mort, il attend la rencontre avec le Christ !
La seconde image utilisée est celle de l'habit :
Le corps est nu, c'est à nouveau la condition humaine qui est ainsi décrite. Et dans ce corps, dans cette vie, il est accablé : « tant que nous sommes dans ce corps nous sommes loin du Seigneur » écrit-il. Faut-il se dépouiller encore quand on est nu ? Impossible, bien entendu. Non il souhaite être vêtu et il utilise une nouvelle expression « être revêtu de son domicile céleste », si toutefois nous sommes trouvés vêtus.
Sur la nudité du corps des vêtements sont posés, et c'est un corps revêtu qui entrera dans la réalité dernière. C'est bien évidemment une manière de parler de la résurrection des morts. Désolés pour les curieux mais une nouvelle fois nous sommes obligés de constater que le voile n'est pas levé et notre curiosité devra attendre. Quelques-uns voudraient savoir comment cela va se passer, voudraient des détails, une logique, à la limite une caméra ! Mais nous n'avons que des mots et des mots qui utilisent des images pour en parler. Et l'image utilisée est celle de « vêtements » et de « demeure céleste ». Portons-nous cet habit ? Nous en connaissons une réalité partielle : l'habit du baptême, les arrhes de l'Esprit, l'avant-goût de la réalité du royaume. Voilà donc qui fait mentir le dicton qui affirme qu'à la mort nous n'emportons rien avec nous ! Nu tu es venu au monde et nu tu le quitteras ? Là Paul indique que c'est vêtu qu'il faudra paraître devant Dieu.
Et c'est ici que nous retrouvons l'idée d'un jugement, cette comparution devant le tribunal du Christ qui redit sans dureté une réalité qui distinguera les situations et les comportements :
Celui qui sera trouvé revêtu et celui qui sera trouvé nu.
Celui qui aura commencé son chemin avec le Christ et celui qui ne l'aura pas fait.
Celui qui aura commencé à vivre les Béatitudes et la vie d'Eglise, et celui qui ne l'aura pas fait.
Celui qui aura commencé à réorienter sa vie, qui aura vécu une sanctification, et celui qui l'aura ignorée.
Et peut-être tout simplement aussi celui qui aura commencé à faire le bien, à vivre pour le bien, et celui qui ne l'aura pas fait.
Paul parle avec le désir de connaître l'accomplissement de tout ce qu'il a commencé à vivre, il nous exhorte à marcher dans la confiance, à marcher dans la foi. Il sait que non seulement lui-même va rencontrer le Dieu vivant, mais il sait que l'humanité tout entière va vers cette comparution et la venue du royaume.
Et pour nous, frères et soeurs, nous savons ce qui vient vers nous et ce n'est aucunement la menace d'un jugement qui nous stimulera, mais les réalités qui seront un jour pleinement reconnues et partagées ; les valeurs décrites par Jésus dans son sermon sur la montagne..., toute cette réalité vient vers nous, et nous commençons à les vivre.
Et nous seront trouvés vêtus par notre accord profond avec tout ce que l'Evangile explique, promet et nous donne déjà. Voulons-nous vivre ainsi et nous revêtir de l'Evangile ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.