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Prédications 2008

Prédication : Quelqu'un m'a fait du bien et je m'en souviens

Prédication du pasteur Bruno Holcroft le 24.08.2008 à Niederbronn les Bains
1 Thessaloniciens 5 v 12


Prédication : Quelqu'un m'a fait du bien et je m'en souviens
Nous venons d'entendre les exhortations finales de l'apôtre Paul. L'une d'entre elles s'articule fort bien avec le thème de ce jour : « Cherchez en tout temps à faire le bien entre vous et envers tout le monde ».
« Quelqu'un m'a fait du bien et je m'en souviens... » ne souligne pas seulement la nécessité de faire du bien mais aussi de nous souvenir qu'on nous a fait du bien.

Quelqu'un m'a fait du bien et je m'en souviens...

Quelqu'un..
.

Qui est-ce "quelqu'un" ? Dieu nous a donné Jésus-Christ, mais nous pouvons en un premier temps nous souvenir de notre enfance, de notre passé. Même s'il est bien possible que nous n'ayons pas tous eu une enfance des plus heureuses, cependant ces moments où l'amour est partagé, où l'enfant est protégé, où la disponibilité est offerte, est une expérience largement commune. Déjà quelqu'un m'a fait du bien... déjà, comme notre petit Maxence et sa soeur Eline, nous étions aimés.

Quelqu'un m'a fait du bien...

Qui était-ce déjà alors que les années passaient ? Un membre de la famille, un collègue, un ami ou un inconnu. Une personne représentant une institution, un organisme ? Le chauffeur d'un bus, ou la voisine d'en face, un enseignant, le membre d'une église ou quelqu'un qui m'a écrit ?
« Quelqu'un... » est une manière de parler tellement ouverte que chacun peut se trouver mentionné en ce « quelqu'un ». « Quelqu'un » est tout ce qu'il y a de plus indéterminé. Et pourtant - paradoxe - devenir « quelqu'un » est complètement déterminant. Etre « Quelqu'un » est aussi ouvert et aussi précis que la question de ma propre identité. « Qui suis-je ? » « Quelqu'un à définir, quelqu'un en devenir, quelqu'un à soutenir. Et qui est mon prochain demandera-t-on à Jésus ? Il me semble qu'il aurait pu répondre « Quelqu'un à aimer » « Quelqu'un comme toi » « Quelqu'un qui aujourd'hui aura besoin de toi ».
Le monde n'est pas que dureté, il n'est pas que désert, il n'est pas qu'anonymat. Nous pourrions tous en témoigner « J'ai reçu d'hommes et de femmes un soutien, une parole, un conseil, une explication, un don, un objet, un bien, une écoute, une présence, un silence, toujours quelque chose qui m'a fait comprendre que j'étais quelqu'un de digne d'être reconnu et aimé ».
Quelqu'un... oui quelqu'un qui souvent avait un nom, un visage, des mains.
Et ce quelqu'un m'a fait du bien...

Quelqu'un m'a fait du bien...

Oui du bien... Il est étrange de constater que nous sommes bien plus rapides à nous souvenir du mal qu'on nous a fait que du bien que nous avons reçu. Pour retrouver le mal qu'on nous a fait il ne faut qu'une fraction de seconde pour que soient à nouveau à vif nos sentiments, notre révolte ardente - comme au premier jour - notre ressenti qui nous rend tremblant. Voilà que la voix vibre, le rouge nous remonte au front, le scandale nous saisit à nouveau. Quelqu'un m'a fait du mal ! J'en tremble encore ! De rage ou de peur !
Face à cette rapidité à retrouver le mal, l'épisode des dix lépreux évoque un laps de temps plus long. C'est cette démarche qui nous intéresse. Retrouver le bien qu'on nous a fait est un chemin intérieur qui prend un peu de temps. Le mal qu'on nous a fait est de l'ordre du scandale, pourquoi le bien qu'on nous a fait est-il tellement de l'ordre du normal et, presque, du banal ?
Il est étrange de constater que le mal suscite souvent un intérêt passionnel et que le bien semble être une conversation un peu plate où l'on étoufferait d'ennui. Parlez-moi du plaisir, des progrès, des innovations, mais le bien... La vision médiatique de la société est fréquemment de dire et de dénoncer ce qui va mal. La source de tous les progrès résiderait dans cette dénonciation du mal. Il faut expliquer, mettre à nu, dévoiler, se révolter, faire des enquêtes, faire des procès, réunir les témoins, établir le cahier des charges, faire un bilan, oser dénoncer, exiger que les coupables soient punis. Nous avons dans notre conscient comme dans notre inconscient, cette approche-là et les journalistes font un travail d'enquête indispensable à toute démocratie.

Mais pourquoi s'intéresser au bien ? Les trains qui arrivent à l'heure, une entreprise qui marche, la vie de tous les jours, suscitent moins d'écume, moins de passion. C'est le mal qui est excitant ! Nous le savons tous : les séries télévisées sont souvent remplies de violences, tromperies, coucheries, escroqueries, malversations, manipulations, arrière-pensées, et j'en passe.

Pourquoi donc s'intéresser au bien... mais où donc est passé le bien ? Le bien, ce n'est pas le train qui arrive à l'heure, c'est une orientation intérieure, c'est là que se vit une réalité qui est l'exacte contraire du mal. Chercher et faire le bien... il me semble que c'est une aventure, une quête, un don, un cheminement et tant de tentatives de telle sorte qui nous mènent tout ailleurs qu'à l'ennui et de la répétition. Faire le bien c'est être enfin un homme à l'image de Dieu.

Le lépreux de l'histoire de l'Evangile a parcouru un chemin considérable, il l'a fait à pied, il est revenu vers Jésus. Ce parcours il l'a aussi fait intérieurement. Les autres lépreux, même guéris, ne l'ont pas fait.
Avoir la santé, les faveurs, les réussites, les succès, après tout c'est la vie normale et dans le cours d'une vie normale on estime qu'on n'a pas besoin de se retourner pour voir d'où est venu le bien. La société favorise l'idée que tout ce dont nous profitons nous ne le devons qu'à nous-mêmes.
Je voudrais ici faire entendre un autre témoignage. Pour tant et tant d'aspect de nos vies, nous devons beaucoup, et de manière décisive, à un grand nombre de personnes.


Peut-être pourrions-nous dire ensemble :

  • On ne devient pas quelqu'un en se hissant à la seule force de ses poignets. Non je ne me suis pas fait tout seul, je remercie parents, amis, frères... ceux qui m'ont fait du bien.
    La vie ne commence ni avec ma génération ni avec ma personne. Merci de m'avoir précédé, merci à l'Eglise d'avoir des traditions, merci aux réformateurs d'avoir été des précurseurs, merci aux paroisses qui tiennent bon, qui ont patienté, qui ont attendu et cherché, merci à tous ceux qui m'ont précédé. Je ne suis pas seul, je marche avec des frères ! L'Eglise m'a fait du bien.

  • Le but de nos vies n'est pas de marcher la tête haute, imbu de soi-même, en une splendide solitude, mais de marcher la tête penchée, afin de voir ceux et celles qui marchent à nos côtés ! Ils m'ont fait du bien et je veux leur faire du bien.

  • Nous ne voulons pas d'une vie narcissique à l'image d'un album photo qui me montrerait « moi » à la naissance, « moi » à 15 ans, « moi » à mon travail, « moi » à mon mariage, « moi » faisant du sport, etc.
    L'album de nos vies voudra exprimer l'aura spirituelle de notre existence. A feuilleter cet album j'aimerais pouvoir lire les commentaires comme celui-ci « Ici durant les vacances j'ai pu approfondir, vivre, recevoir ou donner » Sur cette photo se tient à mes côtés quelqu'un qui m'a appris, ici quelqu'un qui m'a soutenu, ici quelqu'un qui m'a donné l'exemple, etc.

  • Parlons aussi de la mort, ce sujet tabou par excellence ! Ne laissons pas croire qu'à notre décès – comme les célébrités - le monde souffrira d'une perte cruelle qu'exprimerait une belle épitaphe. Nous ne sommes que poussières appelées à être étoiles !
    Laissons plutôt derrière nous un sillon de bonté, un sillon dans lequel on retrouvera les graines et les fruits du bien. Laissons l'idée de devoir devenir quelqu'un et élargissons plutôt notre être à la grâce, à la gratuité, à la bonté. Et ce Dieu qui m'a fait du bien durant ma vie, me montrera sa bienveillance même devant la mort.

Le lépreux guéri est revenu...

Revenir, retrouver la personne qui nous a aidé, confesser son nom, reconnaître le bien qui nous a été fait... Oh bien entendu il est attendu que le lépreux vienne dire merci et se prosterner devant Jésus. C'est un enseignement tout simple qui nous est donné et nous aussi en revenant en cette église, en commençant le culte, nous avons fait monter à Dieu la louange de nos coeurs avec les paroles du psalmiste.

Mais disons-le simplement : le but de Dieu n'est pas d'être sur un trône et d'attendre la prosternation des fidèles, le but de Dieu est de guérir, de faire du bien. La joie des parents est de donner et de donner encore, la joie de Dieu est d'exaucer, de libérer, d'apprendre à être de plus en plus libres, heureux et fraternels.

Et enfin cette parole extraordinaire :Quelqu'un m'a fait du bien... mais je ne lui suis redevable de rien. Cela vaut pour les hommes et cela vaut pour Dieu. Il m'a juste aimé et laissé libre. Il m'a aimé, il ne m'a pas acheté. Je ne traîne pas de dette envers lui si ce n'est d'aimer à mon tour. C'est une définition de la Grâce, de la gratuité, de l'attitude fondamentale de Dieu, de l'attitude que nous avons à avoir les uns à l'égard des autres.
Quelqu'un m'a fait du bien et m'a laissé libre ! Comme cela est bon, comme il est libérateur de recevoir cette affirmation !

Quelqu'un m'a fait du bien et je m'en souviens

Se souvenir fait revenir sur ses pas, c'est un cheminement intérieur. Se souvenir c'est aller à nouveau à la rencontre de telle sorte que l'évocation de la personne, l'évocation de Dieu est de l'ordre de l'événement. L'évocation du mal ravivait tout, l'évocation du bien fait jaillir la louange. « Je me souviens », c'est remettre le passé au présent.

Paul écrivait « Que Dieu, source de paix, fasse que vous soyez totalement à lui ; qu'il garde votre être entier, l'esprit, l'âme et le corps » Ce qui est sobrement décrit c'est non seulement la préservation du mal, mais une réalité qui est de l'ordre de la communion, de l'ordre d'une entente profonde, de l'ordre d'une paix que le monde ne peut pas donner.
Pourquoi faire le bien ? Pourquoi donner de l'amour ? Mais tout simplement parce que nous avons nous-même expérimenté combien il est bon et précieux d'être aimé.

Nous arrive-t-il de nous demander comment nous témoigner de Dieu à notre entourage.? Nous avons ici une piste des plus solides, le bien interroge et conduit à Dieu. Les malheurs et difficultés de la vie peuvent faire trébucher la foi, mais le bien placé et donné sans aucune condition, aide à se relever, il conduit à Dieu.

Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 24 Août 2008
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