Prédication : Qu'avons-nous cessé de croire ? ... et puis Jésus redonne vie !
Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains le 27 septembre 2009
La résurrection de Lazarre Jean 11
Chers frères et soeurs
Ce récit de la résurrection de Lazare nous place devant l'un des événements les plus marquants relatés par les Evangiles: le deuil, le face à face avec la mort. Les deuils sont de ces réalités qui s'imposent à nous, ils sont si difficiles à vivre. Nul n'est grand devant la mort et les condoléances évoquées dans ce texte font partie de la vie. Nous aussi nous nous rendons dans les familles, nous nous déplaçons à la tombe, nous pleurons ensemble et nous tentons de dire des paroles consolantes.
Il faut bien faire face ! et quand nous allons mal chaque parole, chaque attitude voulant nous aider sera la bienvenue.
Peut-être faut-il redire qu'il est bon que la famille accepte cette présence du village, des collègues, des voisins car nous ne voulons pas être seuls face à la mort. Nous sommes de cette humanité devant faire face ensemble à toute adversité ; et quand tout simplement des hommes et des femmes se tiennent à nos côtés il faut accepter et engranger ce que cela signifie de positif.
Nous ne sommes pas seuls, nous avons vécu dans un milieu, nous avons tissé des relations. Les obsèques ne sont pas une cérémonie privée, nous sommes bien tous de la même humanité. Nous sommes tous différends mais tous des humains associés en bien des occasions.
Quand on a froid, quand on a faim, quand on a peur, quand on souffre, nous sommes de la même humanité !
Quand nous voulons une vie conjugale, quand nous espérons des enfants, quand nous les élevons avec le meilleur de nous-mêmes, quand nous tentons de faire face aux adversités de la vie et du monde du travail, oui nous sommes tous de la même humanité.
Quand nous tentons de sauver notre couple, quand nous tentons de retrouver la confiance, la tendresse, le désir, oui nous sommes tous de la même humanité.
Quand nous tentons de faire vivre les générations les unes avec les autres, quand nous tentons de faire respecter les différences, quand nous tentons d'être libres, quand nous tentons d'être responsables, oui nous sommes tous de la même humanité.
Quand les conflits nous heurtent, quand nous sommes pris dans un déni de nos droits, quand l'injustice nous mine, nous sommes tous de la même humanité.
Quand nous allons à nos fêtes, quand nous vivons les événements sportifs, nationaux ou internationaux, oui nous sommes tous de la même humanité.
Et terminons en reprenant la première assertion : Quand on a froid, quand on a faim, quand on a peur, quand on souffre, nous sommes de la même humanité.
Voilà une raison parmi tant d'autres pour laquelle nous voulons nous retrouver en ce lieu de culte. Si nous disons «Venez au culte , soyez pratiquants » ce n'est pas seulement pour rappeler un commandement de Dieu, c'est que la foi prend toute sa dimension quand, ensemble, nous nous présentons devant Dieu. Nous sommes une humanité vivant devant Dieu malgré nos destins individuels. Par nos questions, par notre compréhension de la foi, par les étapes de la vie, nous partageons sensiblement un même chemin. La foi n'est pas destinée à être vécue seule. La foi est un chemin qui veut nous rapprocher, nous lier en solidarité, nous unir en une présence plus grande, plus vraie, plus aimante.
Jésus se tient donc devant la tombe de Lazare, il mène un dialogue avec Marthe et Marie, il fait les gestes, il se rend sur les lieux comme tout le monde. Et puis vient cette parole qui n'est pas comme les paroles de tout le monde. Vient ensuite ce qui est unique. Vient ce qui est complètement incroyable et qui fait se poser les questions les plus profondes.
Jésus parle et le mort se lève. Dans son sens premier, c'est bien Lazare qui est rendu à la vie. Mais Jésus dit encore autre chose, il ajoute qu'il fallait enlever ce qui couvrait sa tête et ses pieds afin qu'il puisse voir et marcher ! C'est une symbolique évidente pour nous tous. Là encore nous sommes tous de la même humanité. Lazare vit, et pour nous plus tard, comme pour tous les défunts alors, nous serons rendus à la vie quand la voix de Dieu l'ordonnera. Mais cette parole veut aussi nous rejoindre dans notre existence, elle veut nous atteindre aujourd'hui.
Lazare était dans le froid de sa tombe. Il suffit de se pencher sur nous-mêmes, sur ce qui est enfermé en nous. Quand nous allons au fond de nous nous trouvons aussi des zones froides et inertes. Au fond qu'avons-nous cessé de croire ? Qu'est-ce qui s'est éteint en nous ? Quelle est la dimension devenue sans vie ? Quels sont les aspects de la vie que nous avons enfermés ? Quelles sont les idées que nous avons entourées de bandelettes, les aspects que nous avons recouvert. Là ça ne bouge plus, ça ne parle plus, ça ne vit plus.
Oui, le récit de la résurrection de Lazare peut nous parler par cette approche. Une parole, une autorité, un amour veulent nous rejoindre et nous rendre à la vie !
Frères et soeurs, nous avons à assumer les deuils qui nous frappent, cela concerne les personnes et nous donnerons de notre solidarité et de notre fraternité. Mais certaines réalités concernent nos vies, là nous risquons de croire que la norme est bien la déception, la solitude, la grisaille. Quand notre espérance est inerte, insensible, froide... nous avons tort de considérer cet état comme normal. Quand nous disons « eh bien oui que voulez-vous c'est la vie... » c'est oublier la réalité du Christ.
Le jour de la résurrection des morts sera l'avènement final. Mais aujourd'hui le Christ se tient devant nous comme il se tenait devant la tombe de Lazare. Jésus se tient devant ce qui en nous est lié, malheureux, désabusé. Et il y a cette parole du Christ qui s'adresse à nous. « Sors ».
Comment la parole de vie rencontre-t-elle un humain, comment lui rend-elle la vie, cela est un mystère qui appartient à Dieu. Que ce soit au plus profond de nos drames, il est là. Que ce soit aux carrefours de toutes nos activités, il est ce semeur décrit par la parabole. Que ce soit dans la réflexion individuelle ou lors des fêtes, il est toujours une parole qui trouvera une brèche, qui fait venir la vie.
Et puis quand nous aurons compris d'où jaillit la vie avec quelle avidité viendrons-nous boire, écouter, recevoir afin de vivre de plus en plus, afin de connaître lumières, couleurs, sensations, vérités !
Rien ne résiste à la parole du Christ et je ne sais ce qu'il dira précisément à chacun mais je sais que cette parole est toujours destinée à nous relever, à nous faire sortir, à nous faire rejoindre ceux qui nous attendent. On peut guérir du passé, on peut guérir de ses peurs, on peut guérir de ses griefs mais une parole doit nous rejoindre tout au fond de nous. Là il n'y a pas de raccourci possible, pas de truc de prédicateur, mais quelque chose de mystérieux se passe quand on se sait concerné par une parole. Il arrive que le pasteur dise une vérité, que nous lisions un passage de la Bible et sans clairement comprendre pourquoi on est convaincu que cette parole est pour soi. Elle se saisit de nous, nous entraîne, nous fait oser, nous rend vivants.
Un dernier mot enfin contre un individualisme mal compris. Quelqu'un devra rouler la pierre avant que Jésus n'ordonne et Lazare se tiendra sur ses pieds, mais il aura besoin des présents pour enlever les bandelettes, pour soulever le voile sur était sur son visage. Il aura besoin d'autres envoyés pour libérer les mains et les pieds. Cette dernière image est peut-être à nouveau la description de l'aide que nous pouvons trouver les uns auprès des autres. Si l'impulsion première vient de Dieu, c'est l'appel de la vérité, de la paix, de la justice, etc. Les autres croyants sont ceux qui aident à avancer. Donner la vie est le domaine de Dieu, aider à vivre à comprendre à marcher, c'est peut-être la communauté qui peut le faire.
Un groupe peut être un lieu de pressions négatives, un véritable éteignoir ! Mais un groupe, surtout s'il évolue vers une communauté, peut-être un lieu de progrès, de stimulations, de libérations. Puissions-nous être nombreux à entendre ce que le Christ nous dit, puissions-nous aller les uns vers les autres et nous entraider.
Répondons à la question posée. Vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.
Site d'information de la paroisse protestante luthérienne de Niederbronn-les-Bains, Eglise membre de l'Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine -EPCAAL -