Chers frères et soeurs,
l'évangile entendu plus haut « la paille et la poutre » nous remet en mémoire une notion de jugement, autrement dit le discernement de ce qui est de l'ordre du détail et de ce qui est massif, de ce qui est extérieur et facilement discernable et ce que l'on a plus de mal à percevoir car personnel. Pour que chacun garde la liberté de l'accès à Dieu il ne faut pas l'enfermer dans notre tentation constante, celle du jugement. Pour la paix au sein de la communauté, à cause de l'humble vérité sur nous-mêmes et pour que le pécheur puisse retrouver une place au sein de la communauté, oui notre jugement doit être lent et prudent.
Pourtant l'on fait tout le temps appel à notre discernement et durant la semaine écoulée nous pouvons retenir au moins deux sujets de réflexions :
La déroute des Bleus
Les manifestations contre le projet de réforme de l'âge de la retraite.
Je pense que vous avez une opinion au sujet de l'équipe de France et de son entraîneur ? Que celui qui n'a pas d'opinion lève la main...
Et pour l'âge légal du départ à la retraite ? Qui n'a pas d'opinion ? Qu'il lève la main ...
Oui l faut juger, il faut se servir de son cerveau, il faut comprendre et éventuellement agir. Se comprendre soi-même et comprendre le monde dans lequel nous vivons, nous sommes bien au coeur de l'Evangile. Par contre, dans l'Église, là où il faut être extraordinairement prudent, là où il faut veiller, c'est que toutes ces capacités de paroles et d'actions soient constructives. La communauté n'est pas là pour accueillir les humeurs noires et les propos péremptoires. Ce qui est au coeur du souci de l'apôtre Paul, c'est que chacun soit aidé dans ce qu'il peut comprendre de Dieu. Et ceci d'autant plus qu'il n'y a pas de saints parmi nous. Pas de « parfaits », pas d'homme ou de femme qui, d'une manière ou d'une autre, n'aurait pas besoin de pardon. Ce qui nous guérit et nous élève ce n'est pas la conscience que notre avis est tellement sûr et notre logique imparable, mais c'est la conscience de notre simple humanité, le besoin d'être rejoint, aimé, pardonné, guidé. L'homme est grand quand il descend d'un piédestal imaginaire, il est petit quand il pense être au-dessus des autres.
Le commencement de la sagesse, c'est la crainte de l'Eternel Proverbes 9 v 10
L'orgueil d'un homme l'abaisse, mais celui qui est humble d'esprit obtient la gloire. Proverbes 29 v 23
Ne pas juger c'est s'assurer une forme de paix au sein d'une communauté de foi car bien entendu nous avons à craindre des paroles trop rapides, dures et inutilement blessantes mais plus que cela, la parole de l'apôtre Paul s'inscrit dans une logique de la liberté, une liberté reçue qui s'étend afin que chacun puisse en vivre et y progresser.
Parlons de la liberté et de la liberté que nous donnons les uns aux autres. L'un trouvera trop luxueux de rouler dans une voiture puissante, l'autre roulera en voiture allemande ou japonaise, le troisième partira en vacances, le quatrième aura une belle maison, un autre sera dans une détresse financière: plus de liberté ! Un autre aura tout (!) un autre encore se permettra de fumer, tel autre de divorcer et de se remarier. Et ainsi de suite. La Bible enseigne que nous pouvons prendre beaucoup de liberté, mais pas d'oublier que nous vivons une dimension de fraternité. Nous sommes tous – c'est ce qui nous intéresse ici – sur un chemin de foi, de fidélité, sur lequel nous avons forcément une notion de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas.
Il nous faut constater que nous ne pouvons pas énumérer ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce serait une impasse totale que de vouloir nous mettre d'accord. Ce serait une liste impossible à établir car nos raisonnements, nos éducations sont bien trop différents. Et puis reconnaissons l'aspect étouffant de vouloir faire entrer tout le monde dans les mêmes catégories.
Mesdames ! Jusqu'où pouvons-nous être à la mode ? Ou quelle partie du corps peut-on dénuder ? Cela prête à rire aujourd'hui, mais cela n'a pas toujours prêté à rire... Comment fixer une norme ? C'est subjectif, évolutif et puis chacun aime tant sa liberté.
Alors si nous ne pouvons pas édicter une norme, que peut-on dire ? Paul place là un critère important, il rappelle que nous formons une communauté, non une communauté villageoise ou citadine mais une communauté de foi. Ce qui importe à Paul, c'est que nos vies, nos comportements, nos habillements, notre argent, notre alimentation (pourquoi pas !) soient autant d'encouragements pour ceux au milieu de qui nous vivons.
Ce à quoi nous devons veiller, c'est de ne pas scandaliser.
Le contexte biblique de cette parole Dans le texte biblique du jour le scandale se situe sur un point aujourd'hui complètement dépassé. Il s'agissait de manger ou de refuser de manger une viande qui avait été auparavant offerte aux idoles. Nous pouvons faire ce bon dans le temps et imaginer l'animal ou la volaille égorgée qui, durant quelques secondes, était présentée devant une statuette. Pour ces premiers chrétiens il était donc important
soit d'affirmer le refus de l’idolâtrie en refusant de manger ces aliments
ou au contraire d'afficher que, comme les idoles n'ont aucun pouvoir, on pouvait parfaitement manger de tout.
Peut-être vous souvenez-vous de l'étude biblique consistoriale où nous avions vu comment un ange de Dieu avait été envoyé à l'apôtre Pierre pour qu'il accepte d'aller vers ce qui était considéré comme impur.
C'est exactement ce que fera l'apôtre Paul. Manger, ne pas manger, ce n'est pas ce qui est important. Par contre faire tout ce que l'on peut pour enlever les obstacles à la foi voilà ce qui compte.
Paul mettra tout cela en pratique, il n'aura pas partout les mêmes attitudes et comportements. Avec les juifs il se comportera comme un juif, au sein d'une culture locale dans l'une des villes de l'empire romain, il adoptera les habitudes des lieux, quand il sera avec des chrétiens d'origine païenne il se distinguera soigneusement de ses origines juives au point que la circoncision elle-même va finalement être abandonnée. Paul n'était pas sans conviction, mais sa conviction la plus profonde était sa volonté de tout faire de ce qui était en son pouvoir afin que les gens ne trébuchent pas sur ce qui serait secondaire.
Il affirme une liberté extraordinaire : « Rien n'est souillé en soi » Dans un autre passage il dira carrément « Tout est permis », avons-nous bien entendu ? C'est là l'affirmation qui est au coeur du protestantisme, il affirme la liberté ! Saint Augustin dira avec autant de réussite « Aime Dieu et fais tout ce que tu veux ». Le point de départ de la foi chrétienne n'est pas une notion de crainte, de soumission, de tristesse et de refus à cause du mal existant dans le monde. Le point de départ c'est de dire : « Maintenant, puis qu'il y a un Dieu, fais ce que tu veux ».
Et cette liberté n'est pas le choix entre le beurre à 1,49 € ou à 1,85 €. La liberté dont parle l'Evangile ne s'exprime pas dans la longueur d'une jupe, ni par le choix entre 20 chaînes de télévision. Etc.
La liberté ce n'est pas de mener une vie tellement ennuyeuse qu'il faut la soûlerie du samedi soir pour se sentir vivre.
La liberté c'est de regarder le monde, ses souffrances, ses espérances, de le comprendre et de décider de ce que l'on va faire de sa vie.
La liberté va avec le sens des responsabilités, avec la profondeur d'une réflexion, avec l'idée d'un progrès et d'une élévation. La vie humaine est bien trop courte, trop belle, trop intense pour que la liberté soit le choix entre les géraniums et les pétunias. « Tout est permis » disait l'apôtre Paul... Autrement dit que chacun aime les fleurs de son choix, mais par ailleurs ce qui compte c'est que nous tentions de vivre comme des hommes et des femmes libres.
Comment, encore la liberté ? Mais oui être libre ce n'est pas de dire « Cher voisin moi je fais ce que je veux ». Ca c'est un pied-de-nez...
La liberté c'est de quitter le monde des peurs, quitter le monde de l'enfance, dépasser le « qu'en dira-t-on », quitter l'idée que tant de choses nous sont dues, quitter l'idée que soi et son nombril seraient le centre du monde, pour accepter de vivre dès aujourd'hui une forme de face à face avec celui qui est Dieu.
Etre libre, selon la foi, ce n'est pas de dire « Je fais ce que je veux » mais accepter d'aller au fond de soi, au fond de ce qui est vrai, au fond de celui qui est créateur et sauveur. «Chacun donc rendra compte à Dieu pour lui-même ».
Etre libre, c'est penser avec toutes ses facultés et, tenant la Bible ouverte dans sa main, à lire le monde et décider de ses actions.
La liberté, c'est un plein impact de l'évangélisation, tout faire pour qu'hommes, femmes ou enfants trouvent le chemin de vérité et progressent sur celui de la fraternité.
Frères et soeurs vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.