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Prédications 2008

Prédication : Parlons du... mariage !

Prédication du pasteur Bruno Holcroft le 21 septembre 2008 à Niederbronn les Bains

Ephésiens 5
15 Ainsi prenez bien garde à votre manière de vivre. Ne vous conduisez pas comme des ignorants mais comme des sages.
16 Faites un bon usage de toute occasion qui se présente à vous, car les jours que nous vivons sont mauvais.
17 Ne soyez donc pas déraisonnables, mais efforcez-vous de comprendre ce que le Seigneur attend de vous.
18 Ne vous enivrez pas : l'abus de vin ne peut que vous mener au désordre ; mais soyez remplis de l'Esprit Saint.
19 Encouragez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et de saints cantiques inspirés par l'Esprit ; chantez des cantiques et des psaumes pour louer le Seigneur de tout votre coeur d .
20 Remerciez Dieu le Père en tout temps et pour tout, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.
21 Soumettez-vous les uns aux autres à cause du respect que vous avez pour le Christ.
22 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme vous l'êtes au Seigneur. 23 Car le mari est le chef de sa femme, comme le Christ est le chef de l'Église. Le Christ est en effet le Sauveur de l'Église qui est son corps. 24 Les femmes doivent donc se soumettre en tout à leurs maris, tout comme l'Église se soumet au Christ.
25 Maris, aimez vos femmes tout comme le Christ a aimé l'Église jusqu'à donner sa vie pour elle.
...
33 il faut que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme respecte son mari.


Prédication

Chers frères et soeurs,

Les premiers versets du texte du jour sont à vrai dire faciles car ils vont tout à fait dans le sens courant de ce qui est admis. Dans une assemblée en effet l'on chante et l'on prie ensemble et ceci ne semble pas hors de notre portée. Si le commandement d'amour « Aimez-vous les uns les autres, soumettez-vous les uns aux autres » est à vivre ensemble lors du culte, ma foi c'est assez facile puisqu'il suffit d'écouter, de chanter des cantiques, de respecter l'ordre du culte et de prendre ensuite la direction de la sortie.
Tout commence à être plus difficile à partir du verset 21 où il est indiqué que nous devons tous nous soumettre les uns aux autres, et cela devient encore plus difficile à partir du moment où Paul écrit « Que la femme soit soumise à son mari » « Le mari est le chef de la femme... » «Que le mari aime sa femme comme le Christ aime l'Eglise »
A partir de là tout est difficile non pas parce qu'il y aurait quelque sujet tabou à éviter mais que les malentendus sont rapidement et fortement générés à partir d'une simple lecture littérale.

Cette difficulté de lecture est l'occasion de préciser ce qu'est une bonne ou une mauvaise lecture et tout particulièrement de pointer l'une de ces mauvaises lectures qui consiste à prendre tout verset biblique de manière littérale. Les luthériens ne lisent pas littéralement la Bible, ils la lisent à partir de son coeur, c'est-à-dire de Jésus-Christ. Au fond ceux qui lisent littéralement n'ont pas besoin d'une grande réflexion, après tout il suffit de citer la Bible et comme la Bible a toujours raison, il suffit d'appliquer ce qui est dit, et puis c'est tout. Puisqu'il est écrit que la femme doit être soumise, cela signifie que c'est l'homme qui commande, et puisque l'homme commande, il faut donc lui demander l'autorisation pour tout dans tous les domaines. Cela fait peut-être plaisir à quelques hommes soucieux de couper court à certaines discussions, mais cette interprétation n'est pas biblique. Si de citer la Bible est une très bonne pratique pour nous protestants nous tentons toujours de comprendre le plus possible en profondeur les textes bibliques. Ici c'est le contexte qui va nous éclaircir.

Paul s'adresse aux habitants de la ville d'Ephèse, en Turquie. Comment un couple vivait-il dans cette grande ville de réputation internationale ? Qu'en était-il de la sexualité ? On sait que l'empire romain et la ville d'Ephése en particulier admettaient tous les cultes et en vouait un en particulier à la déesse Diane. Diane est l'ancêtre de celles que l'on appellerait plus tard les fées ou les sorcières. Il paraît que des milliers de nymphes étaient les servantes au sein du temple de Diane. C'est elle qu'il fallait invoquer pour avoir des enfants, c'est donc à un culte de la fertilité auquel les contemporains étaient confrontés. Certains auteurs semblent également indiquer une frénésie sexuelle qui aurait accompagné le culte de la fertilité.
Quand l'apôtre Paul écrit et il me semble que son objectif premier est que ce culte chrétien ne montre aucune frénésie, mais bien au contraire le calme, la bienséance, l'harmonie de ceux qui chantent, écoutent et prient. Aux Ephésiens ils disaient de ne pas s'enivrer c'est sans doute une référence aux moeurs, mais c'est peut-être aussi une allusion aux cultes païens car nous savons que la consommation de drogues et autres produits favorisaient la parole inspirée des oracles et autres divinités.
Et les rapports entre homme et femme ? Le souci de Paul semble refléter le besoin d'ordre, de la bienséance. Dans une société frénétique – et nous pouvons penser à bien des sortes différentes de frénésies – il demande le calme et l'ordre de la foi. L'ordre de la foi n'est pas que l'on exige le silence des femmes, l'ordre que produit la foi est tout simplement des rapports apaisés. Il le dit avec les mots et au sein du contexte de son époque, c'est-à-dire que l'homme et la femme n'engagent pas une lutte de pouvoir entre eux, mais désormais alors que la réalité du Christ est présente parmi eux, en eux, elle procure la paix à l'un et à l'autre, elle se glisse dans la manière de penser, elle se coule comme fondement de la vie, elle s'élève comme réalité contre toute violence, elle soutend les motivations et les actions. Le grand principe souligné n'est pas le silence et l'exigence, mais le don de soi à l'autre, ce qui est mis en avant, est tout simplement la réciprocité et la paix. « En Christ toutes choses sont devenues nouvelles... » il y a toujours homme et femme, mais il y a l'ordre qui vient de la confiance, du don de soi, de l'apaisement. Devenir croyant c'est guérir, guérir des tensions inutiles, guérir des frénésies, c'est entrer dans l'harmonie et la paix.
Entre hommes et femmes il y a réciprocité et des différences. C'est très juste. Il ne s'agit pas de tenter de faire croire qu'homme ou femme sont indistincts, ils sont différents et se complètent, le coeur de l'union est que l'un est tourné vers l'autre dans le don de soi. Il y a différence et réciprocité. Voici ce que la réalité du Christ produit en lui, voici ce qu'elle produit en elle, voici ce qu'elle produit quand nous nous rassemblons et que nous célébrons notre culte au Seigneur.
C'est dans ce cadre posé, généreux, apaisé, réciproque, confiant que toutes les discussions peuvent être entamées.

Ce que je viens de décrire est tout le sens du « mariage chrétien ». Un mariage chrétien ne se résume pas par le fait d'une cérémonie à l'Eglise, le culte peut être grand et beau, une bénédiction peut être prononcée, mais ce qui rend le mariage chrétien c'est la réalité de la foi, la réalité du Christ en chaque époux qui vient changer la donne de l'amour, en profondeur, largeur et en hauteur.

Je dénonçais la lecture littérale de la Bible, au fond je pense que cette tentative est l'écho d'une angoisse, celle qui dirait que la complexité du monde serait la trace du diable et que l'on peut régler les problèmes en exigeant le silence. Le problème des intégrismes est de croire que la femme, les femmes, sont le monde du danger et qu'il faut les bâillonner.
Et savez-vous comment l'Eglise a cru pouvoir lutter contre celle que l'on appelait autrefois la déesse Diane et plus tard les fées ou les sorcières ? Par l'exorcisme, par l'inquisition, par le bûcher. Exiger le silence et la soumission c'est déjà être extrêmement violent. Après tout n'est-ce pas pour le bien qu'il faut exiger le silence ? N'est-ce pas pour le bien qu'il faut brûler les corps afin que l'âme soit sauvée ? Comme vous le constatez, comprendre et bien interpréter la Bible n'est pas une mince affaire.
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Reste pour tous ceux qui ont un époux ou une épouse à vivre le commandement d'amour au sein du mariage. L'Evangile n'est jamais comme un nouveau Moïse qui tempêterait en descendant du haut du Sinaï. L'Evangile est, nous l'avons dit si souvent, une Bonne Nouvelle. Ce commandement d'amour au sein du couple s'inscrit aujourd'hui dans la complexité de notre siècle, s'inscrit, se heurte et dépasse les morales sexuelles actuelles.

L'ordre préconisé par Paul est le reflet de ce que Dieu nous donne, un être réconcilié avec lui-même, une femme et un homme vivant sans peur, sans revendication de hiérarchie, mais avec la formidable énergie de l'amour, de la générosité réciproque qui supporte toute vérité. L'homme et la femme se ressourçant dans la foi et dont le chemin est d'aimer de plus en plus librement, de donner sans la crainte de donner, de se taire sans la crainte de ne pas être entendue, de parler sans la crainte d'être acculé au silence. Oui le tableau que je dresse est un peu idyllique mais il est loin d'être sans base ni réalité.

Le mariage – et Jésus le disait déjà – ce n'est pas tirer avantage sur l'autre mais vivre dans la solidarité, dans la fidélité. L'ordre ce n'est pas le mutisme et le non-dialogue, c'est l'approfondissement de tous les aspects de la vie, c'est vivre sur une base juste et solide. C'est l'amour qui est juste et solide et non la soumission.
Le mariage, c'est mûrir ensemble devant toutes les difficultés de la vie et dans la difficulté venir recevoir le pardon nécessaire, l'inspiration d'actions et de dispositions nouvelles.
Le mariage c'est aussi discerner ensemble les nombreux domaines dans lesquels le monde voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Allons-nous vraiment laisser telle ou telle vedette du petit ou du grand écran inspirer notre vie conjugale ? Heureux ceux qui construisent sur le roc et non sur le sable !

Et pour terminer, l'illustrer, une histoire vraie qui m'est arrivée à Strasbourg il y a environ deux ans. J'étais à table dans un petit restaurant et ma voisine engagea la conversation. Elle était un peu plus âgée que moi, buvait de l'alcool, se disait malheureuse en amour car elle était déçue par l'homme qu'elle avait aimé. Oui c'est surprenant, mais l'histoire est vraiment arrivée sans que la personne sache que j'étais pasteur. Elle se plaignait d'être ainsi délaissée… et peu à peu j'ai commencé à comprendre son histoire, mais ma stupéfaction ira en grandissant car elle se plaignait qu'après 25 ans de vie adultérine, son amant revenait vers sa femme, femme qui était en fait son amie. L'épouse avait été trompée par son mari et par son amie durant 25 ans. La femme affirmait-elle ne se doutait - sans doute - de rien. Voici qu'après 25 ans son amant ne voulait plus avoir de relations avec elle, il la laissait pour rester avec sa femme et elle se plaignait à présent de l'infidélité de son amant ! On ne peut plus faire confiance à personne ! Ajoutait-elle. On marche sur la tête ! Je passe sur les détails et la fin de l'histoire.

La société est malade de manque de repères, de racines solides, de raisonnements sains. A Ephèse on avait besoin de frénésie sexuelle pour susciter la fertilité et de drogues pour avoir des paroles « divines ». Pour nous Dieu a parlé en Jésus-Christ. Pour nous encore, frères et soeurs, maris et épouses, et vous qui allez-vous marier dans quelque temps, nous suivrons les recommandations de l'apôtre, celles qui incitent à aimer sans crainte, à se parler, à se donner pleinement l'un à l'autre sachant que tout ce qui nous est donné par la foi vise un approfondissement de l'amour.

Amen, c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 21 Septembre 2008
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