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Prédication : Le jugement dernier
Jérémie 8 v 4-7
4 «Tu leur diras: Voici ce que déclare l'Eternel:
Si quelqu'un tombe ne se relèvera-t-il pas?
Si quelqu'un se détourne du chemin, n'y reviendra-t-il pas?
5 Alors pourquoi ce peuple de Jérusalem se détourne-t-il du chemin?
Pourquoi persiste-t-il dans sa mauvaise voie?
Fermement, les gens de ce peuple s'attachent à leurs illusions
et ils refusent de revenir à moi.
6 J'ai, attentivement, écouté ce qu'ils disent:
je n'ai pas entendu un mot de vérité!
Il n'y a parmi eux personne qui renonce au mal qu'il a commis,
en disant: Qu'ai-je fait!
Tous poursuivent leur course
comme un cheval qui fonce dans la bataille!
7 La cigogne elle-même, dans le ciel, connaît bien le temps des migrations,
la colombe, la grue et l'hirondelle
observent l'époque de leur retour;
mais mon peuple ne connaît pas les lois que l'Eternel a établies.
Chers frères et sœurs,
Comme je vous l’indiquais au début de ce culte, le thème du jour « Le jugement dernier » est effrayant, le thème est difficile tant nous avons du mal à articuler la réalité de l’amour de Dieu avec l’idée d’un châtiment s’abattant sur une humanité faisant le mal.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace d’hier évoquaient la pire tempête de ces dernières années s’abattant sur le Bengladesh et le journal titrait « Le cyclone du jugement dernier » avec une photo montrant hommes, femmes et enfants au milieu de leur maison complètement dévastée.
Evoquer le jugement dernier aussi c’est immanquablement se souvenir du texte de Mt 25 « Venez à ma droite ou venez à ma gauche… les boucs d’un côté, les brebis de l’autre… » et puis les œuvres faites ou non faites, ce Christ qu’il fallait discerner dans la figure de la misère, du malade, de l’étranger, du prisonnier… Et pour ceux qui ne l’auront pas discerné : « Allez dans le feu éternel ! »
C’est effectivement une image puissante qui réveille notre sens de la responsabilité.
Ainsi donc le jugement dernier appelle une image de désolation superposée à l’image du grand tribunal céleste.
Mais ces images sont tellement puissantes qu’elles risquent de nous faire oublier la Bonne Nouvelle de Jésus qui se trouve au cœur de tous nos cultes. Oui aujourd’hui encore je serai porteur, annonceur de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ! J’y reviendrai.
Aussi laissons Mt 25 et les cyclones pour revenir aux écrits du prophète Jérémie. Il exprime quant à lui une plainte, il critique le peuple précisant qu’il manque à ce point de bon sens que même les animaux ont plus de discernement. S’en suivent ces images charmantes : la cigogne dans le ciel connaît les saisons… la tourterelle, l’hirondelle et la grue observent le temps… le cheval ne recule pas, même pour aller à la bataille… mais le peuple… ! ceux qui sont supposés être croyants…, eux ne connaissent plus le chemin de la maison, ne discernent plus la paternité de Dieu sur eux !
Même les animaux… mais pas les humains. Le peuple ne fait que s’égarer, il s’enfonce et ne sait pas revenir ni de ses erreurs, ni de ses fautes. Il devrait s’en repentir mais il ne le fait pas.
Si nous nous penchons sur l’histoire c’est pour nous rappeler que nous sommes au VIIe siècle avant Jésus-Christ, l’envahisseur Assyrien a reculé, les israélites vivent relativement bien sous la tutelle de l’Egypte. Jérémie annonce qu’un nouveau puissant peuple va venir tout balayer, il s’agit des Babyloniens. Alors que tout le monde s’accroche aux branches en se disant que de toutes manières ayant le Temple, étant dépositaires des textes sacrés, au fond rien de vraiment catastrophique ne pourrait survenir !
Mais Jérémie se plaint du peuple, de sa religiosité superficielle et la parole de Dieu n’est pas prise au sérieux. Les autorités religieuses annonçaient que le peuple resterait en paix, qu’il ne risquait pas la guerre. Vous espérez la guérison, c’est la terreur qui viendra, écrit Jérémie. Et l’histoire confirmera les prophéties de Jérémie, l’ennemi Babylonien va effectivement venir faire la guerre, la gagner et ce sera la déportation pour le peuple. Le peuple partira en exil à Babylone.
C’est donc à nouveau un jugement que nous entendons par les écrits de Jérémie. Un jugement dernier dans le sens où le mot final sera bien prononcé sur le peuple et qu’une sanction terrible va s’abattre sur lui.
Mais à nouveau le prédicateur comme le croyant, nous cherchons l’Evangile ; dans ce texte aussi, nous cherchons la Bonne Nouvelle qui nous permettra de vivre. Nous cherchons la lumière qui ne nous fera pas vivre courbés dans la terreur de la perspective d’une punition divine, mais une lumière, une parole qui nous replacera dans la certitude de l’amour de Dieu.
Jérémie en indique d’ailleurs le chemin : celui qui tombe peut se relever, celui qui s’est détourné peut revenir. Cette parole n’est pas aussi banale qu’elle en a l’air. Nous ne sommes pas toujours doués pour nous relever ni rapides à revenir !
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Pouvoir revenir. C’est l’un des mouvements les plus profonds qui peuvent nous animer. Pouvoir revenir est une chance. Bien souvent dans la vie nous ne pouvons pas revenir, c’est quand le licenciement frappe, quand le deuil nous meurtrit, quand les échecs nous minent, et puis toutes ces erreurs sur lesquelles nous ne pouvons pas revenir. Le passé est encore écrit en lettres de feu mais nous ne pouvons plus changer ce qui s’est réalisé.
Dès lors nous le comprenons, pouvoir revenir est tellement précieux !
Mais « Pouvoir revenir », s’applique aussi à notre relation à Dieu.
Tous les humains sont animés d’un double mouvement. D’abord celui qui veut nous faire chercher Dieu de tant et tant de manières. Non seulement par la paix et la beauté de la nature, mais par un désir d’accomplissement, un désir de communion, une quête de paix, une aspiration à une vérité qui serait complète, profonde, sereine. Nous sommes attirés par ce Dieu, attirés à voir en tout homme un frère, attirés par la lumière, attirés par ce mouvement éternel et infini et qui fait que nous nous interrogeons sur le sens de la vie, sur l’éternité, sur l’au-delà et qu’au fond nous savons bien que les seules réponses qui valent sont les réponses qui viennent du fond des siècles, proposant une espérance commune. J’arrête là la liste de ce que vous pourriez continuer à développer.
Tout ce mouvement de recherche de Dieu serait prodigieux s’il ne se trouvait contredit par un mouvement contraire, celui qui nous fait perdre la hauteur, la direction et la lumière. Cet autre mouvement nous place seuls, égoïstement, au centre de notre vie, avec des passions et des petitesses, mais surtout dans la fuite de Dieu. Au fond il est plus facile d’être petit que grand ! Il est tellement plus facile de se fabriquer son opinion, sa religion, que d’être entraîné dans la Vérité.
Paul exprimait cette vérité en opposant la chair et l’Esprit. L’être naturel et l’être spirituel. L’ancien et le nouvel Adam. Le vieil homme et l’homme renouvelé.
Oui Jérémie l’indique, l’homme peut se relever, l’homme qui s’est détourné peut revenir. Et là je voudrais dire que ce qui est pointé ce n’est pas que le croyant revienne à une tradition conservatrice mais qu’il accepte ce rendez-vous, un certain face à face avec ce qui est infiniment vrai, sage et bon.
Revenir ne signifie pas revenir au passé, mais revenir dans ce qui fait vraiment vivre.
Le jugement dernier à vivre je l’entends ainsi : chacun d’entre nous se trouve avec son destin d’homme ou de femme à accomplir. Nous avons à accepter un face à face avec ce que nous devons être, à vivre devant Dieu. « Je t’ai appelé par ton nom et tu es à moi » disons-nous souvent au moment des baptêmes… c’est une sécurité, et c’est une formidable exigence. Oui nous portons en nous cette aspiration, cette élévation, cette hauteur qui nous fait vraiment être. C’est ce mouvement vers Dieu qui veut nous entraîner, et c’est lors de ces face à face que l’amour décape nos vies.
Pour l’illustrer je vous propose cette histoire juive. Je la répète de mémoire elle évoque de nouveau un jugement dernier quand le croyant, appelons-le Joseph, se trouve jugé par l’Eternel !
A ce moment-là la voix du Seigneur dit : Joseph !
- Je ne te reproche pas de ne pas avoir été Moïse
- Je ne te reproche pas de ne pas avoir été David
- Je ne te reproche pas de ne pas avoir été Elie
- Je ne te reproche pas de ne pas avoir été Samuel
Ce que je te reproche Joseph, c’est de ne pas avoir été Joseph !
C’est ici que nous pouvons tous nous tenir dans la lumière, dans le flot d’amour, dans la colonne d’amour de Dieu pour accepter, désirer devenir, rechercher ce que nous sommes appelés à être.
Là la tentation de fuir me prend à nouveau, pas pour faire le mal comme malfaisant, mais de fuir afin ne pas vraiment répondre à l’appel formidable qui veut faire de moi un humain avec toutes ses responsabilités, avec toute sa capacité de don, toute sa capacité de travail, toute sa capacité de vérité. Ah si je pouvais simplement ne pas faire le mal, s’il suffisait de mener une vie tranquille, s’il suffisait que je manifeste un peu d’humanité et de solidarité, s’il suffisait que je sois fidèle à ce que mes parents et ancêtres m’ont légué !
Mais je suis appelé, dans un face à face, à atteindre la stature que Dieu vise pour moi.
Il est bien possible que le monde et la planète aillent vers un gouffre. Nous sommes collectivement inquiets de cela. Le jugement dernier, selon Jérémie, selon Matthieu 25, est une mise en lumière de ce qui est caché, de ce qui a été nié, de ce qui a été fuit. La Bible nous trace ce mouvement de l’histoire du monde, toute l’humanité vient de Dieu et tout retourne vers Dieu de telle sorte que ce jugement nul ne pourra l’éviter.
Et maintenant la Bonne Nouvelle ! Pouvoir revenir est une chance, mais de plus nous n’avons pas à attendre un jugement, il n’est pas pour nous la parole dernière, mais la parole « première ».
Pour les chrétiens ce face à face avec Dieu a déjà eu lieu, et nous n’avons plus du tout à craindre un jugement à venir. C’est l’un des fondements de la Réforme et du message libérateur de Martin Luther : Je n’ai à vivre ni dans la crainte, ni dans la terreur, j’ai à me tenir dans l’amour et la connaissance de Dieu, telles qu’elles me sont révélées en Jésus-Christ. Voilà le face à face !
Jean 5 v 24 : En vérité, en vérité, (Dit Jésus) je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.
Et cette vérité n’est pas un Sinaï à gravir, la vérité première et dernière sont dites quand je reçois la Bonne Nouvelle de l’Evangile. L’essence de cette vérité est que Dieu est devenu homme, qu’il s’est tenu et qu’il est resté dans cette pleine lumière de Dieu et qu’il m’entraîne désormais à sa suite.
Je ne suis pas seul dans des efforts désespérés pour devenir quelqu’un qui accomplit son destin. Et si « Joseph de mon histoire est appelé à être totalement Joseph», je suis rejoint, pardonné, encouragé, accompagné pour rester dans la lumière de l’Evangile.
Et ce qui ne sera pas accompli dans cette vie, le sera dans la métamorphose totale de la rencontre avec le Christ vivant. Que cela soit notre joie, amen.
Bruno Holcroft
Prière d'intercession
Seigneur quand j’ai envie de te fuir, accepte ma lenteur à revenir à ma placer dans la lumière.
Des jugements derniers… j’en ai déjà vécu dans ma vie en des circonstances si redoutables que leur souvenir me bouleverse encore ! Ils ont été révélateurs de mes forces et souvent de mes faiblesses, aussi des faiblesses de ceux avec qui je vivais.
J’ai vécu des temps de crise, de grande solitude, j’ai connu des échecs, des paroles calomnieuses et en ces souffrances, j’ai vu ce dont j’étais capable ou incapable d’entendre.
En ces circonstances j’ai compris des vérités de ma vie et de la vie des autres et ce fut pour moi un effroi au point de m’écrier, de refuser ou de me débattre devant tant de réalités sur lesquelles j’avais si peu de prise.
Ces étapes de ma vie d’homme ont été autant de feux, parfois des destructions.
Il m’est arrivé de croire que les paroles prononcées en ces moments étaient des paroles dernières, un jugement dernier. J’ai eu tellement de mal à m’en relever…
Père créateur, père éternel, que l’amour reçu par le Christ nous rende rayonnants et forts.
Si l’injustice, les conflits et les deuils, peuvent nous miner au point d’en être déchirés, que la douceur de l’Evangile, ton mouvement vers nous soit de tendresse, de guérison.
Que ce qui dans nos vies est de chaume ou de paille passe, et que ton règne vienne .
Dans ce temps de silence que nous ouvrons nous voulons te dire ce qui nous père. Reçois les murmures de nos cœurs et que ton esprit nous apprenne à prier quand nous les mentionnons. […]
Merci Seigneur d'avoir reçu nos prières.
Seigneur nous te présentons la souffrance du monde, la désespérance des hommes, les situations d'injustices, les vérités bafouées, les violences qui piétinent les droits et les dignités.
Que ces cris qui s'élèvent trouvent l'écoute de ton amour, et te décident à intervenir.
Seigneur nous te présentons l'espérance de ce monde. Accorde-nous de rester dans l'élan et la splendeur de l'Evangile, que sa force soit le fleuve assainissant la vie de ce monde. Accorde-nous la force d'accomplir notre mission, d'être le soutien et la colonne de la Vérité.
Dieu du ciel et de la terre, souviens-toi de ton amour manifesté en Jésus-Christ. Souviens-toi à quel point tu as aimé l'humanité. A cause de l'amour qui est en toi ! parcours à nouveau les chemins du monde, invite tous les hommes à te suivre et à vivre dans ton royaume.
Renouvelle ce monde, renouvelle l'assemblée des croyants, renouvelle l'humanité.
Souviens-toi à quel point nous sommes égarés et exauce-nous par la prière que Jésus ton fils nous a enseignés.
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal,
car c'est à toi qu'appartiennent le règne,
la puissance et la gloire
pour les siècles des siècles.
Amen.
Bénédiction
Frères et sœurs, peuple de baptisés, le signe de la grâce de Dieu a été posé sur nous, la grâce abondante est en nous. N’entraînons pas les hommes dans la crainte d’un châtiment, mais dans la grâce et l’amour de Dieu.
Et que Dieu le tout puissant nous bénisse et nous garde sur les chemins de nos vies.
Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 12 Décembre 2007
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