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Prédications 2009
Prédication : La vraie sécurité c'est la fraternitéLuc 12 v 15 - 21
Aujourd'hui vous aurez droit à une prédication facile, à une rafale de petites histoires.
Un jour, un millionnaire voulait faire construire un bâtiment hors du commun. Il appela le meilleur architecte du pays, et lui demanda la chose suivante, précisant qu’il était près à dépenser une fortune pour réaliser son rêve. Il dit à l’architecte : « Construisez moi une tour. Sa base sera d’un mètre de diamètre, et au sommet, elle aura 4 mètres de diamètre. Vous y mettrez des escaliers et des couloirs, des conduites d’alimentation en eau, et bien sûr des ascenseurs pour l’approvisionnement en nourriture. L’épaisseur des murs ne devra pas excéder 50 cm. La hauteur de la tour s’élèvera à 1km et 600 m. Elle doit pouvoir se plier dans tous les sens et à son sommet vous installerez une usine chimique ». L’architecte semblait un peu perplexe devant cette demande. « Monsieur, dit-il, c’est impossible. Une tour de 1600 m de hauteur ne peut pas être construite et ne peut pas tenir face au vent, encore moins si la base est 4 fois moins large que le sommet ! Et comment créer une tour qui peut se plier ? Et en plus de ça avec une usine chimique au sommet ? C’est tout simplement impossible ! Je n’ai jamais vu ça de ma vie ». Le millionnaire sortit un instant, puis revint avec un épi de blé dans la main, et dit à l’architecte : « Si vous n’avez jamais vu cela, c’est que vous n’avez jamais regardé autour de vous ! Regardez cet épi de blé. Sa hauteur est 400 fois supérieure au diamètre de sa base. L’épaisseur de son épiderme n’excède pas un demi millimètre, son diamètre mesure 4 mm et la tige s’élève à plus d’1m50. Dans les multiples étages de l’épi, escaliers et couloirs se succèdent. Un nombre incroyable d’ascenseurs et de conduites pourvoit à l’alimentation des différents niveaux. Au sommet de l’épi se trouve une formidable usine chimique qui fabrique, rassemble et stocke les éléments de base de la farine qui servira à confectionner le pain des hommes. ---------
Rappelons le texte médité : Jésus refuse d'arbitrer entre des frères une question d'héritage puis raconte l'histoire de ce riche qui multiplie ses silos à grain. Mais il meurt dans la nuit sans rien pouvoir emporter, sans rien pouvoir décider quant à ce qui se passerait après lui.
L'idée de Jésus n'est pas d'accumuler mais vivre le partage. L'apôtre Paul le rappelait : « Dieu aime celui qui donne avec joie ». Donnez joyeusement ! Merci, par exemple, aux parents qui ont participé à la décoration de cet autel. Leurs dons seront à nouveau redistribués, ils aideront le Liebfrauenberg. Le sujet de l'argent n'est pas un tabou et dans l'Eglise nous voulons être les plus libres des hommes en abordant tous les sujets. Oui des sommes d'argent circulent lors de tous nos cultes, aussi quand nous enterrons des paroissiens, quand nous les marions, quand nous baptisons. Nous recevons chez nous des appels financiers de la part de la paroisse et la tonalité n'est pas celle de la polémique. Il n'y a pas d'impôt d'Église, tout est de l'ordre du partage, de la solidarité. « Dieu aime celui qui donne avec joie » Veut-on des règles ? Jésus répond par des principes de liberté et de solidarités. Ecoutons cette anecdote : Dans certaines paroisses les confirmants veulent – librement - redonner une partie de l'argent qui leur sera donnée à cette occasion ! 10 % de la somme reçue des amis, parents, parrains, marraines, pour soutenir une action de solidarité. C'est à vous de voir. Ce qui prime, c'est la joie de participer, la joie d'aider. Dans les jours d'abondance je n'oublie pas ceux qui n'ont rien. Chacun à sa mesure, selon ses capacités, la règle n'est pas fixée. Le début de l'épisode du jour est une demande d'arbitrage entre des frères. Pour les héritages l'Etat définit des lois, elles permettent de dire les principes du partage et de les faire appliquer, mais l'Evangile de Jésus est bien au-dessus de cela et c'est pour cette raison que Jésus refuse d'arbitrer ce qui est de l'ordre du partage de l'héritage familial. Le rôle de Jésus n'est pas d'indiquer un pourcentage, un délai, une priorité dans la fratrie. Par contre Jésus nous parle de l'angoisse fondamentale qui se trouve dans nos coeurs. Nous sommes tous habités par des peurs et l'une d'entre elles c'est parfois « la peur de manquer », tandis que pour d'autres c'est une volonté d'exister, la soif de dominer, le besoin d'être riche et l'obsession d'accumuler pour lutter contre une autre peur, pour se sentir exister. J'ai peur, pourrait-il dire, de ne pas exister si je n'ai pas tel niveau de vie, telle richesse, tels objets ! Et dans les deux cas cela mène à une forme de repli sur soi. Accumuler des biens c'est effectivement rassurant car s'il nous est arrivé de manquer de l'essentiel, nous sommes marqués à vie par ce manque et nous prenons des précautions. C'est bien naturel néanmoins écoutons cette histoire. On m'a raconté qu'une famille possédait trois congélateurs ! Le premier grand congélateur s'est trouvé rempli de denrées parce que c'était pratique et au cas où... vous savez bien ! Puis le second grand congélateur a été acheté dans le même but parce qu'on a besoin de tant de choses et qu'on ne sait jamais... et finalement il fut, lui aussi, rapidement rempli. Il fallut donc en acheter un troisième au point qu'ensuite il fallut se dépêcher de consommer - vite - ce qui se trouvait dans le premier de peur que cela ne s'avarie... L'histoire, heureusement, se passait dans une autre paroisse ! Le riche de l'histoire de Jésus suscite la réprobation car il pense à lui, seulement à lui, seulement à ses biens, seulement à ses affaires. Les autres n'existent pas, ou alors juste pour lui permettre de gagner encore plus. Il est complètement égoïste et il ne sait plus qu'il est un homme au milieu des hommes, il ne sait plus qu'il y a de la détresse autour de lui, il ne veut pas se serrer contre une l'humanité souffrante, il préfère serrer des grains dans un nouveau silo. Et puis il est scandaleux d'oublier que les riches, que le devoir de tous les riches, est de partager leur richesse. Ainsi parmi les plus riches au monde je voudrais vous citer deux personnes : 2006 a été une année faste pour la générosité. ------------ Commençons par Warren Buffett – le gérant de fonds financiers – qui s'engagea à donner progressivement jusqu'à 80 % de sa fortune à la Fondation Bill & Melinda Gates ; il rédige un premier chèque de 30 milliards de $ ! En 2006 encore, Bill Gates (le créateur de Microsoft et Windows) décidait de consacrer 95 % de sa fortune à la lutte contre les maladies et l'analphabétisme dans les pays du Sud. Sa fondation a déjà dépensé 9,26 milliards de dollars, en particulier pour vacciner 55 millions d'enfants --------------- . Bien entendu ce ne sont que des exemples, pas des modèles. Nous pouvons au moins retenir qu'ils n'ont pas quant à eux créé des greniers pour simplement accumuler. Combien sont-ils de millions d'être humains dans le monde à ne posséder que la chemise qu'ils portent sur eux ? Quand j'étais en Espagne, à Madrid voici 15 jours, nous rencontrions des protestants portugais, espagnols, italiens. Ils sont une petite minorité. Nous avons discuté de la fraternité, nous avons aussi évoqué ces africains qui, sur des embarcations de fortune, se noyaient avant de pouvoir aborder et qui, lorsqu'ils réussissaient à aborder, étaient dans des situations très précaires. Que faire de ces hommes, femmes et enfants ? Bien entendu bien des logiques contradictoires se heurtent. Les renvoyer, les contrôler, les intégrer, les empêcher, etc... Le rôle de l'Eglise est de souligner une dimension que la pure économie de donne pas. Pour vivre en paix, il faut continuer à voir dans l'autre le visage d'un membre de notre famille et face à l'insécurité il ne suffit ni d'amasser pour nous seuls, ni d'interdire. L'un des membres de notre colloque à Madrid a eu cette phrase qui je pense résume tout: « La vraie sécurité se trouve dans la fraternité ». Vous le constatez, l'Evangile vient perturber nos pensées bien installées. La famille, la solidarité, l'entraide, le partage, vivre ensemble... tout cela vaut bien mieux que l'assurance que peut donner une accumulation des biens. Alors chers amis, et vous mes catéchumènes, quelle histoire retiendrez-vous ? Cette de l'épi de blé où la nature fait mieux que les meilleurs architectes ? Celle des confirmands donnant une partie de leurs cadeaux ? Celle des milliardaires donnant jusqu'à 95% de leurs biens ? Celle des immigrés qui viennent au risque de leur vie tant ils désespèrent ? Celle des personnes ayant besoin de multiplier les congélateurs ? Puissions-nous tous être orientés vers la fraternité, un frère c'est infiniment mieux qu'un compte en banque. La vraie sécurité est dans la fraternité. Et répondons pour conclure à la question : « Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ? » Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 4 Octobre 2009
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