Chers frères et soeurs,
le début de notre texte est bouleversant. Paul tombe à genoux pour confesser Dieu et pour prier. L'image est bouleversante parce qu'elle décrit ce qu'est la patrie, notre patrie. Dans ses premiers mots l'apôtre avance une vérité révolutionnaire, il affirme que tous les peuples, toutes les cultures, autrement dit toutes nos différences, sont cependant placées sous une réalité commune : Dieu est le Père de tous.
Voilà comment, voici 20 siècles en arrière, la Bible refusait déjà toute idée de racisme, elle laisse entendre aujourd'hui que les différences ne doivent pas mener à des conflits, que les couleurs, les éducations, les civilisations n'ont pas à être opposés les uns aux autres. Dieu est le père de tous !
J'ai mentionné la patrie, car j'ai redécouvert à l'occasion de la préparation de cette prédication, une vérité importante que je m'empresse de vous transmettre. Nous avons une patrie commune car la définition de la patrie, c'est justement d'affirmer que nous avons tous un même père. Ce terme de patrie est souvent utilisé pour opposer les nations entre elles, ici nous avons des ponts gigantesques jetés entre les peuples et les cultures : nous avons un même Père. C'est pourquoi- écrit l'apôtre Paul - je me mets à genoux devant Dieu, le Père, dont dépend toute famille dans les cieux et sur la terre....
Dire cela est immense, car par ce biais il nous est interdit de considérer que quelques-uns puissent être estimés être des sous-hommes, l'affirmation interdit l'orgueil, elle interdit de dire, de penser, d’œuvrer comme s'il était juste que quelques-uns aient tout et que d'autres n'aient rien.
Parfois nous disons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et c'est une base oecuménique pour dire qu'au sommet les opinions se rejoignent. « Il n'y a qu'un seul Dieu » et c'est dire qu'au sommet de la pyramide se trouve celui qui est unique, malgré nos bémols et nos cultures. « Il n'y a qu'un seul Dieu... » Mais ce qui est affirmé ici c'est que nous sommes tous rejoints à la base, et même les croyants et les non-croyants, nous sommes tous destinés à fléchir les genoux pour comprendre l'immensité de l'amour de Dieu. Toute la création et toute l'humanité, nous sommes aimés de Dieu.
Voici une génération en arrière certains chrétiens d'Afrique du Sud pensaient encore pouvoir dire des noirs qu'ils n'étaient pas de la même race. Ici, par l'apôtre Paul, il nous est dit le contraire. Toutes les familles de la terre dépendent de Dieu. L'une des lectures de ce jour ( Jean 15) mentionnait une parole du Christ que je paraphrase : « Il ne faut pas s'imaginer servir Dieu en persécutant des chrétiens, il ne faut pas s'imaginer servir Dieu en pensant légitime de mettre à mort hommes, femmes ou enfants ». La conclusion de Jésus sera cette fois violente, lapidaire. Elle mettra à nu une illusion : « Ils n'ont connu ni le Père, ni moi ». Quelqu'un qui empeste la violence ou la mort n'a rien à voir avec Dieu.
Cela nous dit aujourd'hui que les membres d'autres religions, ou même ceux qui seraient athées, dépendent aussi de Dieu. Cela signifie que les jugements que nous portons peut-être trop facilement sur des voisins, collègues ou contemporains doivent être nuancés, fortement nuancés, car nous avons tous un même père.
Le Père est celui qui donne la vie, il est celui qui fait venir à l'existence ! Un chemin va être tracé pour donner la vie, pour la croissance, pour la beauté, pour la vigueur, pour ressembler à ce Père qui nous a créés. Dire que nous sommes une même humanité signifie déjà un lien, une aspiration, une même bénédiction potentielle.
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A présent je voudrais vous faire visiter la prison dans laquelle se trouvait l'apôtre Paul quand il écrivait. J'ai été aumônier des prisons et je connais la vie des détenus. L'apôtre Paul était habité par la crainte du verdict, et comme tout homme détenu bien des pensées se bousculaient dans son cerveau. Nous-mêmes nous pouvons nous lancer dans des activités pour tenter d'oublier. Ce faisant nous voulons faire reculer à un niveau plus bas de la conscience nos propres ennuis. Mais en prison les pensées tourbillonnent. La crainte de l'humiliation, la crainte du châtiment, … un emprisonnement encore plus long, … une peine corporelle, … peut-être la peine de mort. Y aura-t-il un recours ? Que peut-il tenter ? Comment préparer son procès ?
Les détenus connaissaient la prison de pierre, aujourd'hui de béton, mais la prison mentale en était une aussi. L'un de mes collègues décrivait ainsi la prison de l'apôtre. Non ce n'était pas une prison trois ou quatre étoiles. Elles étaient sans doute aussi honteuses que les prisons en France aujourd'hui. Dans la prison qu'occupait Paul il faut probablement imaginer un entassement de personnes, une promiscuité, des bagarres, de la saleté, l'impossibilité d'être seul, le risque permanent de la violence, les bousculades.
Mais Paul, dans sa prison surpeuplée, est un homme extraordinaire. Même s'il ne peut prier confortablement, même s'il souffre de sa solitude, même si tant de choses vont mal dans la vie, il arrive pourtant à écrire qu'il est dans un espace de paix. Il écrit : « Puissiez-vous être capables de comprendre combien l'amour du Christ est large et long, haut et profond ».
La hauteur, la profondeur, la largeur de l'amour de Dieu. Paul est extraordinaire car il se crée un espace intérieur, un boulevard de liberté et de joie, malgré les bousculades et l'entassement.
La hauteur, la profondeur, la largeur de l'amour de Dieu... comment ne pas voir en ces dimensions se dessiner la croix du Christ. Elle veut nous donner à nous aussi la liberté, le sens, l'ancrage. Le signe de la croix, le signe de l'amour de Dieu.
Nous avions commencé en décrivant la fraternité universelle dans laquelle se trouvent tous les peuples de la terre. Ensuite Paul nous a surpris étant capable de se donner du champ, d'avoir un univers intérieur et de parcourir l'immense espace de l'amour de Dieu même si son corps était dans l'enfer des prisons.
A présent terminons par le chemin lumineux du Christ. Il est vrai que Paul est extraordinairement large d'esprit. Il s'est affranchi de l'idée que Dieu avait un peuple élu et de l'idée que les autres peuples n'avaient pas accès au Seigneur ! Toutes les familles de la terre dépendent de Dieu le Père, c'est donc on ne peut plus englobant ! Mais il confesse ensuite de tout son coeur, de toute son âme : Jésus-Christ. Il commence à partir de la réalité générale « Dieu le Père » pour aller très vite, et y rester, pour l'approfondir à l'infini, le Christ, le Christ et encore le Christ. Jésus est le chemin, la vérité et la vie.
J'ai été le parrain d'ordination d'un collègue spécialisé dans le travail des relations entre chrétiens et musulmans. Voici comment il décrivait cette problématique. Tant qu'on parle de Dieu, des premiers croyants, du Dieu créateur, du Dieu unique, le dialogue se poursuit, on a l'impression qu'on parle bien de la même chose. Mais c'est quand on parle de Jésus, quand on dit qu'il est le Fils de Dieu, quand on parle de sa mort et de sa résurrection, c'est là que l'on se trouve dans l'impasse. C'est ce que disait mon filleul.
Pour nous le christianisme est bien un chemin large, généreux, haut, large et profond, comme l'est Dieu le Père. Ce chemin va de l'universel de notre condition humaine jusqu'à l'infini de la bonté de Dieu. Pour nous ce chemin sur lequel nous pouvons progresser n'est pas un sentiment vague de l'existence de Dieu, c'est bien plus clair et fort que se sentir en communion avec la nature lors d'une promenade, c'est bien d'avantage qu'un souhait de justice, une aspiration à la paix.
Paul fait éclater la louange à Dieu, il fléchit les genoux, il confesse le Christ, le chemin. Il adore, il comprend, il se met à son service.
A nous aussi, même si notre contexte de vie n'est pas aussi difficile que celui du prisonnier, de faire éclater la louange à Dieu par Jésus-Christ.
Terminons par cette dernière citation : « A lui soit la gloire dans l'Église et par Jésus-Christ, dans tous les temps et pour toujours ! Amen. »
Frères et soeurs vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.