La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2010

Prédication : La Bible : elle va droit à l'intime, au fondamental, pour nous guérir

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains

Hébreux 4 TOB
12Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu'aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur.
13Il n'est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c'est à elle que nous devons rendre compte.


  • L'image est effrayante ! Une lame qui séparerait nos articulations et atteindrait jusqu'à la moelle. Oui c'est effrayant. On ajoute aussi qu'elle coupe dans les deux sens, de haut en bas et de bas en haut... ce qui est décrit ici c'est le combat des militaires ou des gladiateurs. Le combat décrit n'est pas équitable car en face c'est un corps, c'est un être nu qui est décrit. Devant cette épée, dit le texte, rien ne peut être caché ! Et non seulement il n'y a pas de vêtements, mais elle va même jusqu'à connaître chacun des mouvements de nos coeurs, chacune de nos pensées !
Cette description si effrayante sera cependant atténuée. Dieu n'est pas un être dur, impitoyable, qui va se précipiter sur le moindre de nos défauts, la moindre de nos faiblesses. S'il utilise une épée, un scalpel, c'est toujours pour enlever le mal. S'il nous met sous la lumière de la vérité c'est pour discerner ce qui va faire vivre. S'il nous met à nu, c'est pour que nous cessions d'être dans les apparences et la superficie pour que nous acceptions d'aller au vrai problème.

Une parole qui blesse ou qui guérit ? On raconte qu'autrefois le Grec, Alexandre le Grand, fut placé devant un défi, celui de défaire un immense noeud, une pelote de noeuds. Une prophétie ancienne affirmait que l'empire de l'univers appartiendrait à celui qui dénouerait ce nœud. Alexandre le conquérant se pencha sur le noeud, mais il ne trouva même pas le bout de la moindre ficelle, aucune extrémité pour le défaire, aussi le trancha-t-il d'un coup d'épée. C'est là la « solution d'Alexandre » !
Une pelote de noeuds... Bien des réalités sont nouées dans nos vies. Des exemples ? Il suffit de penser aux noeuds dans les estomacs. Une image parmi d'autres pour dire ce qui nous pèse. Nous sommes en fait très souvent confrontés à des noeuds et nous cherchons fréquemment par quel bout prendre un fil pour en venir à bout. Alexandre a utilisé la manière forte, mais le plus souvent c'est une mauvaise solution.

Notre passé lui aussi est constitué de noeuds. Il suffit de constater les sujets que nous n'avons pas le droit d'aborder tant les noeuds sont si serrés ! Ici on n'entre pas ! Ici on ne parle pas ! Ici on ne touche pas !
Il suffit souvent de penser à une situation professionnelle ou conjugale, ou encore à notre santé, ou des relations autrefois amicales qui sont à présent inamicales. Oui nous sommes souvent, comme Alexandre, placés devant une pelote de nœuds. Chacun tente sa chance, une fois, trois fois, vingt fois. Echecs répétés.
Pour les chrétiens l'épée qui sert à trancher est celle de la parole de Dieu. C'est une parole qui tranche très bien, elle utilise une manière forte. Elle dit les choses, elle a un pouvoir de jugement et ajoute : Aujourd'hui si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur.

Une parole vivante ?! La première affirmation mentionnait le tranchant de l'épée. L'autre dimension donne une autonomie à cette épée : "La parole de Dieu est vivante". Qu'est-ce à dire ? Avec la Bible nous ne sommes pas seuls avec nous-mêmes, mais nous menons un dialogue intérieur, nous menons un dialogue avec quelqu'un. Quand nous lisons une parole du Christ nous comprenons fort bien que cette parole nous est dite. Elle est vivante car elle concerne notre vie. Elle est vivante et donne la vie.
L'image de la sévérité décrite – nous l'avons déjà dit - doit être nuancée car le but de Dieu est toujours de faire vivre. La parole va défaire des noeuds qu'une épée d'Alexandre ne saurait défaire. Nous avons une vérité à entendre, nous avons une vérité à comprendre. Une vérité veut non seulement rejoindre notre histoire, notre logique, mais une vérité veut aller au plus profond et au plus intime. C'est pour cette raison qu'elle est vivante, parce qu'elle produit un effet non pas à la superficie, mais là où ça fait mal :

Là où l'on cherche elle place de la lumière,
Là où l'on doute elle place l'espérance,
Là où l'on s'égare elle place les interdits et les garde-fous.
Là où l'on manque de sagesse elle en donne,
Là où l'on se donne un peu trop d'importance elle remet de la modestie.
Etc.
Oui c'est une parole vivante. C'est aussi pour cette raison que nous pouvons dire cent fois la Bible en entier. Elle parlera de plus en plus !

Les phrases sont toujours vivifiées, ce n'est pas qu'un livre, c'est quelqu'un qui me parle. Lire c'est entamer un dialogue et plus j'approfondis ma lecture, plus ce dialogue me mènera plus loin.
Lire la Bible pour nous, nous ne le faisons pas pour avoir bonne conscience, mais parce que nous avons faim et soif d'entendre et que nous voulons que cette parole fasse son travail en nous.


Il faut redire que des Protestants ont préféré la prison, la confiscation des biens et parfois la mort plutôt que de renoncer à lire et à comprendre la Bible. Ils avaient fort bien compris que le lien unique, vital, intime passait par ce dialogue. Cela nous interpelle vivement.

Quand tu lis la Bible – je dis ceci pour les catéchumènes – quelqu'un te parle. C'est une histoire, mais quelqu'un te parle, c'est un récit, mais quelqu'un te parle. C'est une poésie, mais quelqu'un s'adresse à toi, quelqu'un prie, mais cette prière veut être ta prière. Paul écrit à des chrétiens au loin, mais c'est bien à toi qu'il s'adresse. A toi avec ta sensibilité, ton histoire, ton intelligence.
Aujourd'hui si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur.

Une parole cherche son chemin et en fait tout devient facile dès lors que l'on s'ouvre, que l'on ne s'endurcit pas. "Rien n'est caché à Dieu" ; "Tout est à nu et à découvert" ce dialogue est le lieu où l'on peut être totalement vrai. Bah, dira quelqu'un, un peu de religion ne fait pas de mal. Peut-être, mais cela n'apporte pas grand-chose non plus... C'est l'Esprit, ce dialogue mentionné qui fait toute la différence.

Alors ? Comment allez-vous ? D'habitude nous ne répondons pas grand-chose, parfois l'on répond mieux à des proches. Mais dans la perspective de ce texte l'on peut aussi demander où en est le travail de l'épée en nous... Ce tranchant-là a certainement ouvert un débat. A quoi réfléchissons-nous, quel aspect est en train d'être approfondi, quelles sont les vérités redécouvertes, quel texte est en train d'être lié à d'autres textes. Et Jésus ? Est-il celui devant lequel toute créature fléchit le genou ? Je vous propose qu'en plus de dire "Comment ça va" de dire de temps en temps, "Alors, à quoi réfléchis-tu en ce moment ?"

Dans une Eglise nous avons le droit de nous sentir en sécurité, parole et sacrements nous rappellent les promesses de Dieu. Quand nous chantons des cantiques ce sont des choses sues que nous redisons. Le travail de l'Esprit se situe quant à lui surtout quand nous nous frottons aux Ecritures. Et je me souviens d'avoir lu dans notre hebdomadaire régional le témoignage d'un juif. Il disait ce que pour un juif était la pire insulte... celle d'être taxé d'ignorant !

Avec eux nous héritons de l'Ancien Testament, et toutes les lumières venues par Jésus s'ajoutent.
L'interpellation concerne notre travail de l'Ecriture, de la Bible. De manière multiple et répétée, qu'elle nous rejoigne ! Nous voudrions une image plus paisible, peut-être du genre labourage. "Que la parole trace un sillon dans nos vies au sein duquel la vraie vie va germer et se lever". Oui c'est une belle image, mais cette écriture, cette parole décrite comme un glaive, rappelle que nous sommes dans un combat spirituel appelant le discernement, l'intelligence, la mémoire, l'expérience, la logique et le plein engagement.

Quand nous sommes dans une église, aussi lors d'un culte, la parole vivante est à l'action. Elle donne tort, elle donne raison et nous tous avons à nous placer sous son autorité. C'est elle et sa logique, tout ce qu'elle révéle de Dieu et de l'homme qui s'impose aux chrétiens.
Qu'en est-il des solidarités avec les chrétiens souffrant dans tant de pays du monde ? C'est sa parole qui s'imposera à nous.
Qu'en est-il du mariage, de la sexualité, de la procréation ou du travail, des responsabilités et de la justice ? C'est la parole qui s'imposera à nous.
Et sa parole c'est bien plus que de citer un verset, c'est laisser se faire le processus de vérité au plus profond, au plus juste.
Qu'en est-il du temps, des loisirs, de la famille, bref de toute la vie sous tous ses aspects ? Il n'y a pas un verset pour tout, mais le dialogue mené à partir de ce qui est dit nous mènera plus loin.


13Il n'est pas de créature qui échappe à sa vue ; tout est nu à ses yeux, tout est subjugué par son regard. Et c'est à elle que nous devons rendre compte. 12Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu'aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur.

Amen.

Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 17 Février 2010
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