La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2010

Prédication : L'espérance, une immense énergie

Prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains le 13 mai 2010
Culte du jeudi de l'Ascension

Actes 1

3C'est à eux aussi qu'avec beaucoup de preuves il se présenta vivant après avoir souffert ; il leur apparut pendant quarante jours, parlant du règne de Dieu.
4Comme il se trouvait avec eux, il leur enjoignit de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis — ce dont, leur dit-il, vous m'avez entendu parler : 5Jean a baptisé d'eau, mais vous, c'est un baptême dans l'Esprit saint que vous recevrez d'ici peu de jours.

L'ascension de Jésus

6Ceux qui s'étaient réunis lui demandaient : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas rétablir le Royaume pour Israël ? 7Il leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. 8Mais vous recevrez de la puissance quand l'Esprit saint viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.
9Après avoir dit cela, pendant qu'ils regardaient, il fut élevé et une nuée le déroba à leurs yeux. 10Et comme ils fixaient le ciel, pendant qu'il s'en allait, deux hommes en habits blancs se présentèrent à eux 11et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à scruter le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel.


Chers amis

Notre réflexion portera sur deux axes :

Le premier axe est celui de ce jeudi de l'ascension. Pourquoi parler de Jésus, de son départ de ce monde et de sa montée vers le ciel ? Au fond pourquoi un culte de l'ascension ?
La réponse est toute simple, il correspond à une logique, une logique de l'époque qu'il faut peut-être redécouvrir. Confesser que Jésus est le Fils de Dieu, c'est dire qu'au final il a sa place dans les cieux, là où se trouve Dieu.
Quand nous disons que Jésus retrouve son père, nous sommes dans la logique de la représentation car devant le roi du monde quelqu'un doit se présenter pour plaider la cause de l'humanité. Notre avocat, le juste qui va se présenter devant Dieu, l'agneau de Dieu, retrouve celui qui l'avait envoyé pour dire qu'il a tout accompli. Puisque tout est accompli, le cycle est bouclé, la boucle se referme, les éléments - un temps ouvert par la venue du Christ parmi nous - vont se refermer.
Le Christ qui était Dieu avait quitté Dieu, il est devenu homme, il a accompli le salut pour lequel il était venu. À présent que « tout est accompli », tout reprend place, et c'est Jésus le crucifié-ressuscité, qui retourne dans la gloire auprès de son Père.
Ce jeudi de l'ascension est tout simplement l'étape qui s'inscrit dans la logique. Désormais le Fils est à la droite du Père, Nous le confessons dans le Credo :« Il s'est assis à la droite du Père d'où il reviendra pour juger les vivants et les morts ».


L'autre question, la seconde question, est celle du temps d'attente. Que faire en attendant ce retour du Christ ? Quelle doit être la vie des croyants ?
Voici près de 2000 ans que nous annonçons qu'il vient bientôt... et nous attendons... C'est parfois la déception car la vie est souvent violente, difficile, injuste et c'est une prière, un soupir, une espérance qui nous fait désirer ardemment cette venue. Oh oui qu'il vienne enfin, qu'il vienne sauver, qu'il vienne régler tout ce qui est tellement déréglé. Les démocraties sont minoritaires dans le monde, mentionnons la corruption due à l'argent, la sexualité tellement exacerbée, les convoitises de toutes sortes, les scandales qui se multiplient, les risques et dangers qui prolifèrent. Et puis plus encore que cette brève évocation, tout ce qui est du ressort des maladies, des injustices. Croyants et non-croyants nous soupirons après un monde de paix, de justice et d'harmonie. Alors oui nous prions pour qu'il vienne !

Mais c'est également parfois, reconnaissons-le, le soulagement qu'il ne vienne pas car nous avons dans un coin de notre esprit la conscience que la période serait sans doute pire que ce qui a été vécu dans le passé. Les temps de la fin, les temps apocalyptiques sont effrayants. Comment ne pas craindre le pire avant la délivrance ?

L'attente de la venue de Dieu, du règne de Dieu, était cependant bien plus ardente à l'époque de Jésus. Cette attente de l'intervention de Dieu fut ardente en de nombreux moments de crises. Souvent ce sont des peurs obscures qui alimentent ce souhait de la venue de Dieu. Faut-il s'en réjouir ou faut-il la craindre ? Vers l'an 1000 vers l'an 2000 on nous annonçait cette probable venue de Dieu. Il faut croire qu'il aime les chiffres ronds (c'est de l'humour !). Cependant comme vous le savez il ne s'est rien produit de notable.

Certains croyants prennent tellement au sérieux une réalité de fin du monde qu'ils se décident à attendre ou à partir. Ce mouvement est intérieur, il ne s'agit pas de changer de pays ou de planète mais à se désintéresser de ce monde. Ce mouvement consiste à lever les yeux vers le ciel, comme les disciples qui restaient trop longtemps en place. Non, le but n'est pas de fixer le ciel, non le but n'est pas de regarder la chose extraordinaire, comme s'il y avait un truc à comprendre ou à observer. Non, l'instant fort, l'instant un peu « magique » est passé. Il me semble pouvoir lire entre les lignes un message du genre : « Vous les humains vous êtes destinés à retourner dans ce monde, auprès des hommes, à vos métiers, à votre épouse, vos enfants, vos travaux ».  « Il viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel » et en attendant ? En attendant les apôtres vont prêcher, parcourir la terre et leurs successeurs vont venir en Europe nous apporter l'Evangile.

Non, le ciel ne viendra pas en levant le nez, que nous soyons curieux, pieux, enthousiastes ou craintifs. C'est du ressort de Dieu et nous n'en connaissons ni le jour ni l'heure.
Nous ne savons pas si demain sera le grand jour de sa venue, ni s'il se produira dans 1000 ans. Nous savons par contre que le Christ a accompli ce qui devait l'être et que les disciples avaient désormais à vivre à partir de ce qu'ils avaient compris. Mais ils ne resteraient pas seuls avec l'unique souvenir du Christ. Une force leur sera donnée, l'Esprit qui était dans le Christ allait leur rappeler l'enseignement reçu et allait les conduire de plus en plus dans la vérité.

« Vous serez mes témoins jusqu'au bout du monde... » Cela signifie que notre idéal n'est pas de simplement vivre en paix, comme si la religion ne concernait que la vie privée, mais que c'est bien le monde entier qui doit bénéficier de tout ce qui est donné de par le Christ.

Alors, dans un sens, comprenez-le avec prudence, peu importe si nous traversons une nouvelle crise, de nombreuses crises, si des prophètes de malheur nous annoncent les catastrophes climatiques, chimiques, bactériologiques, nucléaires et j'en passe. Nous avons la promesse de ne pas être seuls. Nous sommes au travail dans un monde qui est en train d'être sauvé, nous travaillons pour que l'Evangile soit annoncé, qu'il traverse toutes les couches de la société, qu'il renouvelle la manière de penser, qu'il approfondisse le sens de la justice, qu'en toutes choses il alimente une espérance. L'espérance ce n'est pas attendre et laisser le temps s'écouler, l'espérance ce n'est pas la seule consolation face à tous les malheurs. L'espérance consiste à vivre devant Dieu qui nous a tant aimés en Christ, sachant que le monde entier est destiné à se tenir devant Dieu, que Dieu lui-même viendra à la rencontre du monde.
Dans ce sens l'avenir, les fluctuations, les crises... elles ne sont pas notre affaire comme si elles devaient nous paralyser. Je veux dire par là qu'il ne sert à rien de consulter des horoscopes ou de croire qu'on va tout maîtriser. Ceux qui pensent savoir ce qui va se passer et qui l'annoncent se trompent tout le temps. Vous n'avez qu'à mettre les avis des spécialistes les uns à côté des autres. Autant d'avis que de spécialistes !

Le livre des Actes nous montre des communautés qui se forment, qui changent, qui se réorganisent en fonction de ce qu'elles ont compris du Christ. Un exemple ? Les premiers croyants, Pierre en est un parmi eux, pensent que le salut n'est destiné qu'aux juifs. Il faudra l'Esprit-Saint pour abaisser les frontières, l'Evangile est pour tout homme !
Peut-être pense-t-on que l'Evangile est pour les gens paisibles ? Et pourtant c'est un militaire qui sera l'un des premiers à recevoir l'Esprit-Saint. L'Église se crée, elle est inspirée, elle est animée, elle a des idées et fait bouger les lignes, les repères, les habitudes. C'est le baptême qui est important. Le baptême au nom de Jésus, le baptême dans le Saint-Esprit.

On me racontait qu'en ce moment, dans un pays que je n'ai pas le droit de nommer, un pasteur allait probablement être exécuté, parce qu'il avait baptisé un habitant. La peine de mort pour un baptême ! Baptiser n'est pas un geste anodin, c'est bien plus qu'un geste sympathique, c'est plus aussi qu'un rite qui donne une identité, une appartenance. Ceux qui sont baptisés sont liés au Christ, à sa vie, à sa mort, à son enseignement. Les baptisés sont liés à l'Esprit-Saint, liés au bouleversement que produit l'Evangile. Oui, un pasteur va probablement être exécuté pour avoir osé lier un homme à Jésus-Christ. C'est trop dangereux pour le monde.

C'est l'occasion de redire ici, lors de ce culte, nous ne sommes pas réunis pour apprécier un cadre, une musique, des amis, un pasteur, une liturgie. Nous le savons bien, nous ne sommes pas assis devant une sorte de télé et je n'ai pas à bouger ou à parler avec talent pour captiver un public. Nous sommes ici pour ce rendez-vous avec Jésus-Christ. Nous sommes ici pour que soit déposé cette réalité de Dieu dans ce qui nous est si personnel, si intime, voire secret. Nous prions afin de recevoir au plus profond de nous ce qui nous guérit, qui nous éclaire, qui nous réconcilie.

L'Ascension du Christ. La voix de Dieu a retenti, le ciel et la terre sont à nouveau unis par ce qu'a réalisé le Christ. Et nous attesterons par nos choix de vie que nous croyons en Jésus le crucifié-ressuscité. C'est l'annonce qui veut nous réveiller le matin, nous accompagner durant la journée et veiller sur nous durant notre sommeil.

La parole importante consiste à dire de cesser de lever les yeux ou le nez... pour aller, pour vivre, pour nous laisser guider par une spiritualité qui n'est pas une fuite. Il s'agit de faire en sorte que l'humanité entre dans ce royaume de Dieu qui est offert.
Rajoutons une dernière remarque. Il est peut-être bon que nous nous souvenions que tous ces personnages de la Bible, les apôtres et tous ces croyants, n'étaient pas des héros, ce n'était pas l'élite de la nation. Quand l'apôtre Paul écrit aux habitants de la ville de Corinthe, il disait bien qu'aux yeux du monde, lui et eux, étaient très peu considérés. Nous n'avons pas à accomplir une mission impossible mais à recevoir tout ce que Dieu veut nous donner.
C'est pour cette raison que nous allons vers le dimanche de Pentecôte. Ce que nous avons à être ce n'est pas à nous montrer de bons ou de très bons chrétiens, mais à nous laisser convertir, à nous laisser remplir de la surprise, de la force de changement qui s'opère quand la réalité de Dieu vient peu à peu remplir et renouveler notre intelligence.

Ce jeudi de l'Ascension le rappelle, celui en qui nous croyons ne circule plus comme autrefois sur la terre, il est assis au ciel. Nous agissons sachant que le chemin qu'il a tracé mène à une réalité nouvelle, une création nouvelle. A nous de vivre comme témoins de ce règne-là.
A nous de répondre. Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ?

Amen c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Vendredi 14 Mai 2010
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