Chers frères et soeurs,
Quelques hommes déposent un paralysé aux pieds de Jésus et la guérison de ce paralytique est précédée par un enseignement sur la maladie et le péché, par le lien entre le péché et la maladie. Le plus souvent Jésus profite des circonstances pour enseigner car il est vrai que lorsque nous sommes atteints par la maladie nous nous posons beaucoup de questions. Non seulement Jésus aide effectivement les malades, mais en même temps il cherche à guérir ceux qui observent et qui sont atteints d'autres maladies, de certaines paralysies, de certains aveuglements. Ceux qui observent, ceux qui écoutent, ce sont les contemporains de Jésus mais nous aussi nous sommes visés par son enseignement. Autrefois, mais aujourd'hui encore, des personnes associent la maladie à la faute commise. Du temps de Jésus les microbes n'existaient pas, ce qui arrivait n'était jamais dû au hasard, à l'imprudence ou à la fatalité. Ce qui arrivait était directement le résultat de nos actions. Devant une maladie il fallait chercher le coupable ou même le démon ! Troisième piste, c'est peut-être le malade lui-même qui a péché ! Peut-être aussi les parents du malade ! Quand venait la maladie on cherchait la faute... Etre malade ne suscitait donc pas simplement de l'apitoiement, mais la chasse au fautif commençait... De nos jours encore l'on entend la phrase « Mais qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu pour qu'il m'arrive ceci ou cela ? » Il se peut que cette question soit tout à fait personnelle, qu'elle nous ronge, mais il se peut aussi que ce soient les autres qui nous placent très lourdement ce fardeau sur nos vies. C'est de ta faute … Ou à qui est-ce la faute ?Cherchez le coupable …C'est alors terrible. La chance de cet homme paralysé c'est son entourage. Ces amis ne se laissent pas entraîner par ces raisonnements.
Le texte biblique indique « des gens viennent à lui amenant un paralytique porté par quatre hommes. » Plus sans doute que de nos jours un homme en détresse était effroyablement seul et abandonné, enfoncé dans une culpabilité, enfoncé dans une absence de relations, de ce qui avait été sa vie, de ceux avec lesquels il avait été en relation jusque-là. Mais notre malade, notre paralysé n'était pas seul. Il était porté par ses amis. Si certains jugeaient facilement en jetant la pierre, ceux qui étaient des proches depuis des années ne se laissent pas enfermer et paralyser par ce qui peut être l'opinion la plus répandue. La qualité de cette relation subsiste, et la vitalité pour aider demeure ! Ces amis étaient épatants ! Ils croyaient en Jésus, ils croyaient aussi en leur ami et dans le texte il n'est pas question de la foi du malade, il est bien possible qu'il n'ait plus été capable de parler. A aucun moment l'on demande son degré de compréhension ni son degré d'adhésion. Il sert à manifester ce qu'est Jésus et ce que les relations entre les hommes ne doivent pas être. Sa réponse personnelle consistera à se lever au moment où Jésus lui dira de le faire: « Lève-toi, prends ton lit et marche ! » Intérieurement il avait eu à accepter la parole concernant le pardon de ses péchés et ensuite à répondre à l'ordre de Jésus.
Aujourd'hui nous nous attarderons à cette première parole de Jésus, ce qu'il dit d'emblée à cet homme: « Mon fils, tes péchés te sont pardonnés ». L'évangéliste Matthieu, racontant la même guérison, commence même par dire "Prends confiance". Pourquoi lui dit-il ceci en premier ? Confiance ... c'est le premier mot ! Que signifie "confiance" quand on est cloué sur son lit ou sur son brancard ? Si le médecin ou le chirurgien se penchent sur nous et nous disent "confiance", cela signifie qu'ils sont sûrs d'eux et du malade. Cependant Jésus ne dit pas qu'il va le guérir, il lui dit "Mon fils". Cette façon de parler il faut la sentir claquer à nos oreilles tout comme elle claqua à celles des gens qui regardaient et écoutaient. C'est comme si le Président de la République venait de manière inattendue chez nous et qu'un groupe de personnes lui amène un clochard connu dans la région parce que nombreuses avaient été celles qui l'avaient aidé, mais décidément il était trop porté sur la bouteille et racontait tant de bêtises qu'en fait, "il disait plus rien". Tout le monde se moque de lui, les enfants courent après lui dans la rue, d'autres ont des paroles très dures à son égard, bref il n'y a plus rien à faire. Et voici que le Président accueille le groupe et se tournant vers le clochard l'appelle "Monsieur", il lui donne du "Monsieur" et si cela ne venait pas de sa bouche tout le monde hurlerait de rire ... ou de rage. Il l'appelle "Monsieur" et déclare que sa vie allait à présent reprendre son cours normal ! Qu'il lui donnerait un travail et un logement décent, qu'il pourra vivre comme avant tout ce qui l'avait amené dans cet état.
La personne malade du récit biblique était effectivement considérée comme minable, responsable de son état, et s'il n'y avait eu ses amis, il aurait été abandonné à son sort. Et voici que Jésus l'appelle "Mon fils" ... les liens sont donc rétablis, le malade retrouve sa dignité, toute sa place. Ses péchés sont pardonnés ... Qu'importe ce qui s'est déroulé dans son passé et que Jésus connaît, qu'importe ceux qui ont coupé les liens et les vivres, Jésus rétablit ce qui a été cassé. Les relations devaient renaître.
Certains d'entre nous peuvent se projeter dans cette histoire. N'est-il pas vrai que lorsque nous sommes condamnés ne rien faire en étant malade ou lorsque le chômage nous fauche, nous sommes également terriblement atteints dans notre moral nous sentant inutiles. Nous ne plus avoir de place, nous nous sentons de trop. Si vivre c'est rester à ne rien faire, à quoi bon vivre ? Si l'homme n'a une valeur que par ce qu'il fait, par ce qu'il réalise, par ses performances, par sa production. Voilà le piège qui s'ouvre devant chacun de nous : si ma solidité vient du fait que je puis lire dans les yeux de ceux que je rencontre, qu'ils savent ce que je gagne, ils connaissent les responsabilités qui m'ont été confiées, ils saluent en moi l'intelligence et les efforts, l'habileté et l'endurance qui m'ont amené à ma situation que je dois à moi-même et à personne d'autre, etc ... du coup quand vient la retraite ou l'échec ou la maladie, alors je me rends compte que j'avais construit sur un fondement moins solide que prévu. Alors je lis dans leurs yeux que je ne vaux plus rien, que je ne suis plus qu'une victime, une proie pour ceux qui m'arrachent les biens accumulés durant une vie ! Et c'est l'enfer ! C'est le moment de redécouvrir l'une des affirmations essentielles des fondateurs du protestantisme. L'homme est d'une valeur très grande aux yeux de Dieu, l'homme est précieux à ses yeux sans ses performances ou ses réalisations. Premier de classe.. dernier de classe... pareil ! L'homme est aimé, reconnu, sans conditions ou dans le langage biblique: nous sommes sauvés par Grâce, par le moyen de la foi, cela ne vient pas de nous, mais c'est le don de Dieu. Les amis du malade le savaient, l'homme qu'ils transportaient valait autre chose que ce dont témoignait sa maladie. Ils l'ont connu de trop près avant pour être dupe de ce qui se disait alors un peu partout.
Nous entendons ici à quel point un Protestant se doit d'être le plus respectueux des hommes. Quand nous entendons parler avec mépris nous n'avons pas à emboiter le pas. Que dit-on d'une communauté, d'une autre confession religieuse, d'autres nationalités ? Juifs, musulmans, athées, roumains, yougoslaves, Tchétchènes, etc. N'y a-t-il pas dans ce domaine aussi, bien des idées qui circulent et qui sont autant d'accusations ? Et si ces personnes représentent un pays pauvre, s'ils sont en situation d'échec économique et que leur culture est en ce moment stérile ou dégradée, qu'allons-nous penser ? Ne dirons-nous pas très facilement : « Avec ces gens-là vous savez... » « De toute manière c'est leur faute... » Comme dans le récit biblique notre amitié avec l'un ou l'autre pays, avec l'une ou l'autre personne peut nous permettre de mieux réfléchir. Mais quand nous abordons les situations par l'extérieur le danger qui nous guette est alors de nous laisser enfermer dans une accusation et ne plus considérer que tout homme, même ceux qui habitent un pays païen, ne vaut pas par sa réussite ou son échec. Tout homme souffrant est digne d'être réintroduit dans la vie. Les amis du paralytique, dans ce lien d'amitié et d'expérience l'avaient compris !
Et nous, de quel côté sommes-nous ? De ceux qui pointent du doigt en suivant la rumeur publique ou de ceux qui portent des brancards ? Et nous répondons ensemble à la question du choix de vie et du regard que nous voulons porter. Voulons-nous être de ceux qui portent le brancard, qui ne se laissent pas décourager donnant aux malades confiance et amitié ? Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.