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Prédication : Je doute, je doute vraiment !
Culte du dimanche 14 avril 2008
Matthieu 11 v 2-6
2 Jean-Baptiste, dans sa prison, entendit parler des oeuvres du Christ. Alors il envoya quelques-uns de ses disciples demander à Jésus : « Es-tu le Messie qui doit venir ou devons-nous attendre quelqu'un d'autre ? »
4 Jésus leur répondit : « Allez raconter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts reviennent à la vie et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
6 Heureux celui qui n'abandonnera pas la foi en moi ! »
Prédication
Chers frères et soeurs
Avoir la foi, c'est avoir confiance en Dieu. Avoir foi en Dieu c'est avoir l'assurance que notre existence est connue de Dieu et que nous sommes au bénéfice d'un amour. Pourtant nous traversons des épreuves et parmi celles-ci nous évoquons le plus souvent les maladies qui atteignent les uns ou les autres, si ce n'est la maladie c'est la brutalité des accidents ou les insupportables injustices. La foi est alors souvent une réalité instable ! Quand nous souffrons, et que la souffrance a un sens, nous la supportons moins difficilement, mais quand le sens nous échappe, et il nous échappe parfois totalement, c'est alors que nous vacillons.
Le doute, écrit une jeune femme, est ce sentiment qui commence fragilement, presque imperceptiblement et pourtant il prend du volume dans notre esprit au fur et à mesure que se cumulent des questions sans réponses.
Le doute témoigne sans paroles de notre déchirement intérieur, le doute sait toujours formuler les questions mais les délaisse par peur de se voir confronté à l'échec.
Le doute... une autre forme de nos peurs cachées qui prennent le dessus chaque jour un peu plus et qui s'élèvent dans nos pensées jusqu'au moment où nous sommes le doute même marchant sur deux pieds, le corps vide, la carcasse emplie de « peut-être » et de « pourquoi » !
Le doute, ce "cancer" incurable jusqu'au moment où une réponse vient tout effacer, ou le réconfort devient possible, ou la vie reprend son cours, ou les angoisses tirent leur révérence devant la plénitude de notre nouvelle assurance !
Tous les grands personnages de la Bible ont traversé des épreuves ; ils n'ont pas toujours été au-dessus de ce que nous sommes. C'est d'ailleurs aussi pour cette raison que nous lisons la Bible ; les hommes et les femmes dont on raconte les vies nous sont tellement proches ! Nous pouvons citer Moïse, David, Elie et aujourd'hui, nous écoutons les doutes de Jean-Baptiste. Un homme exceptionnel, mais aussi tout simplement un homme. Jean-Baptiste qui fut un colosse, un précurseur, un prophète, une voix qui surgit et qui rugit hors du désert. Et puis plus tard, en prison, il n'est plus qu'une ombre qui doute. Il n'affirme plus avec une voix de stentor, il n'ordonne plus la justice dans l'éclair de sa colère, il n'exige plus d'actes de contrition, il ne fait plus la morale aux riches et aux puissants du monde. Il est de ceux, comme nombre d'entre nous, qui posons des questions... Et sa question était :
« Es-tu celui qui devait un venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jean-Baptiste est en prison, et nous savons que l'issue de son emprisonnement ne sera pas favorable. Sa tête va rouler sous le sabre. Hérodias va gagner car parmi toutes les haines que Jean-Baptiste aura déclenchées celle de cette femme sera la plus terrible et, par le truchement de sa fille, elle va aboutir à faire taire définitivement la voix de Jean-Baptiste.
Jean-Baptiste est donc en prison... Nous allons nous servir de cette image de la prison car nos vies connaissent bien des fois des situations d'où nous ne voyons pas d'issue, des impasses morales, intellectuelles, spirituelles d'où le découragement nous guette. Jésus va répondre aux disciples et ceux-ci vont rapporter la réponse à Jean-Baptiste...
Nous ne savons pas comment Jean-Baptiste a accueilli cette réponse. Par contre nous savons que lorsque nous allons mal notre sensibilité est parfois exacerbée et nous avons de la peine à écouter. Mais Dieu est bien plus un murmure qu'un cri. Il faut un silence intérieur pour entendre, réentendre. Même si de nombreuses fois nous ouvrons la Bible et que les textes semblent muets, creux, déphasés, inutiles... ils sont tout de même son murmure à nos oreilles. Souvenons-nous comment l'eau trouve son chemin quand elle ruisselle souterrainement. Ses chemins sont complexes, secrets, mais au bas de la colline elle trouve son débouché, la voici, elle ruisselle, elle jaillit !
Nos vies peuvent de la même manière connaître des obstacles, des crises, mais ne cessons pas d'écouter le murmure de la parole de Dieu, mystérieusement ce murmure trouvera son chemin, trouvera notre écoute. Un lent travail de reconstruction est bien à l'oeuvre et le jour où elle sera à nouveau à jour viendra.
L'échec, comme la prison dans laquelle avait été jeté Jean-Baptiste, laisse croire qu'on ne vaut rien, que rien n'a de sens, que c'est au-dessus de nos forces...
Permettez-moi cette exhortation, il faut continuer à lire la Bible, continuer à prier, continuer à questionner, continuer à vivre. On ne répond pas aux questions les plus difficiles en 2 minutes, il faut un lent travail. Et il faut poser les questions, d'abord les mauvaises questions, dans le désordre, avec les cris, la stupéfaction, la douleur ou la rage, puis les questions s'affineront, nous serons entraînés au plus profond, plus loin, plus haut, par le murmure de Dieu.
Quand, à tour de rôle, nous sommes entraînés dans une dépression la remontée ne se fait pas en ligne droite, s'il y a des avancées il y a aussi des retours en arrière, mais il y a bien une réalité qui nous attire, qui nous dit qu'un amour nous attend, qu'une compréhension meilleure est devant nous. Il y a bien là un mystère que nous ne pouvons que sonder progressivement.
Jean-Baptiste était dans sa prison, il se demande s'il s'est trompé, s'il va mourir pour une illusion. La seule réponse faite par Jésus est une citation des Ecritures. Autrement dit la réponse est bien dans la Bible, mais il faut l'entendre, la recevoir, la recevoir parmi des milliers de versets. Le fil rouge qui donne le sens et rend l'espérance ne se trouve pas si facilement ! La prison ? Certes elle est pénible et occasionne la souffrance, mais le vide et le doute fondamental sont encore plus pénibles. C'est le vide qui est vertigineux, aussi faut-il retrouver des points d'appuis même si la réponse conservera une part de mystère.
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Parlons à présent de Jésus.
Jean ne savait pas quel serait la vie de Jésus mais nous la connaissons. Celui dont nous disons qu'il est le Seigneur est celui qui a été crucifié et il s'est écrié à son tour « Mon père pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Et notre regard portera encore plus loin.
Nous savons que le Christ est mort sur la croix, mais nous savons qu'au troisième jour son Père l'a ressuscité des morts. Voilà la foi chrétienne, nos « prisons » et la croix du Christ sont bien au centre de nos vies, mais l'issue dernière, au-delà de ce que nous pouvons comprendre aujourd'hui, est bien l'accomplissement de la promesse. Rien n'échappe à Dieu et le sens dernier est donné tout à la fin. Une puissance de mort est à l'oeuvre dans ce monde, mais la fin dernière est la venue du Royaume, c'est ce que nous annonçons par ces dimanches de l'Avent.
« Heureux celui qui n'abandonnera pas la foi en moi ! » dira Jésus en conclusion de notre extrait.
Ce qui nous est donné est la même chose que ce qui a été rapporté à Jean-Baptiste : des signes. Des signes à comprendre, à recevoir, à décrypter. Des signes rappelés par des compagnons, des signes et des paroles répétées et qui ont su aider tant de générations avant nous. Le signe, par exemple, du baptême que nous avons posé sur Noémie. (Le nourrisson baptisé ce jour-là)
Serons-nous ces hommes et ces femmes qui apporteront les promesses, les signes, les débuts de réalités heureuses, à ceux qui souffrent d'une dépression, qui connaissent la prison des échecs, à ceux qui doutent ? Y a-t-il bien des promesses que l'on peut croire, dont on peut vivre et que nous pouvons rapporter à nos contemporains ? À chacun de répondre.
...Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.
Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 9 Décembre 2008
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