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Prédications 2008
Prédication : Ingrid Betancourt - Exode16 v 2- 18 'Le don de la manne'Prédication
Chers frères et soeurs,
Ingrid Betancourt nous a dit ce qu'était le pain quotidien ! Non seulement elle a dit merci à Dieu et s'est agenouillée sur l'aéroport Colombien sur lequel elle venait d'atterrir libre, mais elle nous a également dit comment elle a pu tenir dans son désert. Son désert à elle était vert, sans lumière, sans soleil. Son désert était fait de l'absence de dignité, de liberté. Sa souffrance quotidienne était faite de chaînes portées aux poignets, aux pieds, autour du cou. Nous l'avons tous entendu. Notre récit évoque la manne que les israélites ramassaient chaque matin. A l'aube il fallait attendre que le miracle soit accompli et venir, se baisser, pour recevoir ce qui s'était déposé. D'Ingrid Betancourt nous avons des informations. Nous savons que durant sa captivité elle écoutait la radio, et que sur les ondes de cette radio, les matins à 5 heures, elle écoutait les messages qui étaient adressés aux prisonniers, mais aussi à elle personnellement. C'est sa mère qui lui parlait souvent, même brièvement, mais fidèlement. Elle restait le cordon ombilical et donnait encore de la vie à sa fille par le soutien, par des mots d'amour. Elle lui donnait le courage de tenir bon, afin qu'elle résiste. Ingrid se nourrissait de ce que sa mère lui transmettait par les ondes. Nous savons aussi qu'un infirmier l'a sauvée quand elle allait si mal, et qu'il a réussi à lui procurer des médicaments, placé une perfusion, nous savons même qu'il l'avait nourrie en lui donnant de la nourriture, cuillérée après cuillérée, jusqu'à ce qu'elle aille mieux. Ingrid Betancourt avait un rendez-vous avec la manne, sur les ondes de la radio, tous les matins à 5h. A ce moment-là pas de contact physique possible. Pour le moment, pour des années, la dureté, l'âpreté du combat quotidien. Jour après jour se fortifier pour vouloir vivre, pour ne pas se laisser au découragement, pour ne pas glisser vers la haine de ceux qui lui infligeaient ce tourment de la privation de la liberté, et de privation de sa dignité. Ne pas descendre au niveau de ceux qui lui voulaient du mal et garder un raisonnement clair, garder une vision de l'avenir, garder le moral mais aussi une dignité qu'on ne pouvait pas lui enlever. Ne sombrer ni dans l'indifférence des yeux vides et au regard vague, ni dans la haine. Ce pain quotidien elle le recevait tous les matins à 5h et nous avons entendu avec émotion comment elle recevait ces témoignages d'amour et comment elle donne à son tour l'amour et toutes ses forces pour embrasser, pour répondre toujours et encore aux questions de la presse. Ingrid Betancourt nous a donné une intense émotion, mais aussi un exemple de vie, de grandeur qui nous stupéfie car il témoigne de la grandeur de l'homme. Alors que tant de témoignages diffusés à la télévision portent sur des personnes au choix de vies piètres ou vraiment douteux, voici une femme qui a gardé une intelligence, un engagement entier et sans haine, une volonté farouche et tant d'amour. Et puis elle prie Dieu, elle rend grâce à Dieu, Dieu est sa force. Pour une fois dans notre France parfois tellement fière d'être laïque, la foi n'est pas citée comme source de problème, la foi n'est pas ringardisée par des gens qui ne la comprennent pas, mais la foi est citée comme une force, une lumière, une intégrité ! Notre joie n'est pas simplement d'entendre mentionner Dieu à la télévision, notre joie vient du témoignage éclatant rendu à Dieu par une femme. Gloire à Dieu.
Frères et soeurs, et qu'en est-il de nous-mêmes ?
Peut-être sommes-nous appelés à donner un pain quotidien d'amour à une ou plusieurs personnes... C'est bien possible. Il est aussi possible qu'à certains moments de notre vie nous vivions ainsi à une limite de nos forces et les témoignages et les gestes nous aident à vivre. Mais le plus souvent notre quotidien n'est pas aussi dramatique que celui d'Ingrid Betancourt. Le quotidien nous menace et nous use, nous aussi, mais d'une tout autre manière. La vie est ainsi faite, l'abondance des biens de consommation est parfois un désert d'humanité. La vraie vie et tout ce qui doit nous attirer vers la grandeur sont souvent menacés. Dans la pauvreté ou la maladie nous sommes tentés de dire « Dieu ne nous voit pas » ; dans l'abondance, quand tout va bien et que nos affaires prospèrent, nous pensons qu'après tout cela est normal et que nous devons tout à nous-mêmes. De plus le quotidien est parfois tellement répétitif que c'en est banal à en pleurer. Qu'avons-nous à faire aujourd'hui ? La même chose qu'hier, la même chose que la semaine dernière, la même chose que l'année dernière, et le temps passe. Nos vies risquent de devenir sans couleur ; sans le renouvellement trouvé dans la vérité de Dieu, nos vies risquent de devenir grises. Un ressourcement quotidien est nécessaire pour rester dans la vraie vie. Le tout n'est même pas de dire des prières ou de lire la Bible ou d'autres ouvrages, le tout est qu'en le faisant le croyant parvienne à boire, à recevoir lumière, sagesse, amour. Dimanche dernier l'apôtre Pierre exhortait les croyants à venir comme des enfants nouveaux-nés et à boire le lait de la Parole de Dieu. Aujourd'hui l'enseignement consiste à recevoir le pain de la vie. « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour... » Si nous demandons notre pain c'est afin que nos besoins fondamentaux soient pourvus, nous demandons aussi le pain de la parole de Dieu tout simplement parce que nous avons faim de ce que le monde ne peut pas donner. Et si nous avons soif de vérité, d'authenticité, de sens, nous nous tournerons vers le Christ qui a dit que celui qui croirait en lui, des sources abondantes couleraient en lui. Les supermarchés grouillent de monde, nous savons que ce n'est qu'exceptionnellement le cas dans les Eglises. Et pour nous qui sommes présents, nous sommes de ceux qui connaissent la faim et la soif de Dieu. Il y a un temps pour les tâches quotidiennes, pour les activités professionnelles, pour la cité, pour les médias. Le pain quotidien s'offre à nous par le Christ, par le Christ tel que le présentent les Ecritures. Le visage d'Ingrid Betancourt brille de la liberté à laquelle elle a été rendue, que notre vie brille de la lumière du Christ qui nous libère jour après jour. Que le quotidien donne le goût de la liberté, qu'il nous oriente vers cette aventure extraordinaire de Dieu vivant au milieu de nous, vivant en nous depuis que le Christ lui-même se donne à nous. C'est la vie abondante promise. Heureux sommes-nous de recevoir et de donner le Christ, le pain de la vie. Amen c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi. Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 6 Juillet 2008
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