La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Prédications 2007

Prédication : Hébreux 10 v 19 – 25


Hébreux 10 v 19 – 25

19 Ainsi donc, mes frères, nous avons une pleine liberté pour entrer dans le *lieu très-saint, grâce au sang du sacrifice de Jésus.
20 Il nous en a ouvert le chemin, un chemin nouveau et vivant à travers le rideau du sanctuaire[e], c'est-à-dire à travers son propre corps.
21 Ainsi, nous avons un *grand-prêtre éminent placé à la tête de la maison de Dieu.
22 Approchons-nous donc de Dieu avec un cœur droit, avec la pleine assurance que donne la foi, le cœur purifié de toute mauvaise conscience, et le corps lavé d'une eau pure.

23 Restons fermement attachés à l'espérance que nous reconnaissons comme vraie, car celui qui nous a fait les promesses est digne de confiance.
24 Et veillons les uns sur les autres pour nous encourager mutuellement à l'amour et à la pratique du bien.

25 Ne prenons pas, comme certains, l'habitude de délaisser nos réunions. Au contraire, encourageons-nous mutuellement, et cela d'autant plus que vous voyez se rapprocher le jour du Seigneur.
------------
Chers frères et soeurs
Ouvrir l’épître aux Hébreux, c’est, encore plus que par d’autres auteurs de la Bible, redécouvrir nos racines juives, rouvrir le contexte du culte israélite, des différents lieux du Temple, les gestes, attitudes et notions qu’il faut au croyant pour s’approcher de la divinité.
Nous retrouvons des thématiques qui ne plus que partiellement familières, telles : Le sacrifice, le sang versé, la séparation du profane et du sacré, les prêtres et les grands-prêtres, et la nécessité de la purification.
Dans l’extrait médité ce matin le chemin, traversant les notions et surmontant les difficultés, a été trouvé et parcouru. Les obstacles ont été levés, le croyant s’est approché de Dieu, il est invité à rester dans cette proximité. Il y est exhorté et je paraphrase l’auteur en disant : « Approchons-nous à présent avec un cœur droit, avec la pleine assurance, avec la pureté donnée par le pardon des péchés ».
La suite du chemin prôné contraste étrangement avec les notions de sacré, de lois, gestes et règlements, en effet on y perçoit un message tellement simple, il est l’écho d’un accomplissement, d’une libération : A présent ayez confiance, encouragez-vous les uns les autres dans l’amour, pratiquez le bien, restez des croyants pratiquants !
Nous n’entendons plus l’écho d’un cheminement délicat d’un lieu profane vers un lieu saint pour se tenir devant le lieu très-saint, mais l’écho de la tranquille assurance et persévérance en ce qui a été donné et accompli par le Christ.
Et maintenant que tout a été fait, que tout a été dit, que tout a été accompli, il s’agit de rester simplement attachés à cette espérance.
---
Notre volonté d’actualiser le passage pourrait nous faire nous pencher sur les notions et rites cultuels de l’Ancien Testament dans le dessein de les reprendre, de les expliquer à nouveau. Mais je vous propose d’utiliser ce temps de réflexion pour dire comment nos contemporains pourraient être invités à aller d’un lieu profane jusqu’au lieu très saint. Le parcours à proposer ne serait sans doute pas de les faire réfléchir à leur impureté ou à la notion de sacrifice, notions qui semblent le plus souvent très éloignées de leurs préoccupations. Par contre nous pouvons très bien réfléchir avec eux à la notion de bonheur et à la notion vérité. Christ a parcouru le Temple, y a enseigné, puis en sa mort le rideau séparant des lieux différents s’est déchiré si bien que pour nous la Gloire de Dieu est dans le monde. C’est ainsi que nous voudrions pouvoir cheminer du cœur des hommes, jusqu’au cœur de Dieu. Les faire cheminer de leurs vies et de leurs centres, jusqu’à la surprise de se retrouver, là, en face de Dieu. Le Christ a été chemin parmi les hommes et au sein du Temple. Et à présent interrogeons-nous ?
Quel sera le chemin, quelles seront les rencontres, lectures, fréquentations, actions qui nous mèneraient du plus superficiel au plus vrai ? Quel sera le chemin qui nous mènera d’une parodie de vie humaine à la véracité, beauté, mystère de la vie, à la vraie Vie ? 

Dans une société dans laquelle toutes les offres variées cohabitent, se juxtaposent, s’entrecroisent… peut-on penser s’approcher d’une vérité révélée ou faut-il se contenter d’une tolérance molle garantissant un peu la vie sociale ? Oui il y a bien un chemin à parcourir.

Quelles seront les lieux, les personnes, les processus, les itinéraires qui permettront de croire que l’homme n’est pas qu’un fétu de paille livré à la consommation et aux exigences des économies ?

Comment être croyants et se mettre hors de portée d’un délire religieux, de l’illusion religieuse, des fantasmes ou des intégrismes ? Y a-t-il un chemin ?

Qu’est-ce que l’homme ? est une question éternelle dont que le Christ est le chemin.


Nous pouvons réfléchir avec nos contemporains à la notion de bonheur et de vérité, parcourir les lieux les plus importants de notre histoire, de nos réflexions, de notre société…
Oui le Christ a traversé le parvis du Temple, il est entré dans le lieu saint, puis dans le lieu très saint. Désormais le Christ incarne cette porte, cet accès, cette proximité de Dieu. Désormais, et c’est déjà un clin d’œil aux admirables récits de nativité que nous allons écouter au long des semaines à venir, Dieu se rencontre au détour des routes, aux carrefours des villes, sur Internet et lors de toutes les grèves et cohues. Dieu est parmi nous, totalement parmi nous, l’homme peut Le rencontrer absolument partout et en chacun. Et c’est déjà le message de Noël :
Le Christ a été totalement vrai, simplement vrai, constamment vrai. C’est ainsi que nous le rencontrons et c’est en étant à notre tour totalement vrais, simplement vrais, constamment vrais que nous en témoignons, que nous indiquons le chemin.
La vérité, la sainteté, la vie s’offre à nous quand nous acceptons des formes de dépouillement, de solidarité. Nous les rencontrons quand, en plus de l’héritage des siècles, des bâtiments et même des réformateurs, nous acceptons à nouveau de rencontrer chacun les mains ouvertes, avec nos propres mains de pauvres, avec des mains de chercheurs de Dieu, des mains de demandeurs d’infini, d’assoiffés d’absolus.
C’est en un dépouillement extrême que le Christ est venu vers nous et c’est de cette vérité même dont nous avons à témoigner. Peu importe l’âge, la condition sociale, le passé. Peu importe le continent sur lequel l’homme est né, peu importe les peurs, échecs, culpabilités que l’on traine, peu importe que les études aient été longues ou courtes…

chacun est invité à ce que la main ouverte, pauvre et nue, se donne dans la chaleur de la vérité,
qu’elle se pose avec la douceur de la fraternité,
qu’elle enlace et protège avec la force et l’imagination de l’amour.

Cette main-là va jusque dans le lieu très saint, elle place le ciel sur la terre, elle rouvre les enfers et permet toutes les guérisons. C’est là le culte qui plaît à Dieu.

Le Christ a su parcourir la Palestine et les lieux les plus saints pour que nous soient affirmés que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, qu’en toute chose le croyant est placé devant celui qui est son Dieu, et de l’homme qui, en Christ, est son frère.
Quelle révolution ! La répercussion de ces paroles reste immense. L’auteur de l’épître aux hébreux l’a exprimé en une vérité certes insurpassable, et c’est bien un choc pour qui a consacré sa vie à rester pur par des rituels d’entendre dire que tout cela est désormais inutile.
C’est aussi un choc pour nous d’être replacés devant cet absolu d’amour de Dieu et d’amour du prochain. Et même si nous faisions demi-tour, même si nous quittions cette Eglise en courant ! Il est désormais au coin de chaque rue, dans le regard de tout être humain, de celui qui souffre tout comme celui qui travaille, de celui qui peine et de celui qui cherche. Il est là au cœur de nos vies, au détour de nos vies, dans les recoins les plus cachés de nos vies. Tout est ouvert, tout est parcouru.
Les destinataires de l’épître sont invités à cette confiance, à la persévérance, à conserver cette tranquille assurance. Nous sommes avec eux invités à être en paix ayant accepté d’être rejoints par ce Christ. Devant nous ce n’est plus la fuite évoquée plus haut mais l’approfondissement de la hauteur, la largeur et la profondeur de l’amour de Dieu. Et désormais croisant les personnes selon les lieux et les circonstances, en tout homme nous ne verrons pas seulement le faisceau d’éléments de son histoire, de son caractère, mais ce qu’il est appelé à être étant appelé, saisi, entraîné par la Grâce comme nous le sommes nous-mêmes.
Quand le Christ est entré dans le lieu saint ce n’est pas seulement un rideau qui est tombé mais le souffle de Dieu qui parcourt le monde et qui fait s’exclamer l’apôtre Paul : « l’amour du Christ me presse ».

Frères et soeurs,
nous irons du profane au sacré, nous accepterons de lire le sacré dans le profane, nous accepterons qu’il n’y a plus d’endroit sans Dieu, et nous donnerons à tout homme la même fraternité que nous avons nous-mêmes reçus.
Que la vie abondante soit en chacun de nous. Amen.


Rédigé par Bruno Holcroft le Samedi 8 Décembre 2007
Lu 1910 fois