Chers frères et soeurs
la question abordée est celle de la diversité des membres de l'Eglise, mais il s'agit surtout de la nécessité de vivre ensemble. L'apôtre Paul s'inspire d'un exemple que nous connaissons tous il prend le corps en exemple pour illustrer la nécessité d'une articulation belle, logique et saine de toutes les différences.
Quand Paul écrit nous sommes au début du christianisme il s'adresse aux habitants de la ville de Corinthe. Redécouvrons brièvement quelles étaient les réalités corinthiennes.
Corinthe ! Une ville portuaire, autrement dit un lieu qui correspondait à un brassage de personnes de conditions différentes. Un port, par définition, ce n'est pas l'arrière-pays, c'est l'ouverture sur la mer, sur tout ce qui peut en venir. Un port... un carrefour de personnes, de marchandises, d'idées politiques, de philosophie, de religions. De la ville de Marseille nous disons qu'elle est cosmopolite et tournée sur toutes les cultures du bassin méditerranéen, approchons ainsi de la ville de Corinthe, et entendons le brouhaha de la ville, les interpellations, le grouillement d'activités, les foules bigarrées. Souvenons-nous que les grandes villes et les cohues portuaires existaient déjà.
Dans le domaine de la religion nous nous intéresserons à ce groupe qui se réunit encore modestement dans quelques grandes demeures ou en plein air, des juifs, des anciens païens, des personnes cultivées mais aussi des gens de condition modeste. Elles se réunissent dans le cadre d'un culte, autour de ce Jésus annoncé par Paul. Tous ont entendu le message de la résurrection des morts, tous veulent lier leur vie à ce Jésus. Ils sont étrangers les uns aux autres et se trouvent placés devant le défi d'être une entité commune, ils vont être ensemble une Eglise.
Comment faire pour que tout « ça » tienne ensemble ? Comment faire pour que ces centaines de personnes forment un tout cohérent, bien ordonné, apportant un témoignage digne de l'Evangile ? Paul ne veut pas seulement un déroulement calme des assemblées, il pense au témoignage, à la réputation de l'Eglise dans la ville. Il ne faut pas vivre comme les païens ! Comment la foi parviendra-t-elle à résister à ces différences de cultures, de milieux, de manière de penser et de s'organiser. Qui aura autorité, qui sera chef, sous-chef ou serviteur dans un contexte de fraternité. Tout est à inventer et il faut lutter contre bien des difficultés. Epoque formidable, époque redoutable !
Parmi les forces de dislocation de cette jeune communauté, les tenants de la religion israélite car les premières rencontres avaient eu lieu dans des synagogues et puis Jésus n'était-il pas juif ? Eux sont tentés de résister à cette « ouverture » vers les autres et leur combat les mènera à demander à ce que tous ceux qui veulent faire partie de l'Eglise soient circoncis et qu'ils respectent les lois de Moïse. La fidélité, la sainteté, l'ordre c'est le maintien des traditions !
Nous savons par l'histoire, par le livre des Actes des Apôtres, que la discussion a été longue et dure, mais l'avis de Paul va l'emporter : pas de circoncision pour les nouveaux convertis et fort peu de lois de Moïse seront conservées. Ce que nous disons ici par quelques mots, d'un trait de plume, a été une longue et difficile conversion qui a déchaîné les passions. Paul se sert de l'image du corps pour appeler à la cohérence et à l'ordre.
La question nous rejoint - non pour discuter de la circoncision ou des lois de Moïse - mais pour voir évoluer l'Eglise, pour donner une place à de nouvelles personnes ou à des nouveaux arrivants. Nous n'avons pas parmi nous des judéo-chrétiens et nombre d'entre nous ont pour ancêtres des Niederbronnois et sont protestants de génération en génération. Mais ce n'est pas vrai de tous.
Mais pour nous le grand défi est tout autre. Le défi ce n'est pas que des gens d'ailleurs s'installent chez nous, ils ne sont pas si nombreux, mais l'étranger qui arrive, qui vit parmi nous, qui remet tout en question, c'est le monde lui-même qui s'invite comme étranger. Autrefois le monde était chrétien, les valeurs étaient chrétiennes, les rythmes et les traditions étaient chrétiens, mais à présent ce monde est de moins en moins marqué par le christianisme, il change tellement et tellement vite que nous vivons progressivement en un contexte « étranger ». Cet étranger-là nous entoure et nous traverse de toute part. C'est une simple allusion à la mondialisation, aux mutations de l'industrie, à l'évolution de la société, de ses rythmes, de ses moeurs, etc.
Devant ce monde étrange l'enseignement de ce jour est d'une fraîcheur bienfaisante. En fait nous sommes plus proches de cette première assemblée corinthienne que nous le pensons. Si nous sommes à la fin d'une époque nous sommes aussi au début d'une autre. L'apôtre Paul rappelle le bon sens : Le corps trouvera son articulation, personne n'est le corps à lui tout seul, mais veillez surtout à la tête. C'est ce Christ, ce message de Paul, c'est lui la tête, c'est lui qui doit décider de tout le reste.
Former un corps ce n'est pas se supporter les uns les autres, c'est être vivifié les uns par les autres. Mais il faut que la tête soit le Christ et ce ne sont pas là des mots. Nos cultes, rencontres, activités ne visent pas à assurer la pérennité d'un groupe ou d'un passé, mais vise à servir Jésus-Christ. C'est tout autre chose.
Etre un corps, c'est être un corps vivant. Le but du corps est de bouger, de se déplacer, de travailler, de se pencher ou de se dresser, de digérer, de se tendre ou de se reposer, mais c'est la tête qui dit – quand on a la santé – ce que va faire le corps.
Il faut que le corps interroge la tête ! Cela signifie - quels que soient les mots utilisés pour le dire - que nous menions un dialogue intérieur avec le Christ et que nous menions aussi un dialogue avec notre frère ou soeur dans la foi, car lui aussi poursuit son cheminement de vérité avec le Christ. Et le cheminement avec le Christ ne peut se faire qu'en travaillant les Ecritures, en lisant la Bible, en écoutant ce que l'Esprit nous dit.
Aucun de nous ne possède Dieu, le pasteur non plus, mais chacun cherche le sens, ce qui est judicieux, ce qui est fraternel, ce qui est prudent comme ce qui est audacieux, dans ce dialogue intérieur comme ce dialogue extérieur avec le frère.
Reste un mot pour souligner l'actualité de ce passage avec les crises que traverse le monde en ce moment. L'individualisme s'est beaucoup développé ces dernières décennies. Bon gré, mal gré, nous avons pris l'habitude de penser les réalités de nos vies et de nos métiers comme des réalités indépendantes. « Mon profit personnel », « ma liberté », « mon temps libre », « mon corps », « mes droits » et « mes jouissances » Etc. Et le capitalisme qui s'est développé a prôné les réussites et les bénéfices qui ne tiennent compte ni des hommes ni de l'importance du lien social. Les employés, ouvriers comme cadres, ont plutôt été considérés comme des pions, des outils à faire gagner de l'argent et les autres réalités sociales ont été minorées.
Penser la ville, la région, la France ou le monde comme un corps est un concept qui a regagné en pertinence car cette image résiste à l'écartellement et aux tensions.
L'Eglise est un corps, sans doute devons-nous reconnaître que la vie commune au sein des assemblées des croyants est toujours une difficulté, la réussite n'est jamais totale. Mais la réalité à vivre est à notre portée.
Nous ne dirons pas « chacun pour soi ». Nous ne dirons pas davantage « chacun son point de vue » et encore moins « Mon point de vue est la vérité ». Nous voulons vivre ensemble la foi, porter la détresse des uns et des autres, travailler au royaume que Jésus a inauguré.
Nous prendrons la Sainte Cène ensemble, en un même corps et nous continuerons à vivre cette fraternité affirmée ici tout au long de la semaine. Amen ?
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.