La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

2010 Prédications

Prédication : Combattre au nom de Dieu ?

Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains
Romains 9 v 1-8;14-16


Prédication du 8 août 2010


Chers frères et soeurs


L'idée de départ est fort ancienne, la Bible témoigne comment l'Eternel, le Seigneur Dieu, aurait un peuple à lui, se tiendrait au milieu de lui, interviendrait pour lui donner sécurité et bonheur, et le peuple quant à lui, s'attacherait de tout son coeur à vivre selon ses préceptes et ses commandements. La Bible nous présente ainsi l'alliance instituée entre le Seigneur et son peuple, alliance qui est solennellement rappelée chaque année. Cette alliance va traverser les siècles, elle sera rappelée par les prophètes et parfois réintroduite par des rois. De tous les peuples de la terre, le peuple d'Israël est élu, aimé de Dieu et les deux se tiennent au sein de la fidélité d'une alliance.


Puis les siècles ont passé, le peuple a, certes, fait l'expérience de l'alliance mais aussi l'expérience de l'exil à Babylone où plus récemment l'expérience de la Shoah. Les siècles passant c'est aussi le christianisme qui est venu et qui se veut de portée universelle. Pour lui, s'il y a bien un peuple élu, il y a aussi cette nouvelle alliance fondée par Jésus, et tout individu, toute nation, toute l'humanité est appelée à entrer dans le cadre de cette alliance. Bonheur et sécurité ? Oui dans le cadre de cette nouvelle alliance.


Pourtant l'idée ancienne qu'une nation puisse être liée à un Dieu, et que ce Dieu accorde protection et même victoire, est une idée restée très répandue.
L'histoire rappelle que beaucoup de nations ont le sentiment d'être uniques et elles ont non seulement une volonté de bonheur, mais aussi la conviction que leur destinée consiste à dominer les nations voisines... Si de plus on pouvait y associer la religion, il y aurait là la célèbre alliance du sceptre, du sabre et du goupillon. L'alliance du roi, de l'armée et de la religion ! Pour nous le roi ténébreux – en non le roi soleil - , Louis XIV, en est le parfait exemple. Un roi, une loi, une foi. Malheur à tous les autres !
Dans l'histoire récente nous assistons avec effroi aux massacres perpétrés quand les nations portées par une volonté politique, armées pour faire la guerre, sont soutenues par une idéologie religieuse. Les chocs sont terribles, c'est « jusqu'à la mort » qu'on se bat tant l'absolu est évident, tant l'évidence est palpable, Dieu est avec l'un des participants et donc contre les autres.


Ce thème, le Seigneur et son peuple, n'est pas facile car il suscite en nous des sentiments mitigés.
Il faut bien reconnaître que les convictions religieuses sont parfois des convictions guerrières. Avec quelle armée Dieu sera-t-il ? « Gott mit uns » affichaient les uns, d'autres avaient des valeurs, des ambitions, des principes, des intérêts qui les menaient tout aussi raidement. Le malheur est sur nous quand les religions tiennent un langage guerrier.


Avant-hier, à Reichshoffen, nous avons fêté l'anniversaire de la bataille de 1870, bataille de Woerth- Froeschwiller - Reichshoffen. Ce fut une cérémonie riche en évocations, en animation, suivies d'un film et d'une conférence. Quelle chance pour nous de vivre à notre époque où l'amitié franco-allemande s'est concrétisée, quelle chance de pouvoir vivre les progrès pacifiques de l'Union Européenne.
Nul ne revendique que c'est au nom de Dieu et c'est parfois mieux ainsi tant les passions religieuses sont dangereuses, tant elles peuvent rendre sourds et aveugles. Ce sont les passions qui rendent sourds et aveugles, pas la foi ou la religion. La raison doit toujours être présente car les passions sont toujours tourmentées.
Nous avons l'expérience de l'amitié franco-allemande, et très fortement Dieu est entré dans la sphère de la vie privée. Cela semble, au moins pour un temps, donner plus de stabilité, et suscite bien moins de passions. Placer Dieu et le peuple en avant a correspondu à un déchaînement de violence. D'autres idéologies ont également voulu absorber tous les destins individuels dans la cause d'une nation ou d'une idéologie. Pour le peuple, pour la classe sociale, pour une idéologie ou une autre, l'individu devait s'oublier et donner jusqu'à sa vie. Nous nous sommes dits collectivement qu'il valait mieux laisser Dieu dans la sphère du privé, c'est moins risqué.


Notre histoire franco-allemande nous permet de croire que les conflits ne sont pas éternels et que nous pouvons passer d'une notion d'ennemi héréditaire à une notion d'amitiés et d'intérêts réciproques. Le chemin menant à cette entente nous l'avons trouvé par la construction européenne, aux autres pays de trouver le chemin menant à des intérêts réciproques bien compris.
Ce ne sont pas seulement des questions dialectiques... il y a là tant de souffrances qu'il faut s'incliner devant eux comme nous nous inclinons devant les monuments aux morts.
Jésus dit : « Heureux ceux qui sont des artisans de paix, ils seront appelés 'fils de Dieu'  ».


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Si Dieu est entré dans la sphère de la vie privée cela pose néanmoins des problèmes.
A faire reculer la notion de peuple, recule aussi la notion de destin commun, la volonté de vivre ensemble, la notion d'intérêts communs, l'intérêt pour ce qui est publique et politique.
L'une des tendances de la société est un morcellement sans doute excessif menant à un individualisme trop fort.
Vous souvenez-vous de Mimisiku ? Le film « un indien dans la ville » avec Mioumiou et Thierry L'hermite ? Le chant accompagnant le film est bien évocateur de cette mentalité


Chacun sa route
Chacun son chemin
Chacun son rêve
Chacun son destin

Passe le message à ton voisin...


Un très beau film, vraiment, mais permettez-moi de pointer ce qui est dit du chemin individuel de chacun. L'individu et le bonheur individuel sont au coeur de ce qui nous est cher. Mais cette notion ne doit pas mener à une solitude de plus en plus grande. D'autres réalités sont de premières importances, ce sont ces réseaux qui donnent un sens à la vie. Robinson Crusoé était parfaitement seul, mais la solitude lui pesait terriblement. On peut parfaitement imaginer quelqu'un d'essentiellement préoccupé de l'entretien de sa maison ou de son jardin... on peut aussi imaginer quelques individus dont la seule parole est échangée avec le boucher ou le boulanger... on peut imaginer d'autres parfaitement seuls devant une télévision... d'autres encore sont entourés d'ordinateurs, de méls, de machines complexes... mais pas un ami !
Tel autre n'aura en vue que sa carrière professionnelle, l'argent qu'il gagne et ce qu'il peut s'offrir. Et ainsi de suite.
La place centrale de l'individu ne doit pas correspondre à une solitude, ni à une absence de sens.
Heureusement la société développe une réponse à cette solitude.
La France est le pays qui a le record du nombre d'associations par habitants. Jean-François LAMOUR
Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative annonçait dans un courrier récent qu'il y avait en France 1 million d'associations et 13 millions de bénévoles !


Cela me semble dire suffisamment clairement que la France n'est pas simplement habité d'un individualisme fort, mais aussi de générosités, de militances, du désir d'aider, du plaisir de se rencontrer.
« Le Seigneur et son peuple » … le thème interroge aussi les croyants, les pratiquants que nous sommes. Entre les immenses intérêts nationaux, la solitude, le matérialisme, le consumérisme et la vie associative, quelle est la place pour une espérance commune ? Quel est aujourd'hui le rôle de l'Église et de la foi ? L'Église est constituée d'individus, mais forme aussi une communauté. La visée du christianisme est bien que chacun bénéficie de l'aide et de la lumière de Dieu.
Je terminerai donc par cette question : Quel est le rôle d'une paroisse dans une petite ville comme la nôtre ? L'idéal religieux, les convictions d'amour et de respect et tout ce que nous vivons d'intime, d'intérieur et de fort... comment tout cela rejoint-il une communauté ?
Il n'est pas facile de répondre, mais nous pouvons dire que nous sommes sur ce chemin et que l'espérance englobe tous les aspects de la vie. Puisse le salut atteindre le monde entier.


Frères et soeurs, vivrons-nous ainsi ?
Amen c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.








Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 18 Août 2010
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