Chers frères et soeurs
nous approchons de Pâques nous approchons du moment le plus redoutable, le moment de la mort du Christ.
Cet extrait difficile nous dit tout d'abord que le Christ a vraiment été un homme. Les versets nous décrivent le Christ en proie aux plus grandes angoisses, livré à la prière qui cherche le secours ultime en Dieu. Devant la perspective de la souffrance, de l'humiliation, de la torture et de la mort, Jésus résiste avec des cris et de larmes. Nous aussi nous cherchons à éviter deuils et souffrances et quand nous sommes touchés nous en sommes profondément meurtris.
Dans cet extrait si dramatique nous comprenons que la religion consiste en bien plus qu'une morale à la petite semaine, bien plus que de se sentir un peu mieux, bien plus que d'avoir de relatives sages habitudes.
La religion consiste à se poser les questions les plus importantes, telles que le mal et la souffrance.
La religion aborde l'injuste et le juste, la loi et la grâce, le bien commun et le bien individuel, la foi collective et la foi personnelle. Elle affirme le sens premier et donne le sens ultime.
La religion aborde les questions des rejets, de l'impur, de la violence, des tabous.
La religion aborde la réalité du péché, du pardon, de la maladie, de la fidélité, du fondement de toute existence.
La religion aborde les questions des fautes, de la fraternité, de l'espérance, du bonheur et de la liberté.
On a parfois dit que les seuls témoins qui méritaient d'être écoutés étaient ceux qui étaient prêts à mourir pour ce qu'ils avaient vu et entendu. Ici, sont croyants, ceux qui, d'une certaine manière, ont accepté d'aller au fond de la situation humaine, au fond de la détresse, au fond des questions fondamentales, difficiles, parfois insupportables et qui en sont revenus avec une lumière.
Le Christ était vraiment homme, il a prié, il a été exaucé et vient à présent une notion qui nous semble aussi difficile que l'évocation de la mort du juste. C'est l'évocation de l'obéissance. Le Christ a été exaucé, il pouvait se relever, comme il aurait pu à tout moment du procès ou de la torture se soustraire à ses bourreaux. Pourtant il ne l'a pas fait. Cela nous interroge nous qui avons chaque dimanche le Christ attaché à la croix sous les yeux.
Il pouvait sauver sa vie, à tout instant ! Pourtant il n'a pas recouru au salut par un demi-tour. Faire demi-tour c'est laisser inaccompli ce pourquoi il était venu. Faire demi-tour c'était renoncer à aimer au point de donner sa vie.
Si nous relisons les Evangiles nous constaterons que le procès, la souffrance et la mort du Christ sont toujours longuement racontés. Plusieurs chapitres y sont consacrés et pour ceux qui sont encore plus aguerris aux Ecritures saintes, rappelons que chaque Evangile est construit pour nous amener à cet événement central. Le Christ va mourir pour nos péchés.
Aujourd'hui le désir de bonheur est tellement fort et naturel qu'on ne comprend guère que quelqu'un puisse choisir de donner sa vie. Pourtant quand je tente de l'expliquer aux catéchumènes, je leur rappelle l'existence, par exemple, des cimetières militaires. Nombre de français, nombre d'Américains, nombre d'étrangers ont jugé que la cause qu'ils défendaient, la détresse que nous vivions, méritaient même le sacrifice suprême.
Jésus a été exaucé, il aurait pu sauver sa vie, il aurait pu arrêter la machine qui allait le broyer mais notre vie lui tenait suffisamment à coeur pour continuer malgré tout. Il a estimé notre vie suffisamment importante, notre détresse et nos liens tellement sévères qu'il tint plus que tout à nous secourir. Nous allons vers Pâques et nous approfondirons la question mais à présent voyons aussi dans quelle mesure nous aussi sommes appelés à l'obéissance.
Commençons par dire qu'aucun d'entre nous n'a à se sacrifier, le Christ l'a fait et nous n'avons rien à ajouter à cela. Le Christ a participé aux noces de Cana, il est allé en tout lieux, il a fréquenté maintes personnes. A son exemple nous aimerons la vie et l'humanité, par contre nous sommes tous engagés en une vie qui est un combat et en bien des moments nous pouvons être tentés de reculer.
Une nouvelle fois affirmons que nous avons parfaitement le droit d'aimer la vie, et je cite en vrac le travail comme les vacances, le sport comme la musique, la nature comme les sciences, etc.
Cependant un chrétien est toujours interrogé quand au sens de sa vie, à la place qu'il laisse à la vérité, à la proximité qu'il veut avoir avec tout être humain. Un chrétien ne sera jamais tout à fait de ce monde car le monde, dans une perspective biblique, est le lieu du péché, c'est le lieu où l'on crucifie le Christ.
Le Christ a appris l'obéissance, autrement dit, librement, il a choisi de continuer sa mission. De même nous ne sommes pas seuls dans ce monde, et nous ne sommes pas vraiment le centre de notre vie, mais c'est notre mission, notre destin qui nous tracent un chemin. Dieu merci ce que Jésus appelle la « vie éternelle» consiste en bien plus qu'à boire, manger, s'amuser ou se prémunir de quelques dangers. « La vie éternelle » consiste à aller un chemin qui nous entraîne toujours plus loi, plus haut, plus profond. Autrement dit, le chrétien ne ressemble pas du tout à ces vedettes de la télévision qui parlent d'elles-mêmes à longueur de temps. Le chrétien est rempli du dessein à accomplir et c'est cette conscience de l'importance de toute vie qui lui dicte souvent clairement ce qu'il doit refuser et ce qu'il doit accepter.
Bien entendu nous n'aimons pas la souffrance, nous ne recherchons pas la souffrance, mais nous cherchons à vivre en étant animés de ce que le Christ nous enseigne. Cet enseignement nous mènera forcément à le suivre. Une phrase - un peu trop célèbre - rappelle que l'on ne peut pas suivre le Christ sans porter une croix.
Obéir ce n'est pas se taire et suivre quelque diktat. Obéir c'est continuer à choisir, jour après jour, à ne pas baisser abaisser la vigueur de la flamme qui nous éclaire, ne pas baisser dans l'idéal qui nous inspire, ne pas s'asseoir et se laisser porter par le prêt à penser de la société, mais à poursuivre ce chemin qui monte, ce chemin de générosité et d'altruisme qui peuvent sauver le monde.
Nous avons relu en allemand l'histoire d'Abraham acceptant l'inacceptable et même la perspective de perdre ce qui lui était le plus cher, son fils, ne le fit pas reculer. Heureusement Dieu arrêta son geste. Nous n'avons rien à sacrifier mais à vivre de la vérité, car ce n'est plus vivre que de cesser de suivre la vérité, dès lors qu'on la connue.
Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée voulaient avoir des places d'honneur dès lors que le Christ serait sur son trône... Mais le fils de l'homme est venu pour servir et non pour être servi et tous ceux qui le suivront seront animés de cet esprit de service !
Pour nous nous réjouirons du salut que nous avons trouvé en Christ et si l'Esprit-Saint nous pousse à aller plus loin, à continuer, à monter encore, à approfondir toujours, c'est avec reconnaissance que nous laisserons le travail de Dieu se faire en nous car d'une manière ou d'une autre, c'est du salut dont il est question.
Frères et soeurs vivrons-nous ainsi ?
Amen, c'est vrai nous le croyons et voulons vivre ainsi.