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2011 : Toutes les prédications

Pâques ou ressusciter aujourd'hui

Matthieu 28 v 1 - 10
Une prédication du pasteur Bruno Holcroft dans la paroisse de Niederbronn les Bains


Prédication de Pâques

 
Chers frères et sœurs, vendredi nous nous étions au cœur de la semaine sainte, nous vivions tour à tour le jeudi de communion, le vendredi tragique, le samedi et sa chape de plomb, pour terminer par le dimanche de la résurrection. A l’image du Christ nous sommes appelés à vivre ces temps tout en y recevant la grâce, la présence et l’aide de Dieu.
 
En ce dimanche de Pâques, nous voulons à nouveau nous identifier, nous projeter dans l’histoire. Nous aussi, pouvons-nous en quelque sorte « ressusciter ? »
 
Au sens propre, il n’y a que le Christ qui soit ressuscité et l’expérience de la résurrection se fera au dernier jour, au signal donné.
Vivre la résurrection n’est cependant pas hors de notre portée. Nous allons en donner des exemples.
 
Il s’agit de se reconstruire après avoir été traumatisé. Littéralement, ressusciter signifie « se relever ». Le Christ est ressuscité, c'est-à-dire qu’il s’est relevé…
Pour nous cela signifie qu’après avoir été jeté à terre, après avoir été terrassé, après avoir sans doute été humilié, nié, méprisé, quelqu’un parvient tout de même à se relever.
 
Quand un couple divorce, c’est souvent redoutablement conflictuel. La haine est si proche de l’amour… et on assiste à la destruction systématique de ce qui avait été construit auparavant. Les gens du dehors gardent une certaine prudence, une retenue, mais dans les faits c’est souvent l’un qui abandonne l’autre. Celui qui a été rejeté doit se reconstruire, se relever. Plus on avait idéalisé l’amour et l’union, plus le gouffre est grand. Mais on peut se reconstruire, l’avenir n’est pas écrit comme devant être une vie se déroulant désormais au troisième sous-sol.
 
Quand quelqu’un perd son emploi, quand l’entreprise licencie, c’est particulièrement destructeur aussi. Dans notre région nous avons quantité d’ouvriers et techniciens qui ont travaillé durant de longues années pour un même employeur. Aussi, quand on annonce le licenciement, ou la fin de l’entreprise, c’est un monde qui s’écroule. Intérieurement aussi le monde s’écroule. On est à terre, il faudra du temps pour se relever mais on peut se relever.
 
Quand on perd la santé, c’est un autre monde qui s’écroule. C’est l’expérience de la douleur, l’expérience de la solitude, la perte de sens, de la faiblesse, parfois de la dépendance. Que vaut ma vie quand je ne peux plus participer comme avant à tout ce qu’offre la vie ? Malade, je suis effectivement couché, à terre, incapable de me relever. Mais nous avons aussi à découvrir que si certaines capacités nous sont retirées, d’autres nous sont données.
 
Vous pouvez prolonger la liste, songer aux enfants, à la vieillesse, à tant de formes de détresses. Parfois ce sont des secteurs entiers qui sont sinistrés, ce sont parfois des pays, ce sont parfois des histoires familiales qui laissent derrière elles de longs sillons de souffrance qui résonnent comme une malédiction.
Comment se relever quand on a fait de la prison, comment se relever quand on a complètement raté ses études, comment se relever quand nous nous sommes fâchés avec toute la famille ? Etc.
 
La religion n’apporte son aide que si elle atteint la dimension d’une foi personnelle. « Je suis connu » «  Je suis aimé » « Je suis digne d’être aimé » « Le Christ me regarde et son regard me relève ». « Ne nous soumets pas à la tentation ma délivre-nous du mal ».
Les femmes qui étaient allées au tombeau avaient besoin de se reconstruire. A vrai dire, pour le moment, elles sont complètement dans leur deuil, respectons-les. Elles vont au cimetière, elles sont au cimetière et ne s’attendent à rien. Mais vient le tremblement de terre… la pierre est roulée… c’est la peur…
« N’ayez pas peur ! »Mais il vous fixe un rendez-vous plus loin, en Galilée. Et c’est pareil pour les disciples, l’ange leur indique qu’ils ont un rendez-vous à honorer.
« Rendez-vous ». Cela signifie baisser les armes.
« Rendez-vous » signifie aussi : il faut vous déplacer,il faut marcher, il faut parcourir une distance pour aller à un lieu de vie.
 
Quand nous avons à guérir de nos traumatismes, nous avons, nous aussi, à baisser les armes : oui c’est arrivé, non nous ne raconterons pas d’histoire. Ce qui est arrivé l’est bel et bien.
Et puis il faut se déplacer. Les femmes et les disciples se rendent en Galilée, le « département » au Nord du pays. Quand nous avons subi un traumatisme il faut là encore se déplacer. Regarder l’histoire sous un autre angle, en prendre des distances, s’entourer d’un autre contexte. Au cimetière on ne raconte que des histoires de cimetières, à l’hôpital on ne raconte que des cas, des opérations, et des difficultés. On ne guérit pas en ressassant mais en se rendant dans un lieu dans lequel on entend et l’on voit autre chose. Il faut un temps durant lequel on dit le malheur qui nous atteint, mais ensuite vient l’inattendu, la vie reprend, la vie nous oriente non vers un oubli, mais vers un autre lieu. C’est le début de la guérison.
 
Rendez-vous…Le passé doit devenir un passé, et non rester au présent.
Rendez-vous… C’est répondre à une demande.Prenons rendez-vous. Le rendez-vous c’est un face à face, c’est l’intime, c’est la réflexion personnelle.
 
Quand nous allons à l’église, quand nous allons au culte, c’est un rendez-vous, un rendez-vous collectif. A partir de ce récit on pourrait tenter de dire ce qu’est l’Eglise. Ce sont ceux qui répondent à cette exhortation, à cette demande de rendez-vous. L’Eglise est le lieu où se réunissent ceux qui se relèvent, ceux qui guérissent de leurs blessures, ceux qui ne confondent pas bonté avec la faiblesse.
Et quoi de plus naturel, de plus ardent ? Puisque j’ai appris à me relever, puisque j’ai été aidé, mon vœu le plus cher est de continuer à rester debout et à inviter – tout à ma joie – les gens autour de moi à se relever, eux aussi.
 
La résurrection, le salut, ce n’est pas seulement la résilience, c’est mettre tout son être au profit de ce que le Christ est, de ce qu’il donne.
Ce qui nous atteint, c’est le salut, un salut qui s’étend au passé, qui ouvre nos yeux et permet de devenir fraternel. Heureux tous ceux qui vont ainsi, de rendez-vous en rendez-vous, se laisser convertir, guérir, conduire par le ressuscité.
 
Frères et sœurs, voulons-nous vivre ainsi ?
Amen c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.
 

Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 14 Juillet 2011
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