La vie de la paroisse de Niederbronn-les-Bains & Les informations régionales protestantes

Toutes les prédications de 2011

Nous vivons une crise de toute parole

"Que ton « oui » soit « oui », que ton « non » soit « non » !"
(2 Corinthiens 1/12-22)


Chers frères et sœurs,

l’apôtre Paul est un personnage au caractère entier. « Oui » c’est « oui », « non » c’est « non ». Aujourd’hui l’on dirait de Paul qu’il est droit dans ses bottes. « Un homme ne doit avoir qu’une seule parole ! » disions-nous dans le passé. Etre ce que l’on dit et dire ce que l’on fait. Idéalement il faudrait qu’il n’y ait pas le moindre décalage !
Nous sommes en Grèce au début de l’histoire de l’Eglise, certains jeunes chrétiens de la ville de Corinthe doutaient de Paul. Celui-ci, continuant sa tournée missionnaire, avait promis de revenir en personne, les circonstances ont fait qu’il ne put pas revenir comme il l’avait promis. Cela semble bien faible comme polémique pour ouvrir une crise, mais pour Paul et surtout pour ses adversaires, ils  voyaient là une brèche qui pouvait venir contaminer le tout. « Paul n’est pas fiable, Paul dit et ne fait pas. Paul affirme mais ne craint pas de se contredire ». Comment croire un homme quand il parle de Dieu et n’arrive même pas à venir comme il l’avait promis ?
La bataille était certainement plus rude qu’il nous en semble de loin. C’est dans cette épitre qu’il va justifier sa propre fidélité en rappelant que pour Dieu, pour le ministère, il avait vécu bien des détresses. Par les angoisses, les coups, les prisons, les émeutes, les fatigues…
Cinq fois fouettés, trois fois flagellé, une fois lapidé, trois fois il a fait naufrage… etc.
Paul ne supporte pas que l’on mette en doute son entier dévouement, son intégrité, son apostolicité.
Paul ne parle pas, il apporte la parole de Dieu, le pur évangile. La question n’est pas d’être pour Paul, il s’agit de la pureté, du crédit à apporter à ses dires, l’enjeu est tout simplement la vérité.

« Que votre oui soit oui »
Moïse, autrefois, comme tant de prophètes avant lui, avait dit au peuple de choisir : Arrêtez de faire comme s’il y avait plusieurs Dieux, si c’est l’Eternel qui est Dieu, servez-le ! Ne clochez pas des deux côtés, résolument, servez ce seul vrai Dieu.
Jésus dira une parole dans ce sens, l’homme doit être tout entier dans sa parole et que par conséquent il est inutile de jurer. « Quand vous parlez, dites « Oui » ou « Non ». Tout le reste vient du malin ».
Quand l’apôtre Jacques exhortait les chrétiens à la patience et à la persévérance, il reprit lui aussi cette parole de Jésus. Ne faites pas de grand serments visant à amplifier la crédibilité de votre choix, à donner confiance à celui qui vous écoute. Ne jurez ni par le ciel ni par quelque réalité que ce soit.
Que votre « oui » soit « oui », et votre « non », « non ». Cela suffit. Il faut que l’homme soit tout entier dans sa parole.

La parole…, ce ne sont pas que des mots, c’est plus qu’un langage, les notions qui habitent la parole sont l'engagement, la fidélité, la confiance, la durée, la pérennité, la vérité, la réalité, la crédibilité. Pour qu'une parole soit humaine, il faut qu'elle soit crue et tenue, à l'égard de celui qui la prononce comme vis-à-vis de l'auditeur.

Aujourd’hui nous vivons une crise de toute parole : parole orale, écrite, électronique, audiovisuelle. Plus personne ne croit quiconque, surtout quand celui qui parle exerce quelque fonction publique. C’est une crise de la parole, c’est la crise de la confiance. En France, en Europe, dans tant de pays du monde, quand ceux qui ont un pouvoir ne disent pas ce qu’ils font, où ne font pas ce qu’ils disent, ils participent à la ruine de la parole, ils approfondissent la crise.
Communiquer et parler vrai, ce n’est pas la même chose. Comment parler vrai au milieu de gens qui ne parlent pas vrai ? Paul en sait quelque chose, voilà pourquoi il mentionne ce qu’il a fait, son travail, son zèle, ses souffrances. A l’auditeur, au lecteur, de discerner entre toutes les attitudes et arrières pensées possibles et « le parler vrai ». Paul se défend bec et ongle ! Après il faut discerner et accorder sa confiance.

Dans la vie économique, la parole n'engage plus. Tous les jours nous voyons des retournements d'alliance, nonobstant contrats signés et promesses annoncées.
Dans la vie culturelle, les intellectuels influents sont trop souvent de simples artistes, on leur donne la parole tout comme à beaucoup d’amuseurs, on leur accorde un crédit totalement inattendu.
Quant à l'Eglise, que vaut sa parole ?
Qui écoute et croit le message de Noël publié par les responsables des Eglises protestantes ?
Que valent ses déclarations sur la justice sociale, l’étranger, l'écologie, la paix, l’amour, etc…?
Dans nos paroisses nous tentons de vivre « vrais », nous exhortons à vivre « vrais »
•    Le jour du baptême de mon enfant je me tiens devant Dieu, les amis, l’assemblée et ma propre conscience. « Que votre oui soit oui » Cet enfant que je présente au baptême je vais l’aimer, je vais l’éduquer, lui donner l’exemple, veiller sur lui, veiller aussi à sa place dans l’Eglise, aux cours de religion, au catéchisme. Et ça c’est le minimum, sinon c’est participer à la destruction de la « parole ».
•    Le jour de la confirmation « que votre oui soit oui »
•    Le jour du mariage « que votre oui soit oui »

Pense-t-on vraiment que la bénédiction du mariage consiste à se tenir une heure en habit de fête dans une Eglise ? La bénédiction du mariage réside dans cette attitude de confiance, de don de soi. La bénédiction d’une union, c’est revenir boire à la source pour y recevoir, justement, une parole, la parole qui sauve, qui éclaire, qui conduit.

Quand on est conseiller presbytéral aussi « que votre oui soit oui ».
Et tout simplement, quand on est chrétien, « que votre oui soit oui ».
Ne participons pas au naufrage de la parole, mais participons au salut. Nous sommes en train d’être sauvés, l’Esprit veut continuer son travail en nous.

Et vient à présent l’affirmation du Fils de Dieu lui-même : Jésus n’a pas dit « oui » et « non ». Quand Jésus s’est approprié cette parole prophétique : « Voici je viens ô Dieu pour faire ta volonté, c’est un « oui » qui est resté un « oui », qui le mènera vers des difficultés mais qui ne le feront pas reculer. Il nous aimera jusqu’à aller sur la croix, il ne dira pas à la fois  le « oui » et le « non ».
Peut-être sa capacité de faire des miracles, de placer des signes, vient-elle de cela ? Il est tout entier dans sa parole, il est la parole, il est l’intégrité, il est la confiance. Pas de décalage. Quand la parole est incarnée elle agit, elle est vivante, elle est efficace. L’apôtre Paul parlera ainsi de la Bible. C’est pour cette raison que nos Eglises ne peuvent être que des Eglises de la parole. Ce qu’on dit, ce que l’on fait, ce que l’on reçoit, ce que l’on croit, ce que l’on donne, ce que l’on montre… pas le oui et le non, pas de décalage.

Puisque nous rappellerons bientôt le récit de la nativité, rappelons le « oui » de Marie. « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Elle accepte, elle entre dans le plan du salut.

Heureux ceux qui entrent dans le oui de Dieu pour le monde et se laisse conduire, guérir, éclairer, diriger par tout ce qui nous est révélé en Jésus-Christ.
Car quand Dieu a dit oui au monde, tout a été donné en Jésus. Allons-nous l’oublier, le chercher ailleurs ?
Amis sortons du Noël commercial tout comme de la poussière du temps qui engrisaille les Eglises. Dieu est éternellement jeune, agissant, disant un oui total et définitif à l’amour qu’il nous porte.
Nous voici aux portes de Noël, entrons dans le « oui » de Dieu et tenons-nous dans cette lumière. Demandez l’Esprit dans la prière afin d’être conduits et vivifiés !

Frères et sœurs, c’est à nous de répondre, vivrons-nous ainsi ?
Amen, c’est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.

Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 4 Janvier 2012
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