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Dans nos Eglises et dans les médias
Message du Président Jean-François Collange"Vivre et annoncer une heureuse nouvelle." Consistoire Supérieur – samedi 20
mars 2010 - Strasbourg
Nous approchons de Pâques et cela
doit nous rappeler plus que jamais ce que, en langage actuel,
certes un peu prétentieux, on appelle "coeur de métier"
; de ce qui pour nous est vraiment essentiel. Il faut en effet le
dire et le redire : perdus que nous sommes souvent dans nos
activités, nous sommes tentés de tomber soit dans la fièvre de
l'activisme, soit de nous perdre dans les labyrinthes qui guettent
la mise en chantier de toute action, au risque d'en masquer le
véritable objectif. Nous mêmes, ici-même, et, peut-être dans
nos paroisses, sommes souvent débordés (c'est, je pense, le mot
juste - comme un cours d'eau qui sort de son lit, menacé de
tourbillonner au lieu de profondément et calmement irriguer le
terrain qu'il lui est donné de féconder).
Dans son dernier rapport, Jean-Paul
Delevoy - médiateur de la République depuis 2004, arrivé au
terme de son mandat - confesse : « Je suis inquiet car je
perçois (...) une société qui se fragmente, où le chacun pour
soi remplace l'envie de vivre ensemble, où l'on devient de plus
en plus consommateur de République plutôt que citoyen. Cette
société est en outre en grande tension nerveuse, comme si elle
était fatiguée psychiquement » (Le Monde 22.02.10).
Acceptons ce diagnostic général, appuyé sur une longue et
profonde expérience et répondant, malgré les réserves qu'on
pourrait y apporter, largement à notre expérience
commune.
Lors du récent rassemblement
missionnaire de l'inspection de la Petite Pierre (Sarralbe, 27-28
février) réunissant (dans la tempête) plusieurs centaines de
personnes autour du thème "L'effet papillon... nos gestes en
marche", j'ai été conduit - sur une suggestion d'ailleurs
de J.-J. Bonsirven - à convaincre l'assistance qu'elle était
composée de... papillons. Car "l'effet papillon"
maintenant bien connu (un battement d'aile de papillon chez nous
peut avoir des effets catastrophiques en Australie) peut aussi
être lu et compris de manière positive : un geste de compassion
ici, de comportement éthique et responsable, de solidarité - si
petit soit-il, un battement d'aile - peut avoir des conséquences
réelles et fortes à l'autre bout du monde. Les papillons chez
nous (à part la "réserve" de Ribeauvillé évidemment)
m'ont l'air d'être de moins en moins nombreux ; ils se font
rares. Les chrétiens peut-être aussi, d'où bien des tendances
au pessimisme et au découragement non seulement dans la société
en général, mais au sein des Eglises en particulier. Le message
que nous apporte toutefois la réalité "effet papillon"
n'est pas seulement angoissant et négatif. Comme l'événement de
Pâques venant en surimpression sur celui de Golgotha, il nous
indique qu'il suffit d'un Souffle pour faire basculer le sort même
du monde. Message qu'a repris d'ailleurs - ce fameux 28 février à
Sarralbe - le député Emile Blessig dans les quelques mots
adressés à l'assistance : les défis aujourd'hui sont si
gigantesques que l'homme politique se sent souvent dépassé et
désorienté. Le politique et l'économie, si importants
soient-ils, ne suffiront pas à résoudre les problèmes ; il faut
qu'on s'y mettent tous et que chacun, pour sa propre part,
retrousse ses manches et prenne ses responsabilités.
On me permettra
ici de passer de l'évocation du papillon (et de Pâques) à une
rapide réflexion sur la
chrysalide, sur ce phénomène étrange
qui permet à une chenille rampante de se retrouver battant
des ailes et portée par le vent. De l'une à l'autre, il y a à
la fois continuité et renouvellement complet, métamorphose.
Récemment, le philosophe Edgar Morin, père - entre autres choses
- de la fameuse
expression "politique de civilisation"
a pu esquisser les linéaments d'un futur possible de l'humanité
entre catastrophisme apocalyptique et triomphalisme radieux, celui
justement d'une métamorphose, du passage graduel et mystérieux
d'un état à un autre, de comportements donnés, de manières de
penser et de vivre à d'autres comportements et d'autres manières
de penser et de vivre. Il ignorait que le terme même de
"métamorphose" était employé dans le Nouveau
Testament pour désigner le renouvellement de l'être produit par
la foi chrétienne d'une part (Rom.12,2; 2Co 3,18.), la
transfiguration du Christ sur la montagne d'autre part (Matthieu
17,2 ; Mc 9,2).
Or, pour beaucoup d'exégètes, ce récit de la
transfiguration (il serait plus exact de parler de la métamorphose
du Christ) serait la projection dans la vie de Jésus d'un récit
d'apparition post-pascale, comme une anticipation (juste avant la
Passion) de ce qui allait se passer après Pâques. Mais peu
importe ce point précis ! Ce qui compte, c'est de comprendre que
la foi dans la résurrection - Pâques ! - n'est pas quelque chose
de lointain et de superficiel, mais implique des changements, des
"métamorphoses" en profondeur, dont notre monde a plus
que jamais besoin.
Vivre et annoncer une heureuse
nouvelle. Un bonheur commun est à portée de main parce que,
en Jésus- Christ, Dieu lui-même se rend solidaire des humains et
leur ouvre le chemin d'un avenir qui n'est pas de malheur, mais de
justice et de paix, de vrai bonheur.
La réflexion menée en mars dernier, et la diffusion
du dossier qui en rendait compte, a été unanimement louée ;
mais quelles en ont été les conséquences concrètes ? La rapide
enquête menée à ce sujet par Guy-Pierre Geiger, principal
responsable - à la tête de la Commission de théologie et de
mission - n'est pas très encourageante. Il nous en dira un mot
dans un instant. Du moins directement. Si, en effet, on prend un
peu de champ, on peut évoquer les perspectives suivantes :
Je m'explique. Il y a maintenant un
demi-siècle déjà, le philosophe internationalement connu (par
ailleurs protestant) Paul Ricoeur proposait de distinguer dans la
mise en oeuvre de l'amitié, de l'amour ou de la solidarité entre
"relations courtes" et "relations longues",
entre le "socius" et le "prochain". Le
prochain en effet c'est la personne avec laquelle je suis en
contact immédiat, en "relation courte", qu'il me faut
aimer et secourir, un peu à la manière de l'ami, de l'amant, du
frère ou du Bon Samaritain. Mais, dans le monde moderne, cette
"charité" de proximité est insuffisante. La mise en
place de dispositifs plus sociaux, plus structurés, plus "longs"
est tout aussi nécessaire à la réalisation de l'amour du
prochain ou de la solidarité. D'où la nécessité d'institutions
- et leur financement ! - comme les assurances ou la sécurité
sociale, etc... La foi n'est rien si elle ne se traduit pas par
des oeuvres, insistait déjà l'apôtre Jacques. Mais ces oeuvres
ne sont pas réduites aux relations courtes et au contact avec le
prochain proche. Elles prennent aussi le chemin des relations
longues et du "socius", du prochain social. C'est
exactement ce que l'Eglise n'a cessé de faire tout au long des
siècles, en prenant en charge, selon les époques, certains
besoins sociaux, l'instruction ou la santé. Telle est l'histoire
de la diaconie ecclésiale. Telles sont les formes de cette même
histoire qu'il nous faut assumer, soutenir, vivifier, voire
renouveler aujourd'hui. J'évoque pourtant cette tâche nécessaire
dans le prolongement même de notre réflexion sur la prière, la
guérison et l'accompagnement des malades, parce que nous n'avons
peut être pas assez dit l'an dernier que la prise en charge de la
misère et de la maladie n'était pas qu'une affaire de proximité,
de prières ou de gestes touchant directement le malade. Certes,
ceux-ci sont importants, nécessaires mêmes dans leur registre ;
ils ne sauraient toujours suffire, et la mise en place de
structures ou de médiations permettant le développement de
relations longues est tout aussi décisif. C'est ainsi que se
construit la diaconie, l'action de l'Eglise exprimant combien la
foi s'incarne par l'amour : construire ou aider à construire des
institutions qui accueillent la souffrance d'autrui et la soulage
en permettant aussi l'accueil, la parole, l'échange et le
contact.
Tel est notre défi : comment donner
visage "chrétien" ("humain") au travail
accompli dans nos IOM (Institution, OEuvres et Mouvements) ?
Comment exprimer, dans les lieux d'Eglise de base la proximité et
la solidarité humaine engendrées par l'heureuse nouvelle de
l'Evangile. La toute récente initiative gouvernementale,
consistant à instaurer un service civique permettra-t-elle de
renverser le "chacun pour soi" dénoncé en commençant
? L'institution "Visa-année diaconale" saura-t-elle,
pour notre part, s'en saisir et permettre un renforcement du
témoignage évangélique ? C'est notamment ce que nous sommes
conviés à préciser dans les travaux de groupes qui
structureront la journée.Il ne nous reste donc plus, Dieu
aidant, qu'à nous mettre à l'oeuvre.
Je vous
remercie.
Rédigé par Bruno Holcroft le Mercredi 31 Mars 2010
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