Malgré le mal et la souffrance, nous croyons en Dieu
Bruno Holcroft | Jeudi 20 Octobre 2011

Chers frères et sœurs

Prier avec les psaumes c’est entrer dans la prière des croyants des siècles précédents, c’est prier avec leurs mots et entrer dans le contexte de leurs vies.

Le psaume 1, le premier psaume de la Bible, donne des conseils au croyant au début de sa vie. Il est comme un arbre, il faut qu’il pousse à proximité d’un cours d’eau. Ce cours d’eau c’est évidemment le Seigneur, la foi, l’intégrité, la confiance. Et quel que soit la saison de la vie, le feuillage sera vert et la sécurité, la réussite seront sa récompense.

Abordons à présent le Psaume 145, nous sommes à la fin de ce livre qui en comporte 150. C’est à présent le regard en arrière qui est proposé, le regard sur toute une vie, le regard sur toutes les circonstances. Ce regard en arrière comporte lui aussi l’expression d’une louange, d’une confiance, d’une sécurité. Autant il était peut-être facile de dire la confiance et la sécurité au début de la vie, autant il est sans doute surprenant que, malgré l’adversité et la rudesse des coups qui auront été portés, le croyant soit toujours dans la confiance et dans la louange.

Ce psaume 145, est le psaume qui va être lu dimanche lors de la fête des récoltes et des moissons. La louange pour la nature et la création est quant à elle, naturelle, spontanée. Nul besoin de grand développement pour admirer notre coin de pays, toute la planète, l’infiniment grand ou l’infiniment petit.
Nos catéchumènes vont faire leur entrée dans cette église, tenant dans leurs mains un panier de fruits et légumes dont ils vont décorer l’autel.
Là encore, la louange et la sensibilité au cycle des saisons, le fait de pouvoir manger à satiété, nous réjouit d’avance.

Par contre la louange est plus difficile quand, au lieu de nous approcher avec un panier de fruits et légumes, nous nous avançons avec tout ce que la vie a placé dans le panier de notre existence. De la naissance à la tombe le panier de nos vies s’est rempli et là il faut constater que ce qui nous était réservé, ce qui a été déposé, a souvent un goût amer.
Notre panier s’est parfois rempli de douleurs, de déceptions, d’échecs successifs, de disputes, etc.
Ce panier nous voudrions le vider, remonter le cours du temps, changer notre histoire. Et ce n’est pas possible.

Les croyants des temps passés n’ont pas eu une vie plus facile que la nôtre, bien au contraire. On nous annonce aussi que les jeunes de notre époque auront une vie plus difficile que celle que nous avons connue.
Comment les croyants d’autrefois ont-ils pu rester dans ce respect de Dieu, dans la stabilité, dans la fidélité de leurs choix, et s’estimer être dans la sécurité d’une alliance ?

Le psaume 145 est écrit d’une manière particulière, il comporte une originalité. L’auteur du Psaume a fait commencer chaque verset par une lettre de l’alphabet. Le premier verset commence par la lettre « a » le second par la lettre « b », ensuite «c », jusqu’à la dernière lettre de l’alphabet. Autrement dit, cette louange à Dieu, au Seigneur, se déroule, elle déploie l’existence et ses contextes, elle parcourt entièrement et chronologiquement nos vies et dit sans cesse la bonté, la grandeur, la proximité de Dieu.

Nous l’avons dit, les croyants d’autrefois avaient souvent une vie difficile, comment peuvent-ils en venir, en finir, en disant la stabilité de la proximité de Dieu ?

Le sens des drames et des difficultés que nous vivons nous est et nous reste caché. Nul ne sait répondre quand l’accident est annoncé, quand la maladie révèle son nom, quand l’injustice s’abat.

Le sens est caché mais le psalmiste, justement, affirme qu’un sens caché n’est pas une absence de sens. Nous sommes invités à regarder toute notre vie, nous sommes aussi invités à regarder les générations successives, les millénaires même qui se sont écoulés. Des milliards de milliards d’événements, heureux et malheureux.
L’homme, si petit face à ces événements, n’a pas à se sentir insignifiant ou perdu. Il est connu, il est accompagné, il est aimé. Nos histoires s’inscrivent dans de nombreuses histoires tout comme dans la grande histoire.
Mais tout commence par « a » continue par b » se prolonge par « c » jusqu’à se terminer à la lettre « z ».

De génération en génération, qu’on fasse l’éloge de tes œuvres, qu’on raconte tes hauts faits… je méditerai le récit de tes actes étonnants.

Nos vies se déroulent et ne nous épargnent rien, mais la Bible nous donne l’assurance d’une constante. Tout n’est pas chaos ou violence, se passe, se déroule et se déploie devant une présence aimante, rassurante et un dessein s’accomplit.

Le meilleur exemple que nous en ayons est celui du Christ qui est venu dans ce monde. Il est venu, disons-nous dans le Credo, il a souffert, il est mort.
Le sens de tout cela fut un temps caché, puis il fut révélé. Il est ressuscité le troisième jour d’entre les morts. Le sens dernier, le sens glorieux, a été donné après coup.

Nos vies aussi peuvent être entraînées dans la souffrance, dans le chaos. Mais le croyant aujourd’hui, comme le croyant autrefois, comprend son existence, nos existences, dans la continuité d’une gloire, d’une présence, d’une volonté.

Jésus est le même, hier, aujourd’hui, éternellement, écrira l’évangéliste Jean.
Puisse la foi du psalmiste nous rejoindre et nous permettre de comprendre que nous ne sommes pas seuls, et que, malgré le mal et la souffrance, nous puissions être convaincus que nous sommes appelés à vivre et à collaborer afin que le monde soit juste et fraternel.

Consolons-nous les uns les autres par ces paroles. Que le Christ soit le compagnon radieux de nos vies. Amen.




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