L'amour au coeur de la religion et de la vie
Bruno Holcroft | Jeudi 20 Octobre 2011

1 Jean 4 v 19

18 Il n'y a pas de crainte dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n'est point parfait dans l'amour.
19 Pour nous, nous aimons, parce que lui nous a aimés le premier.

20 Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur, car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas.
21 Et nous avons de lui ce commandement : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.


Chers frères et sœurs,
ce verset de confirmation nous place dans ce qui est au cœur de l’Evangile. Il ne répond pas tout de suite à notre interrogation concernant la vie et la mort. Il répond tout d’abord à deux réalités.

En premier il veut dire pourquoi nous donnons de l’importance à Dieu et ensuite comment toutes ces questions religieuses doivent rejoindre notre vie, notre contexte immédiat.

Pourquoi parler de religion ?
Pourquoi parler de la vie et de la mort, de la pratique de notre foi, de nos solidarités, de nos bénévolats ? Pourquoi parler de la Bible, de la prière, de la foi, de Jésus-Christ ?

Nous redécouvrons ici, le message central, c’est une histoire d’amour.
Il s’agit de cet attrait irrésistible…, de ce que nous trouvons en Dieu et que nous ne trouvons nulle part ailleurs. Blaise Pascal disait qu’il y avait dans notre cœur un vide qui avait la forme de Dieu. Aux enfants nous expliquons les puzzles à assembler ou l’empilement de pièces différentes. Elles ne s’emboîtent pas indifféremment. Il y a dans notre cœur un vide qui a la forme de Dieu…

Ces versets redisent que l’Église, la foi, la religion, ne sont pas des questions d’obligations. D’où parfois notre surprise quand on entend énumérer, comme constitutif d’une religion ou une confession chrétienne, tout ce qu’un homme doit faire, tout ce que l’on n’a pas le droit de faire, les obligations religieuses, les devoirs religieux, etc. C’est l’obéissance craintive qui semble l’emporter.
La foi en Dieu, la recherche de Dieu, le service de Dieu, est une histoire d’amour. Suis-je obligé d’aller à la Messe ou au culte ? C’est un malentendu. Quand deux personnes s’aiment il n’est pas du tout nécessaire de leur dire qu’elles sont obligées de se rencontrer. Il est fort à craindre que l’absence au culte évoque tout simplement la distance, le désintérêt, l’absence d’amour.

L’amour rend inventif et chaque histoire d’amour est unique. Nous n’avons pas eu l’occasion d’évoquer durant notre entretien comment le défunt a rencontré et aimé sa compagne. C’est simplement sa propre gentillesse que les paroissiens ont évoquée.
Chaque histoire d’amour est unique. Pour l’un l’amour sera exprimé par les paroles, d’autres feront des heures supplémentaires, d’autres le manifesteront par des écrits, des gestes, d’autres par la tendresse, d’autres par la disponibilité, d’autres par la patience, la persévérance et la constance. Mais ils viendront toujours donner et correspondre à ce dont l’autre à justement besoin. L’amour répond à l’amour.

Ce texte nous rappelle que nous sommes aimés. Là-bas quelqu’un qui s’est mis en marche, quelqu’un s’est déclaré et exprime son amour sous toutes ces formes évoquées. Avant même que nous disions quoi que ce soit, avant même que nous répondions à cet amour, nous sommes aimés, nous sommes connus.
Un amour nous recherche. C’est pour cette raison que nous baptisons les petits enfants : Dieu nous a aimés le premier.
C’est sans doute aussi pour cette raison que nombre d’hommes ou de femmes fuient cet amour. Parce que c’est trop fort, parce que nous sentons bien, même de manière confuse, que répondre à un absolu aussi intense ne nous laisserait pas indemne.
Répondre à cet amour nous entraînerait sur les chemins nouveaux, inconnus, risqués. On ne peut pas répondre à l’absolu de Dieu et rester en marge ou dans la tiédeur. C’est bien plus facile de se réfugier dans un « on ne peut pas savoir » ou « chacun son choix », etc.

Ce verset nous redit qu’un amour nous cherche et que croiser le regard du Christ, croiser ce qu’il a dit, nous arrêter à ce qu’il a fait, a ce qu’il nous a donné, à l’espérance qui s’est levée, nous entraînera vers un océan dans lequel nous plongerons entièrement.
Commencer à répondre à l’amour de Dieu, c’est comme le bateau qui lève l’ancre et qui va vers le large. Mais c’est un amour qui nous appelle.
Nous le disons volontiers dans la vie, un homme ou une femme qui auraient peur d’aimer et d’être aimé passeraient à côté de quelque chose d’énorme dans sa vie. Il en est de même dans ce qui nous attire en Dieu.
Oui, nous savons bien que la religion contient des pièges et des désillusions, mais l’amour existe.
Nous savons aussi que la vie peut nous réserver des épreuves rudes, voir très rudes, mais dans tous les cas l’amour que nous a donné le Christ reste entier. Le Christ nous a aimés jusque dans la mort. L’apôtre écrira que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu tel qu’il s’est manifesté en Jésus-Christ.
Vivre, répondre à l’amour du Christ, n’est pas du tout la promesse qu’il ne nous arrivera rien, mais c’est la promesse que dans tous les domaines, sur ce chemin qui nous entraîne vers une vie juste et la vérité, nous sommes toujours aimés, précédés, accompagnés.

Que celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. C’est ainsi que se termine notre passage. Si dans tout l’Occident nous disons aujourd’hui avec le plus grand naturel que chaque vie est précieuse, que chaque individu est unique c’est, en droite ligne, l’héritage du christianisme. L’amour de Dieu ne peut être séparé de l’amour du prochain. L’amour de Dieu cherchera non seulement le bien commun, mais aussi le bien de chaque individu.
Le bien n’est pas une notion théorique, mais c’est ce qui est donné comme respect, comme soin, comme attention à un voisin, un collègue, son prochain, à une personne en difficulté.

Reste la mort, la séparation, les générations qui se suivent et le temps qui emporte ceux que nous avons aimés.
Il nous a aimés le premier… c’est pourquoi son amour nous précède. Il nous précède aussi dans le royaume qu’il nous a préparés.
Il nous le dit quand nous approchons pour communier, il nous le dit aussi à présent : Venez dans le royaume que je vous ai préparé.



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