Chers frères et sœurs

Prier avec les psaumes c’est entrer dans la prière des croyants des siècles précédents, c’est prier avec leurs mots et entrer dans le contexte de leurs vies.

Le psaume 1, le premier psaume de la Bible, donne des conseils au croyant au début de sa vie. Il est comme un arbre, il faut qu’il pousse à proximité d’un cours d’eau. Ce cours d’eau c’est évidemment le Seigneur, la foi, l’intégrité, la confiance. Et quel que soit la saison de la vie, le feuillage sera vert et la sécurité, la réussite seront sa récompense.

Abordons à présent le Psaume 145, nous sommes à la fin de ce livre qui en comporte 150. C’est à présent le regard en arrière qui est proposé, le regard sur toute une vie, le regard sur toutes les circonstances. Ce regard en arrière comporte lui aussi l’expression d’une louange, d’une confiance, d’une sécurité. Autant il était peut-être facile de dire la confiance et la sécurité au début de la vie, autant il est sans doute surprenant que, malgré l’adversité et la rudesse des coups qui auront été portés, le croyant soit toujours dans la confiance et dans la louange.

Ce psaume 145, est le psaume qui va être lu dimanche lors de la fête des récoltes et des moissons. La louange pour la nature et la création est quant à elle, naturelle, spontanée. Nul besoin de grand développement pour admirer notre coin de pays, toute la planète, l’infiniment grand ou l’infiniment petit.
Nos catéchumènes vont faire leur entrée dans cette église, tenant dans leurs mains un panier de fruits et légumes dont ils vont décorer l’autel.
Là encore, la louange et la sensibilité au cycle des saisons, le fait de pouvoir manger à satiété, nous réjouit d’avance.

Par contre la louange est plus difficile quand, au lieu de nous approcher avec un panier de fruits et légumes, nous nous avançons avec tout ce que la vie a placé dans le panier de notre existence. De la naissance à la tombe le panier de nos vies s’est rempli et là il faut constater que ce qui nous était réservé, ce qui a été déposé, a souvent un goût amer.
Notre panier s’est parfois rempli de douleurs, de déceptions, d’échecs successifs, de disputes, etc.
Ce panier nous voudrions le vider, remonter le cours du temps, changer notre histoire. Et ce n’est pas possible.

Les croyants des temps passés n’ont pas eu une vie plus facile que la nôtre, bien au contraire. On nous annonce aussi que les jeunes de notre époque auront une vie plus difficile que celle que nous avons connue.
Comment les croyants d’autrefois ont-ils pu rester dans ce respect de Dieu, dans la stabilité, dans la fidélité de leurs choix, et s’estimer être dans la sécurité d’une alliance ?

Le psaume 145 est écrit d’une manière particulière, il comporte une originalité. L’auteur du Psaume a fait commencer chaque verset par une lettre de l’alphabet. Le premier verset commence par la lettre « a » le second par la lettre « b », ensuite «c », jusqu’à la dernière lettre de l’alphabet. Autrement dit, cette louange à Dieu, au Seigneur, se déroule, elle déploie l’existence et ses contextes, elle parcourt entièrement et chronologiquement nos vies et dit sans cesse la bonté, la grandeur, la proximité de Dieu.

Nous l’avons dit, les croyants d’autrefois avaient souvent une vie difficile, comment peuvent-ils en venir, en finir, en disant la stabilité de la proximité de Dieu ?

Le sens des drames et des difficultés que nous vivons nous est et nous reste caché. Nul ne sait répondre quand l’accident est annoncé, quand la maladie révèle son nom, quand l’injustice s’abat.

Le sens est caché mais le psalmiste, justement, affirme qu’un sens caché n’est pas une absence de sens. Nous sommes invités à regarder toute notre vie, nous sommes aussi invités à regarder les générations successives, les millénaires même qui se sont écoulés. Des milliards de milliards d’événements, heureux et malheureux.
L’homme, si petit face à ces événements, n’a pas à se sentir insignifiant ou perdu. Il est connu, il est accompagné, il est aimé. Nos histoires s’inscrivent dans de nombreuses histoires tout comme dans la grande histoire.
Mais tout commence par « a » continue par b » se prolonge par « c » jusqu’à se terminer à la lettre « z ».

De génération en génération, qu’on fasse l’éloge de tes œuvres, qu’on raconte tes hauts faits… je méditerai le récit de tes actes étonnants.

Nos vies se déroulent et ne nous épargnent rien, mais la Bible nous donne l’assurance d’une constante. Tout n’est pas chaos ou violence, se passe, se déroule et se déploie devant une présence aimante, rassurante et un dessein s’accomplit.

Le meilleur exemple que nous en ayons est celui du Christ qui est venu dans ce monde. Il est venu, disons-nous dans le Credo, il a souffert, il est mort.
Le sens de tout cela fut un temps caché, puis il fut révélé. Il est ressuscité le troisième jour d’entre les morts. Le sens dernier, le sens glorieux, a été donné après coup.

Nos vies aussi peuvent être entraînées dans la souffrance, dans le chaos. Mais le croyant aujourd’hui, comme le croyant autrefois, comprend son existence, nos existences, dans la continuité d’une gloire, d’une présence, d’une volonté.

Jésus est le même, hier, aujourd’hui, éternellement, écrira l’évangéliste Jean.
Puisse la foi du psalmiste nous rejoindre et nous permettre de comprendre que nous ne sommes pas seuls, et que, malgré le mal et la souffrance, nous puissions être convaincus que nous sommes appelés à vivre et à collaborer afin que le monde soit juste et fraternel.

Consolons-nous les uns les autres par ces paroles. Que le Christ soit le compagnon radieux de nos vies. Amen.



Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 20 Octobre 2011 à 19:07
1 Jean 4 v 19

18 Il n'y a pas de crainte dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment, et celui qui craint n'est point parfait dans l'amour.
19 Pour nous, nous aimons, parce que lui nous a aimés le premier.

20 Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur, car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas.
21 Et nous avons de lui ce commandement : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.


Chers frères et sœurs,
ce verset de confirmation nous place dans ce qui est au cœur de l’Evangile. Il ne répond pas tout de suite à notre interrogation concernant la vie et la mort. Il répond tout d’abord à deux réalités.

En premier il veut dire pourquoi nous donnons de l’importance à Dieu et ensuite comment toutes ces questions religieuses doivent rejoindre notre vie, notre contexte immédiat.

Pourquoi parler de religion ?
Pourquoi parler de la vie et de la mort, de la pratique de notre foi, de nos solidarités, de nos bénévolats ? Pourquoi parler de la Bible, de la prière, de la foi, de Jésus-Christ ?

Nous redécouvrons ici, le message central, c’est une histoire d’amour.
Il s’agit de cet attrait irrésistible…, de ce que nous trouvons en Dieu et que nous ne trouvons nulle part ailleurs. Blaise Pascal disait qu’il y avait dans notre cœur un vide qui avait la forme de Dieu. Aux enfants nous expliquons les puzzles à assembler ou l’empilement de pièces différentes. Elles ne s’emboîtent pas indifféremment. Il y a dans notre cœur un vide qui a la forme de Dieu…

Ces versets redisent que l’Église, la foi, la religion, ne sont pas des questions d’obligations. D’où parfois notre surprise quand on entend énumérer, comme constitutif d’une religion ou une confession chrétienne, tout ce qu’un homme doit faire, tout ce que l’on n’a pas le droit de faire, les obligations religieuses, les devoirs religieux, etc. C’est l’obéissance craintive qui semble l’emporter.
La foi en Dieu, la recherche de Dieu, le service de Dieu, est une histoire d’amour. Suis-je obligé d’aller à la Messe ou au culte ? C’est un malentendu. Quand deux personnes s’aiment il n’est pas du tout nécessaire de leur dire qu’elles sont obligées de se rencontrer. Il est fort à craindre que l’absence au culte évoque tout simplement la distance, le désintérêt, l’absence d’amour.

L’amour rend inventif et chaque histoire d’amour est unique. Nous n’avons pas eu l’occasion d’évoquer durant notre entretien comment le défunt a rencontré et aimé sa compagne. C’est simplement sa propre gentillesse que les paroissiens ont évoquée.
Chaque histoire d’amour est unique. Pour l’un l’amour sera exprimé par les paroles, d’autres feront des heures supplémentaires, d’autres le manifesteront par des écrits, des gestes, d’autres par la tendresse, d’autres par la disponibilité, d’autres par la patience, la persévérance et la constance. Mais ils viendront toujours donner et correspondre à ce dont l’autre à justement besoin. L’amour répond à l’amour.

Ce texte nous rappelle que nous sommes aimés. Là-bas quelqu’un qui s’est mis en marche, quelqu’un s’est déclaré et exprime son amour sous toutes ces formes évoquées. Avant même que nous disions quoi que ce soit, avant même que nous répondions à cet amour, nous sommes aimés, nous sommes connus.
Un amour nous recherche. C’est pour cette raison que nous baptisons les petits enfants : Dieu nous a aimés le premier.
C’est sans doute aussi pour cette raison que nombre d’hommes ou de femmes fuient cet amour. Parce que c’est trop fort, parce que nous sentons bien, même de manière confuse, que répondre à un absolu aussi intense ne nous laisserait pas indemne.
Répondre à cet amour nous entraînerait sur les chemins nouveaux, inconnus, risqués. On ne peut pas répondre à l’absolu de Dieu et rester en marge ou dans la tiédeur. C’est bien plus facile de se réfugier dans un « on ne peut pas savoir » ou « chacun son choix », etc.

Ce verset nous redit qu’un amour nous cherche et que croiser le regard du Christ, croiser ce qu’il a dit, nous arrêter à ce qu’il a fait, a ce qu’il nous a donné, à l’espérance qui s’est levée, nous entraînera vers un océan dans lequel nous plongerons entièrement.
Commencer à répondre à l’amour de Dieu, c’est comme le bateau qui lève l’ancre et qui va vers le large. Mais c’est un amour qui nous appelle.
Nous le disons volontiers dans la vie, un homme ou une femme qui auraient peur d’aimer et d’être aimé passeraient à côté de quelque chose d’énorme dans sa vie. Il en est de même dans ce qui nous attire en Dieu.
Oui, nous savons bien que la religion contient des pièges et des désillusions, mais l’amour existe.
Nous savons aussi que la vie peut nous réserver des épreuves rudes, voir très rudes, mais dans tous les cas l’amour que nous a donné le Christ reste entier. Le Christ nous a aimés jusque dans la mort. L’apôtre écrira que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu tel qu’il s’est manifesté en Jésus-Christ.
Vivre, répondre à l’amour du Christ, n’est pas du tout la promesse qu’il ne nous arrivera rien, mais c’est la promesse que dans tous les domaines, sur ce chemin qui nous entraîne vers une vie juste et la vérité, nous sommes toujours aimés, précédés, accompagnés.

Que celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. C’est ainsi que se termine notre passage. Si dans tout l’Occident nous disons aujourd’hui avec le plus grand naturel que chaque vie est précieuse, que chaque individu est unique c’est, en droite ligne, l’héritage du christianisme. L’amour de Dieu ne peut être séparé de l’amour du prochain. L’amour de Dieu cherchera non seulement le bien commun, mais aussi le bien de chaque individu.
Le bien n’est pas une notion théorique, mais c’est ce qui est donné comme respect, comme soin, comme attention à un voisin, un collègue, son prochain, à une personne en difficulté.

Reste la mort, la séparation, les générations qui se suivent et le temps qui emporte ceux que nous avons aimés.
Il nous a aimés le premier… c’est pourquoi son amour nous précède. Il nous précède aussi dans le royaume qu’il nous a préparés.
Il nous le dit quand nous approchons pour communier, il nous le dit aussi à présent : Venez dans le royaume que je vous ai préparé.


Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 20 Octobre 2011 à 15:23