Actes 9
18 Aussitôt, des sortes d'écailles tombèrent des yeux de Saul et il put voir de nouveau. Il se leva et fut baptisé ; 19 puis il mangea et les forces lui revinrent. Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.
20 Il se mit immédiatement à prêcher dans les synagogues, en proclamant que Jésus est le Fils de Dieu. 21 Tous ceux qui l'entendaient étaient étonnés et demandaient : « N'est-ce pas cet homme qui persécutait violemment à Jérusalem ceux qui font appel au nom de Jésus ? Et n'est-il pas venu ici exprès pour les arrêter et les ramener aux chefs des prêtres ? » 22 Mais Saul se montrait toujours plus convaincant : les Juifs qui vivaient à Damas ne savaient plus que lui répondre quand il leur démontrait que Jésus est le Messie.
23 Après un certain temps, les Juifs prirent ensemble la décision de faire mourir Saul, 24 mais il fut averti de leur complot. On surveillait les portes de la ville jour et nuit, afin de le mettre à mort. 25 Alors les disciples de Saul l'emmenèrent de nuit pour le faire passer de l'autre côté du mur de la ville, en le descendant dans une corbeille.
26 Arrivé à Jérusalem, Saul essaya de se joindre aux disciples ; mais tous en avaient peur, car ils ne croyaient pas qu'il fût vraiment un disciple. 27 Barnabas le prit alors avec lui et le conduisit auprès des apôtres. Il leur raconta comment Saul avait vu le Seigneur en cours de route et comment le Seigneur lui avait parlé. Il leur dit aussi avec quelle assurance Saul avait prêché au nom de Jésus à Damas. 28 A partir de ce moment, Saul se tint avec eux, il allait et venait dans Jérusalem et prêchait avec assurance au nom du Seigneur. 29 Il s'adressait aussi aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux ; mais ceux-ci cherchaient à le faire mourir. 30 Quand les frères l'apprirent, ils conduisirent Saul à Césarée, d'où ils le firent partir pour Tarse.


Chers frères et soeurs,

nous continuons notre chemin de carême, nous continuons à sonder ce mystère partiellement révélé, celui de la souffrance. Nous disions la semaine dernière que la prédication du royaume était au coeur des prédications de Jésus. Le royaume est là; il est déjà là, mais il est encore à venir. Nous vivons ainsi entre un « déjà » et un « pas encore ». Déjà la victoire, mais encore les défaites. Encore des batailles perdues, mais déjà des victoires remportées... Sachant que la perspective générale est celle d'une certitude... même si les soubresauts agitent encore ce monde, tout est déjà gagnée, car nous connaissons l'issue finale.
Paul se trouve donc comme nous dans cette échelle du temps du salut. Déjà il annonce le Christ, déjà des gens se convertissent, déjà sa parole est accompagnée des signes du salut, mais encore pour un moment la rage de ceux qui ne veulent pas de Jésus, de ceux qui, emportés par un esprit d'opposition vont jusqu'à vouloir la mort de celui qui parle. Il faut croire que lorsque nous n'avons que la parole ce n'est pas peu de choses alors que parfois les mots, les déclarations, les prédications peuvent sembler justement être peu de choses...
La prophétie concernant l'apôtre Paul annonçait qu'il avait été choisi, et qu'il allait particulièrement souffrir pour annoncer Jésus. Si nous avons évoqué les souffrances de ce monde, peut-être aussi les souffrances injustes et absurdes, nous n'avons pas encore évoqué la souffrance qui découle de notre fidélité au Christ. Nous comprenons au moins en partie les raisons de la violence qu'il va déchaîner.
D'abord il annonce Jésus alors que c'était déjà une levée progressive de bouclier contre cette annonce.
D'autre part Paul était un excellent juif, c'est-à-dire qu'il avait été juif avec rigueur, avec ferveur, avec intelligence, ayant été formé par les meilleurs maîtres de son époque.
Ensuite il ne se contente pas d'annoncer le Christ, il devient un contradicteur. Les Actes le présentent comme prouvant par les Ecritures que Jésus était le Christ.
Ensuite c'est un prédicateur à succès. Même si l'écho rencontré par sa prédication est parfois mauvais, moyen ou très bon, en tout cas c'est un prédicateur infatigable. Le plus souvent sa parole porte du fruit. Et il reste aussi longtemps qu'il le faut sur place, organise ses tournées, consolide le travail accompli, entretient une correspondance.
Ensuite c'est un prédicateur dont la prédication est accompagnée de signes miraculeux. C'est déjà ce qui avait occasionné de vives réactions de la part de ceux qui avaient décidés de faire exécuter le Christ. Face à une idée on peut, certes, opposer d'autres idées, mais face aux miracles que peut-on opposer ? On peut tout au plus faire taire, éliminer celui qui parle et agit. Et nous savons que c'est bien ce qui, au fil des ans, va arriver à Paul aussi. Il sera jeté en prison, le Nouveau Testament nous apprend qu'il va être jugé à Rome parce qu'il est citoyen romain. Et puis Paul disparaît, nous ne connaissons pas le dernier acte de sa vie.
Nous n'avons pas à mener la vie de Paul, à chacun sa vocation. Mais la fidélité au Christ nous amènera obligatoirement à parler et à agir, à cause de lui. Je laisse de côté ce qui pourrait être occasionné par notre maladresse pour ne retenir que l'aspect essentiel de la vérité. Oui il est vrai que nous sommes menés à témoigner, notre comportement sera aussi éthique. Quand on est honnête dans une entreprise, oui il y a un prix à payer. Quand on est vrai dans les rapports humains, oui cela aura des conséquences. Quand on refuse de se livrer à des formes de manipulations, quand on refusera des formes de débauches, quand on se refuse de réduire un homme ou une femme à un adversaire, quand on croit que la liberté et l'amour – aussi de la parole et des actions – sont tellement essentielle, oui pour certains c'est insupportable. Quand on rappelle que la grande valeur est celle de l'amour, de la solidarité, de la communion à la vérité et les uns avec les autres, oui il y aura bien un prix à payer. Et dans bien des pays, dans bien des conditions mentionner notre foi en Jésus suscite la moquerie, le rejet et même parfois la persécution.
« Déjà », « pas encore »... mais nous ne sommes pas de ceux qui retournent en arrière, nous allons vers le but, avec ceux et celles que nous entraînerons dans ce salut qui nous est si cher.
L'idée n'est pas de courir vers les difficultés mais, comme nous le disait Alain Arnoux dimanche, d'affermir notre visage pour tenir bon. Tenons bon et allons de l'avant. Amen.
Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 22 Mars 2009 à 07:45
2009 - 3ème veillée de carême
Le royaume de Dieu...

Nous avons médité durant les première semaines le fait que la souffrance était incontournable dans notre vie, par ailleurs nous disions aussi que c'était un malentendu que d'attendre, pour le Messie comme pour nous-mêmes, une vie, une qualité de vie qui irait en s'accroissant. Comment donc, le Christ viendrait et, tel le soleil prenant son élan, il irait jusqu'à son zénith et le monde entier en bénéficierait... Et nous aussi, de la naissance jusqu'à l'âge d'homme mûr nous irions, parce que nous sommes chrétiens, connus et aimés de Dieu, jusqu'à une position enviée : réussite, santé, préservation du mal, etc. Cette pensée fait oublier la place de la souffrance et plus que cela, elle tente de faire oublier que nous sommes appelés à une vie de disciple nous demandant, phrase rude, de porter sa croix. Que ce soit par notre une vie tout simplement humaine ou parce que la vie chrétienne est un chemin étroit, oui la souffrance fait partie de la vie et le nier serait tout simplement nier une réalité proche de l'évidence.

Aujourd'hui je voudrais méditer avec vous une autre notion précieuse pour comprendre l'espérance, le drame et le salut. Cette notion, prêchée par Jésus dès le commencement, va se développer et devenir peu à peu la perspective générale du salut. Il s'agit du royaume de Dieu prêché par Jésus depuis le premier jour.

Le commencement est très souvent utile pour comprendre la fin. Ainsi l'Evangile de Marc débute par l'annonce du royaume, c'est le cœur du message de Jésus. Peut-être remarquerez-vous que ce thème n'est pas dominant dans la vie de l'Eglise… pourtant c'est un thème majeur.
Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 12 Mars 2009 à 10:31

Marc 11

Ils partirent donc et trouvèrent un âne dehors, dans la rue, attaché à la porte d'une maison. Ils le détachèrent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur demandèrent : « Que faites-vous ? pourquoi détachez-vous cet ânon ? » 6 Ils leur répondirent ce que Jésus avait dit, et on les laissa aller. 7 Ils amenèrent l'ânon à Jésus ; ils posèrent leurs manteaux sur l'animal, et Jésus s'assit dessus g . 8 Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, et d'autres y mirent des branches vertes qu'ils avaient coupées dans la campagne h . 9 Ceux qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Gloire à Dieu ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! 10 Que Dieu bénisse le royaume qui vient, le royaume de David notre père ! Gloire à Dieu dans les cieux i ! »


Chers frères et sœurs

Jeudi dernier lors de notre première méditation nous soulignions que Notre Père est dans le secret de nos vies, il nous entend, il nous voit et c'est particulièrement vrai quand nous sommes dans la souffrance.

Nous voulons tous d'une vie qui serait montée vers le bonheur. C'est ainsi que nous sommes tous à la recherche d'une harmonie, celle d'un bonheur personnel, mais aussi de la paix entre les hommes, à la recherche d'une stabilité politique. Une aspiration à une justice, à une entente, tout cela soulève notre poitrine et tout cela était déjà le désir profond des croyants d'Israël.

Trois réalités profondes devaient être unies, réunies, afin de répondre à cette aspiration à la paix. Ces trois réalités sont les rois, les prêtres et les prophètes. Autrement dit l'accord, l'unité entre le pouvoir militaire, le pouvoir religieux et la parole de vérité, libre de toute institution, ouverte à l'inspiration la plus authentique !
Moïse a ainsi été l'un des grands car il fut à la fois libérateur, meneur d'homme, chef militaire et religieux inspiré !
Mais ces temps furent des exceptions car très souvent l'histoire d'Israël correspondit à la dégénérescence ou à l'absence de l'un ou de l'autre.
Ainsi le roi peut se prendre au jeu de la politique, il peut être pris dans les luttes de succession, il peut être tenté par des idolâtries, par ces alliances contraires à la notion de peuple élu. Le roi peut oublier qui l'a fait roi...

Le pouvoir religieux, , celui d'Israël comme celui de tous les temps, peut s'enfoncer dans un formalisme purement extérieur. La religion peut n'être qu'une forme, une coquille vide, des rites vidés de leurs sens premiers. Et les hommes qui exercent la fonction de prêtres peuvent s'intéresser au pouvoir, à exercer des pressions sur les personnes, à céder à l'appât du gain, etc.

Des prophètes, les troisièmes de notre trilogie, il faut d'abord savoir si ce sont de vrais ou de faux prophètes ! La question n'est pas simple, pour s'en convaincre il suffit que chacun se demande quelle est la volonté pour Dieu dans sa vie... L'idée qui me traverse de qui vient-elle ? Le sentiment, mon ressenti… quelles en est sont les origines ? Une notion de faute, un enthousiasme, une logique serrée… et Dieu dans tout cela ? Où est l'Esprit Saint, quelle est la bonne inspiration ? Et l'Esprit parle-t-il quand une majorité à voté à bulletin secret ou à main levée... ? Non, la question n'est pas simple. Quand un homme surgit, qu'il n'a pas été formé à bonne école, qu'il n'est recommandé de nulle part, pourquoi l'écouter ? « Qui t'a donné autorité » demandèrent souvent les rabbins à Jésus.

Roi, prêtre, prophète, l'espérance voulait qu'en un seul homme, comme ce fut le cas en Moïse, tout soit réuni. Et l'aspiration à la paix évoquée en introduction pouvait prendre corps en Jésus.
Quand Jésus guérissait, quand Jésus nourrit la foule, celle-ci, tout naturellement voulu qu'il monte à Jérusalem, qu'il devienne roi. Et si le roi était aussi chef militaire, c'est tant mieux car il fallait buter les Romains hors du pays !

Frères et soeurs, que pourrait-il bien se passer quand on attend tout d'un seul homme ? À échelle humaine ce sera évidemment impossible, c'est l'échec à tous les coups. Pourtant il s'agit là de Jésus qui, pour nous, n'est pas qu'un humain. Notre attente est effectivement totale. Et dans ce cas ce n'est pas qu'il ne puisse pas réaliser notre attente comme un humain en qui nous mettrions notre confiance, mais par contre nous aussi nous avons à éviter un malentendu.
Roi, prêtre, prophète… oui il l'est. Mais souvenons-nous de la méditation de la semaine dernière, il a quelque chose à accomplir, une délivrance à donner qui va au-delà de la patrie, au-delà d'un bonheur personnel, au-delà de la fusion des pouvoirs temporels et spirituels.
Le Christ annonce le salut, pourtant il va aller vers la mort. Il y a donc décalage, divergence, malentendu. Comment concilier la délivrance avec la mort ?! Notre idée à nous est bien plus simple, plus facile, répétons-la une nouvelle fois : dès lors que Dieu est présent, cette présence correspond au recul des ténèbres, à la défaite du mal, à l'avancée de la justice. Etc. Oui qu'il avance comme un roi victorieux !
Pourtant nos veillées de carêmes, notre chemin de carême, se veulent chemin pour approfondir ce que le Christ a réalisé d'autre, de différent, par la souffrance et par la mort.
Soulevons un coin du voile... si nous en parlons aujourd'hui ce n'est pas parce qu'il a souffert et qu'il est mort, mais parce qu'il est ressuscité !
Les disciples, les contemporains, les croyants de tous les temps sont devant le mystère, l'adoration, l'exploration du salut qui a été accompli.
Puisqu'il était bien et roi, et prêtre, et prophète, qu'a-t-il accompli ? Et si nous avons quitté le malentendu, quel est le « bien entendu » dont il faut se saisir ? Le carême nous conduira dans ce chemin. Amen.


Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 5 Mars 2009 à 16:57