Matthieu 6
16 « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme font les hypocrites : ils changent de visage pour que tout le monde voie qu'ils jeûnent. Je vous le déclare, c'est la vérité : ils ont déjà leur récompense. 17 Mais toi, quand tu jeûnes, lave-toi le visage et parfume ta tête, 18 afin que les gens ne se rendent pas compte que tu jeûnes. Seul ton Père qui est là, dans le secret, le saura ; et ton Père, qui voit ce que tu fais en secret, te récompensera. »
19 « Ne vous amassez pas des richesses dans ce monde, où les vers et la rouille détruisent, où les cambrioleurs forcent les serrures pour voler. 20 Amassez-vous plutôt des richesses dans le ciel, où il n'y a ni vers ni rouille pour détruire, ni cambrioleurs pour forcer les serrures et voler. 21 Car ton coeur sera toujours là où sont tes richesses. »
Chers amis,
Nous commençons cette période de carême et, comme annoncé en introduction, nous allons peu à peu quitter l'idée d'un salut clair, en accord avec notre logique, pour sonder peu à peu ce qui est relatif à la souffrance et puis même à la mort.
Souffrance et mort... ? Quelles questions ! Nous pouvons effectivement avoir envie de faire demi-tour. Nous pouvons souhaiter une vie sans souffrance, une lutte contre tous les maux de la terre, ne voulons-nous pas justement un monde apaisé, juste, fraternel, équitable, guéri ?
L'apôtre Pierre a eu la même idée et s'étant approché de Jésus après que ce dernier eut évoqué la souffrance et la mort prochaine du Messie qu'il était, lui dit que ce n'était pas le bon chemin ! Jésus le reprit, il ne se contenta pas de dire qu'il avait tort, ou ne pas avoir peur, il lui dit carrément « arrière de moi satan ».
Nous voici donc avec cette même interrogation. Celle qui concerne le Messie, celle aussi qui concerne tout ce que nous avons à vivre et à croire...
Devant la souffrance il ne s'agit pas de résignation mais d'humilité. Ne devons-nous pas humblement reconnaître que la souffrance fait partie de la vie ? La souffrance, oui, et également les échecs, aussi les injustices. Nous voulons reconnaître ensemble que nous sommes parfois broyés par ce qui nous arrive. Broyés, c'est bien le terme et quand nous sommes broyés nous n'arrivons pas du tout à penser, pas du tout à faire confiance, pas du tout à envisager un autre avenir. A ce moment-là je ne suis plus un humain avec une volonté, une énergie, une capacité, je suis un cri, un cri qui s'élève, un cri qui lézarde mon être en crevasses profondes. Je suis alors un cri – qu'il soit exprimé ou non.
Que faire de la question de la souffrance, que faire de la réalité de la souffrance dans nos vies ? La question est immense, elle est sensible, elle va au plus profond. Même si les progrès de la médecine nous réjouissent, même s'il n'y aucune raison de souffrir quand on accouche, quand on va chez le dentiste ou qu'on est sur un lit d'hôpital, la souffrance nous trouve et nous retrouve toujours. C'est parfois le corps, c'est parfois les sentiments, parfois aussi notre âme. Nous avons régulièrement rendez-vous avec la souffrance.
Elle s'invite même quand nous n'avons rien demandé.
La souffrance comprise est déjà immense, il nous suffit d'évoquer les catastrophes et les injustices de par le monde. C'est déjà décevant, repoussant, révoltant, traumatisant. Mais quand la souffrance n'a pas de sens, elle nous interroge encore plus. Pourquoi suis-je malade ? Pourquoi cet accident m'est-il arrivé ? Pourquoi un bonheur est-il anéanti ? Pourquoi un jeune enfant se meurt-il de sa leucémie ?
Vous le voyez bien, il ne s'agit pas d'un jeu de questions pour intellectuels, la souffrance nous entraîne face à ce qui est terrible. Cette question de la souffrance nous meurtrit, et même ici nous ne pouvons pas en parler longtemps car les réalités évoquées sont tellement redoutables et même les paroles ne sont pas toujours adéquates.
Durant ce carême nous allons donc nous rapprocher de plus en plus de la crise jusqu'à son paroxysme, jusqu'à la mort sur la croix.
Aujourd'hui je terminerai par la simple évocation de ce verset 18 « Seul ton Père qui est là dans le secret... » Ce verset évoque la prière, il évoque aussi cette intimité avec Dieu dans tous les malheurs. Quand nous trébuchons dans notre marche, quand nous tâtonnons pour comprendre, il y a là une réalité dont la foi peut se saisir. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Dieu n'est pas quelqu'un qui punit, il est celui qui se tient au plus proche, au plus intime, il est celui qui sait, qui voit, qui accompagne. Et même Dieu se retrouva devant la souffrance et la mort de son Fils, il ne va pas se détourner mais va accompagner, vivre la mort de son Fils.
Dieu peut-il parfois intervenir et aider ? Evidemment. Mais plus fondamentalement Dieu qui « permet » nous accompagne dans la souffrance, jusque dans les plus grandes souffrances. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Jésus a continuellement cherché le sens, le chemin, son destin en ce lien si intime, si vital, si décisif. Le sens de la souffrance, le sens de la vie, le sens de ce qui n'a pas de sens ne peuvent pas être donnés lors d'une méditation ou d'une conférence.
Le sens ultime est un mystère parfois partiellement levé, mais jamais totalement éclairci. Ce mystère se vivra en une présence, une présence aimante, une présence qui conduit pas à pas en une vérité inimaginée au départ et qui sera totalement révélée dans cette réalité que nous nommons le royaume de Dieu.
Que son règne vienne et que le Père qui est là dans le secret nous accompagne.
Nous commençons cette période de carême et, comme annoncé en introduction, nous allons peu à peu quitter l'idée d'un salut clair, en accord avec notre logique, pour sonder peu à peu ce qui est relatif à la souffrance et puis même à la mort.
Souffrance et mort... ? Quelles questions ! Nous pouvons effectivement avoir envie de faire demi-tour. Nous pouvons souhaiter une vie sans souffrance, une lutte contre tous les maux de la terre, ne voulons-nous pas justement un monde apaisé, juste, fraternel, équitable, guéri ?
L'apôtre Pierre a eu la même idée et s'étant approché de Jésus après que ce dernier eut évoqué la souffrance et la mort prochaine du Messie qu'il était, lui dit que ce n'était pas le bon chemin ! Jésus le reprit, il ne se contenta pas de dire qu'il avait tort, ou ne pas avoir peur, il lui dit carrément « arrière de moi satan ».
Nous voici donc avec cette même interrogation. Celle qui concerne le Messie, celle aussi qui concerne tout ce que nous avons à vivre et à croire...
Devant la souffrance il ne s'agit pas de résignation mais d'humilité. Ne devons-nous pas humblement reconnaître que la souffrance fait partie de la vie ? La souffrance, oui, et également les échecs, aussi les injustices. Nous voulons reconnaître ensemble que nous sommes parfois broyés par ce qui nous arrive. Broyés, c'est bien le terme et quand nous sommes broyés nous n'arrivons pas du tout à penser, pas du tout à faire confiance, pas du tout à envisager un autre avenir. A ce moment-là je ne suis plus un humain avec une volonté, une énergie, une capacité, je suis un cri, un cri qui s'élève, un cri qui lézarde mon être en crevasses profondes. Je suis alors un cri – qu'il soit exprimé ou non.
Que faire de la question de la souffrance, que faire de la réalité de la souffrance dans nos vies ? La question est immense, elle est sensible, elle va au plus profond. Même si les progrès de la médecine nous réjouissent, même s'il n'y aucune raison de souffrir quand on accouche, quand on va chez le dentiste ou qu'on est sur un lit d'hôpital, la souffrance nous trouve et nous retrouve toujours. C'est parfois le corps, c'est parfois les sentiments, parfois aussi notre âme. Nous avons régulièrement rendez-vous avec la souffrance.
Elle s'invite même quand nous n'avons rien demandé.
La souffrance comprise est déjà immense, il nous suffit d'évoquer les catastrophes et les injustices de par le monde. C'est déjà décevant, repoussant, révoltant, traumatisant. Mais quand la souffrance n'a pas de sens, elle nous interroge encore plus. Pourquoi suis-je malade ? Pourquoi cet accident m'est-il arrivé ? Pourquoi un bonheur est-il anéanti ? Pourquoi un jeune enfant se meurt-il de sa leucémie ?
Vous le voyez bien, il ne s'agit pas d'un jeu de questions pour intellectuels, la souffrance nous entraîne face à ce qui est terrible. Cette question de la souffrance nous meurtrit, et même ici nous ne pouvons pas en parler longtemps car les réalités évoquées sont tellement redoutables et même les paroles ne sont pas toujours adéquates.
Durant ce carême nous allons donc nous rapprocher de plus en plus de la crise jusqu'à son paroxysme, jusqu'à la mort sur la croix.
Aujourd'hui je terminerai par la simple évocation de ce verset 18 « Seul ton Père qui est là dans le secret... » Ce verset évoque la prière, il évoque aussi cette intimité avec Dieu dans tous les malheurs. Quand nous trébuchons dans notre marche, quand nous tâtonnons pour comprendre, il y a là une réalité dont la foi peut se saisir. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Dieu n'est pas quelqu'un qui punit, il est celui qui se tient au plus proche, au plus intime, il est celui qui sait, qui voit, qui accompagne. Et même Dieu se retrouva devant la souffrance et la mort de son Fils, il ne va pas se détourner mais va accompagner, vivre la mort de son Fils.
Dieu peut-il parfois intervenir et aider ? Evidemment. Mais plus fondamentalement Dieu qui « permet » nous accompagne dans la souffrance, jusque dans les plus grandes souffrances. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Jésus a continuellement cherché le sens, le chemin, son destin en ce lien si intime, si vital, si décisif. Le sens de la souffrance, le sens de la vie, le sens de ce qui n'a pas de sens ne peuvent pas être donnés lors d'une méditation ou d'une conférence.
Le sens ultime est un mystère parfois partiellement levé, mais jamais totalement éclairci. Ce mystère se vivra en une présence, une présence aimante, une présence qui conduit pas à pas en une vérité inimaginée au départ et qui sera totalement révélée dans cette réalité que nous nommons le royaume de Dieu.
Que son règne vienne et que le Père qui est là dans le secret nous accompagne.
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carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 26 Février 2009 à 14:36
Prédication d'enterrement du pasteur Bruno Holcroft à l'occasion des obsèques de Monsieur Lucien Perraut le 14 février 2009 à Niederbronn-les-Bains.
Marc 16
1 Quand le jour du sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles parfumées pour aller embaumer le corps de Jésus. 2 Très tôt le dimanche matin, au lever du soleil, elles se rendirent au tombeau. 3 Elles se disaient l'une à l'autre : « Qui va rouler pour nous la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? » 4 Mais quand elles regardèrent, elles virent que la pierre, qui était très grande, avait déjà été roulée de côté.
Qui va nous rouler la pierre ? Cette question des femmes nous la prendrons pour nous car nous nous trouvons régulièrement confrontés à des tâches qui dépassent nos forces. Le sens premier est simple, les femmes de l'Evangile ne pouvaient pas rouler la pierre tant leurs forces physiques étaient insuffisantes ; nous comprenons parfaitement le bon sens de leur question.
Quant à nous, nous sommes confrontés à la vie, à nos difficultés d'hommes ou de femmes, nos difficultés comme employeurs ou comme salariés, confrontés à notre mauvaise santé, parfois encore nous sommes en butte à des difficultés sans y être pour autant pour quelque chose. La vie est parfois difficile, lourde comme une immense pierre, l'accès à ce qui nous semble essentiel étant comme bouché, l'accès à l'être aimé interdit, fermé.
Des difficultés auxquelles il faut faire face, il faut encore évoquer les guerres lors desquelles la vie humaine et les destins personnels sont si peu de choses.
[La guerre a volé la jeunesse à toute une génération, aussi à notre frère. Lucien Perraut qui s’est battu pour une certaine idée de son pays, pour les valeurs qui étaient les siennes et pour la liberté. Il a payé ces convictions de plusieurs années de sa jeune vie, pendant lesquelles il a beaucoup souffert, et qui l’ont marqué à jamais. Les emprisonnements, les camps, le maquis, la faim et la violence. Mais aussi sans doute de manière également marquante : les amitiés, la solidarité, le respect de l’autre.]
Nous saluons l'homme qu'il a été et nous nous demandons tous comment nous pouvons affronter, apaiser, guérir des traumatismes de la vie. Comment à tour de rôle de pas devenir aussi dur que la vie l'est parfois, aussi fermé que les obstacles que nous énumérons aujourd'hui.
Et puis disons-le : il faut des forces presque surhumaines pour aller rouvrir une tombe que l'on avait fermée trois jours plus tôt. Sur nos vies aussi nous posons aussi des pierres, un couvercle, nous l'appelons parfois une chape de plomb ou la loi du silence. Nous disons qu'il vaut mieux ne plus en parler, ne rien remuer de peur que... de peur que la souffrance et que toutes les vérités révélées par les crises ne se déchaînent à nouveau !
Et à vous chère famille il faut des forces pour affronter la séparation, pour affronter le silence, pour accepter que la voix de celui que vous avez aimé ne retentisse plus, que la main que vous aviez serrée, cette main qui vous avait protégées, choyées, qui vous avait guidées, glisse à présent de la vôtre. Reste l'amour, comme vous me l'avez écrit, l'amour reçu qui reste le soutien pour toute l'existence.
Devant la mort on ne peut guère tricher, devant la mort nous sommes devant toutes les morts, aussi devant cette amertume qu'elle suscite, devant le livre de la vie qui ne s'écrit plus, devant ce qui est peut-être inachevé, ce qui n'a jamais été guéri, peut-être aussi devant ce que nous aurions dû dire, ce que nous aurions dû être ou faire.
Comment rouler la pierre... ? Il faut le courage des femmes pour faire rouvrir la tombe. Elles tiennent à faire leur devoir... Elles ont préparé les onguents pour cela...
Nous aussi quand nous enterrons nos morts nous devons faire face à une série de difficultés matérielles, il faut faire face, il faut faire ce qu'il faut faire.
Les femmes étaient seules quand de si bonne heure elles traversaient la ville, elles étaient des ombres furtives se glissant silencieusement vers les hauteurs avec cette pensée qui martelait leurs tempes quand leur peine n'était pas trop grande. Qui nous roulera la pierre... ? Elles étaient comme un cortège de mort traversant la ville, écrasées par ce qui s'était passé, écrasées par ce qu'elles avaient encore à faire. Mais elles avancent, elles se trouvent à la tombe.
… Nous connaissons le récit de la résurrection, la pierre fut roulée par une main non humaine et le mort était absent. Ce qui avait été fermé, ce qui était effrayant, injuste, violent, se trouve ouvert, apaisé, joyeux.
Les femmes vont retraverser la ville, elles vont le faire en courant, les bras déchargés de ce qu'elles voulaient faire. Ce qui les attendait, ce qui les renvoyait, était tout autre chose que la notion du devoir ou du courage qu'il faut pour vivre, c'est l'annonce que l'amour a surmonté la mort. La pierre à rouler était une question importante, le Christ vivant l'est infiniment plus ! Elles pensaient aller vers la mort et le Christ les renvoyait vers la vie.
Notre ville est ainsi traversée de cortèges, de fronts lourds, de questions matérielles, de vraies peines de cœur, de destinées parfois tragiques. Ce sont de vraies souffrances devant lesquelles chacun s'incline. Un mouvement vient aussi des Eglises, il va à contre-courant, le message de Pâques vient à notre rencontre, il retentit dans nos deux Eglises. Le Christ est vivant, la pierre a été roulée, le mot de la fin n'appartient pas à l'absurde condition humaine, il appartient au Père qui a tant aimé son Fils. « Rien ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ » ! écrivait l'apôtre Paul.
Aucune pierre, aucune tombe ne nous séparera jamais de la vie. Il y a là une vérité à entendre, une vérité qui fait vivre. Ceux qui sont morts sont vivants et toute notre vie veut être amenée à la vraie vie, à la guérison des traumatismes, à l'épanouissement complet de l'amour.
Notre véritable consolation se trouve en cette vérité vécue dès à présent parmi nous, et qui sera vécue infiniment et éternellement là où tous nous attendent, là où le Père céleste nous attend.
Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 19 Février 2009 à 13:27
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