Matthieu 7 v 21 – 27


Le grain de sable !
Chers amis,

l'histoire est connue et nous avons médité depuis notre enfance les deux chemins possibles et l'exhortation solennelle de Jésus à bâtir sur le roc. Nous allons donc rafraîchir un peu cette parabole et la reconstruire autour du grain de sable.

L'explication habituelle - et bonne - vise à dire que les paroles, et mêmes nos actes, présentent une illusion de solidité qui s'effacera devant la dureté de la vie si nous pensons pouvoir éviter de vivre dans la sincérité et la pureté. Ceux qui disent, dit la Bible, « Seigneur, Seigneur » et même ceux qui ont fait tant et plus au nom de la foi, de l'Église, de l'Evangile, tous ceux-là n'expérimentent la sécurité de l'Evangile qu'à condition qu'ils soient ancrés eux-mêmes dans une réalité de vie, de relation avec le Christ.
Bâtir sur le sable mène à la ruine quand les jours mauvais arrivent. Nous avons tous vu à la télévision des fleuves en crue, la caméra saisit le moment où les maisons s'écroulent et suscitent notre effroi. Le parallèle est évident, nous ne pouvons pas imaginer une vie humaine qui ne serait pas traversée par quelque tempête, et c'est là que les fondements d'une vie sont éprouvés. Bien-heureux ceux qui ont bâti sur le vrai et le durable ! Malheur à ceux qui se sont contentés de suivre les modes ou la superficialité de ce que propose une société de consommation.

Dans un deuxième temps reprenons l'image du sable, pour passer au grain de sable. L'image qui me vient à l'esprit est celle du sablier, du temps qui s'écoule et qu'on ne peut pas retenir. Là encore c'est une image négative, nous ne pouvons rien maintenir, tout s'écoule comme l'eau et nos actions se suivent, se succèdent, se perdent dans le fond indistinct du sablier du temps. Il nous suffit d'énumérer les activités d'une journée, du matin au soir, beaucoup de petits actes, un enchaînement continu, la répétition de jour en jour des mêmes petits éléments. Au fond je ne construis rien, s'écoule, tout s'amoncelle indistinctement.
A côté de cela l'image utilisée par Jésus est bien celle du roc, de la maison construite sur le roc, ce qui nous fera assurément penser, dans notre région d'Alsace, au grès des Vosges. Ici les châteaux ont traversé des siècles. Le grès des Vosges... un exemple de solidité, de stabilité.
Pourtant j'ouvre l'un ou l'autre ouvrage et je constate que ce magnifique grès des Vosges n'est quasiment constitué que... de grains de sable ! L'exemple de compacité est constitué de cet élément instable, roulant, fuyant, coulant ! Il n'y a qu'une différence, le grès est la cimentation de grains de sable. Un processus s'est développé, un liant a associé tous les grains de sable leur donnant cette stabilité. C'est la même chose mais c'est tout à fait différent ! Une réalité extérieure est venue donner une unité, une cohérence. Quelque chose crée du lien entre les mille petites choses de la vie.

Le premier des liants est l'attitude de vie qui peut se dire en une prière : Me voici Seigneur ce matin. Je quitte le sommeil de la nuit comme un homme sort du fleuve, ruisselant de l'eau de son baptême, et j'entre dans la journée, disponible, entier, orienté.
Dès le matin je t'entends ô Dieu prononcer mon nom tandis que je murmure le tien.
Je tente humblement de mettre en oeuvre ce que j'ai compris du secret de ton dessein.

Ce bien recherché n'est pas une idée vaporeuse difficile à définir, ce bien porte le nom de Jésus qui se révèle et se donne à nous par la Bible. Et la solidité de la construction se vérifie, l'on découvre même qu'il y a un architecte. Le Bien choisi par mon voisin, le bien choisi par un croyant, le bien choisi par l'enfant, l'adolescent jusqu'à ceux qui connaissent le grand âge, tous les éléments posés construisent une réalité forte et joyeuse qu'est l'Église.

Cependant ajoutons une dernière chose difficile, celle d'un autre grain de sable. Celui qui vient gripper la machine, qui irrite la gorge, qui fait pleurer les yeux. Tout ne va pas toujours bien, la tempêté évoquée arrive, le vent souffle vraiment fort quand nous affrontons l'échec, la maladie, l'injustice ou le deuil. Que faire de ce grain de sable ? La solution n'est pas de prier pour qu'il n'arrive rien, la solution réside dans le fait que nous pouvons intégrer la souffrance dans la réalité de la vie. Autrement dit il nous faut accepter la souffrance, accepter ce que nous ne pouvons pas éviter. Il faut que le liant vienne cimenter ce grain de sable, au départ extérieur, à la construction de nos vies. Ce qui nous arrive de difficile, de très difficile parfois, doit être regardé, resitué, accepté dans la réalité de la foi, dans la réalité du don de Dieu, de Jésus-Christ. Et le grain prendra sa place dans la construction, et la construction avancera.

Et enfin, quand tout à la fin de nos vies il arrive que tout se désagrère, à cause des erreurs et surtout tout simplement à cause de notre âge. Nous sommes dès lors invités à nous souvenir que rien ne peut jamais nous séparer de l'amour de Dieu. Toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu... Même si nous tombons, quand la mémoire se perd, quand les forces faiblissent et que l'ombre de la nuit vient nous menacer... souvenons-nous qu'aussi bas que nous tombions nous ne tomberons que dans les bras de Dieu. Il reste notre sécurité dernière et le sens de tout, de notre vie aussi, se trouve en lui.

Prions :
Merci Seigneur de pouvoir choisir la vie, la vraie vie qui se trouve et s'épanouit dans le bien. C'est notre choix, notre volonté comme notre salut, notre devoir et notre bonheur.
Merci de pouvoir aimer les mille petites choses que nous enchaînons et qui font notre journée.
Merci pour ta parole qui fait notre joie, elle est nourriture, boisson, lumière, chemin ! Au jour de la création tu t'es exclamé que le monde était beau et ouvrant ta parole, découvrant de quel amour nous sommes aimés, nous nous exclamons nous aussi tant tu es bon, beau et puissant. On t'a dit au repos mais ce n'est pas vrai, tu es au travail au milieu de nous ! Nous sommes tous en train d'être sauvés et c'est l'oeuvre de l'Esprit.

Merci pour la tradition qui nous porte et nous nourrit.
Merci pour le rythme de la semaine, celui des fêtes et des saisons.
Merci pour tous les cycles de la vie de l'Église, merci pour la liturgie, ses couleurs et même ses odeurs.
Merci pour l'Église qui me permet de comprendre les générations qui se suivent, se posent, se superposent pour un projet dont toi seul es le grand architecte.

Pour aujourd'hui, comme pour hier et demain, nous avançons dans ton grand dessein.
Mes pieds suivent le chemin des ancêtres et mes enfants aussi sont invités à choisir le vrai, le bien et l'humain.
Ensemble et le même jour nous entrerons dans ton royaume que tu construits, grain de après grain.
Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 1 Décembre 2009 à 09:15

En introduction à une assemblée d'inspection en octobre 2009


Lecture : Marc 1 v 16 – 20 (Jésus appelle ses disciples)
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Chers amis,

Qu'est-ce que la vocation quand on est un homme ou une femme ordinaire ?
Evidemment, sans autre introduction, la question surprend. De quoi parlons-nous ? En fait, nous nous sommes posé cette question dans ma paroisse de Niederbronn en préparant – déjà - le culte de la réformation auquel nous associons le thème de la vocation.

Vocation... As-tu la vocation ? A cette question l'on répond en fait à une idée simple. Il s'agit de savoir si ce jeune homme ou cette jeune femme veut être pasteur. Si tu penses avoir la vocation tu fais des études de théologie et tu deviens pasteur ! C'est aussi simple que cela.

As-tu la vocation ? Martin Luther s'est jeté dans la clémence de Dieu. La terreur de l'orage et de la foudre lui ont fait faire une promesse, celle de devenir moine s'il échappait à la foudre !
L'origine de sa vocation semble aussi simple que cela... Est-ce vraiment aussi simple que cela ?

Jean Calvin est quant à lui un mystère... Lui, le juriste dont le langage était souple et précis pour dire exactement, comme pour le Droit, quelle était la bonne théologie, il ne dit presque rien de sa conversion, de sa vocation... On sait qu'il fréquenta le courant évangélique de l'époque, qu'il lut des ouvrages, on se doute qu'il se mit à écrire et à recentrer une théologie qui devait l'être... mais il ne nous parle que très peu de sa vocation. Son parcours a été brillant, mais a-t-il seulement été ordonné pasteur ? Le voilà grande figure du protestantisme et nous ne savons pas bien du tout ce qui l'a mené, ce qui l'a convaincu, quel formidable bras de fer l'aurait opposé à Dieu... Ah heureusement nous avons Saul de Tarse, merci de nous avoir raconté comment tu as été terrassé et jeté du cheval sur lequel tu cheminais ! Dieu avait tout préparé pour qu'il soit un témoin ! Mais la conversion, la vocation de Calvin restera cachée de par sa volonté.

Nous aimons les grandes figures du protestantisme... nous aimons avoir quelques hommes ou femmes brillants, figures phares et emblématiques. Mais j'en reviens au groupe de préparation, je reviens aux hommes et aux femmes ordinaires. Je parle de nous. Qu'est-ce que la vocation ? Dieu merci ce ne sont pas seulement les pasteurs qui sont appelés. Ils sont simplement appelés à être des pasteurs, mais les appels de Dieu sont infiniment plus nombreux. Il y a ce qui se passe dans l'Eglise, mais mille et une choses se passent hors de l'Eglise !

Nous en sommes peu à peu venu à la formulation utilisée sans préalable. Dieu est extraordinaire mais qu'est-ce qu'une vocation ordinaire, pour des chrétiens « français-moyens » que nous sommes ? Il n'y a pas là de quoi se vexer, ordinaire ne veut pas rabaisser, cela veut simplement dire que nous ne voulons pas nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Nous ne voulons pas jouer à être leader, dirigeants, réformateurs, chargés de sauver le monde entier par la puissance de la prédication du salut. C'est tout simplement trop lourd, c'est charger la barque d'une manière excessive, c'est faire semblant se vouloir assumer un rôle qui n'est pas le nôtre. Et puis notre Eglise n'est pas vraiment en phase d'expansion...
Non, Dieu est extraordinaire, mais notre vocation doit trouver sa raison, son déploiement, son rythme dans l'ordinaire de nos jours et de nos semaines.
La vocation, autrement dit la place, le sens, le chemin... l'Eglise n'est pas la seule à chercher sa place et l'actualité nous fournit quelques exemples de travail, de labeur où l'on retrousse ses manches pour patiemment construire.
L'exemple dramatique est sans doute celui de France Telecom. Oui il est urgent de comprendre et de trouver d'autres voies, d'autres modes de travail. Quel est le rôle d'une entreprise et de ses dirigeants ? Quel est le respect, le sens, les précautions qu'il faut donner aux salariés ?
L'autre exemple est celui du parti socialiste. Voilà un immense parti obligé de reposer toutes les bonnes questions qu'un parti doit se poser, le voilà obligé de trouver une manière de construire et d'organiser.
Le dernier exemple est celui de l'Irlande, une nation est interrogée, elle participe, elle s'exprime par le vote. Quelle sera sa place dans l'Europe ? Quelle est sa conviction la plus profonde ?

Nous ici, au Liebfrauenberg, nous sommes cette assemblée animée d'une espérance et d'une volonté de travail. Cette soirée est une étape. Notre vocation ordinaire ? Se saisir des étapes, des rouages, des questions, pour patiemment poser pierre sur pierre. Vivre la vie de chrétien et faire le tour de la « Maison Eglise ».
Peut-être est-il bon de prendre quelques distances avec l'extraordinaire car ce qui est attendu c'est tout simplement que nous soyons trouvés au travail, avec nos facultés, notre expérience.

Nous avons évoqué Luther et Calvin, aussi le fonctionnement de la société civile. Cette assemblée d'inspection nous trouve ce soir au travail et permet l'information, l'échange, l'orientation, la vérification du sens, elle offre tout simplement un lieu fraternel. C'est dans cette sérénité, dans la patience et la constance de l'apport de tous nos talents que notre vocation trouvera le ton le plus juste, l'expression la plus adéquate. C'est la vocation de cette soirée.

Que Dieu nous bénisse dans ce travail et échange. Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Samedi 3 Octobre 2009 à 14:50

Actes 9
18 Aussitôt, des sortes d'écailles tombèrent des yeux de Saul et il put voir de nouveau. Il se leva et fut baptisé ; 19 puis il mangea et les forces lui revinrent. Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.
20 Il se mit immédiatement à prêcher dans les synagogues, en proclamant que Jésus est le Fils de Dieu. 21 Tous ceux qui l'entendaient étaient étonnés et demandaient : « N'est-ce pas cet homme qui persécutait violemment à Jérusalem ceux qui font appel au nom de Jésus ? Et n'est-il pas venu ici exprès pour les arrêter et les ramener aux chefs des prêtres ? » 22 Mais Saul se montrait toujours plus convaincant : les Juifs qui vivaient à Damas ne savaient plus que lui répondre quand il leur démontrait que Jésus est le Messie.
23 Après un certain temps, les Juifs prirent ensemble la décision de faire mourir Saul, 24 mais il fut averti de leur complot. On surveillait les portes de la ville jour et nuit, afin de le mettre à mort. 25 Alors les disciples de Saul l'emmenèrent de nuit pour le faire passer de l'autre côté du mur de la ville, en le descendant dans une corbeille.
26 Arrivé à Jérusalem, Saul essaya de se joindre aux disciples ; mais tous en avaient peur, car ils ne croyaient pas qu'il fût vraiment un disciple. 27 Barnabas le prit alors avec lui et le conduisit auprès des apôtres. Il leur raconta comment Saul avait vu le Seigneur en cours de route et comment le Seigneur lui avait parlé. Il leur dit aussi avec quelle assurance Saul avait prêché au nom de Jésus à Damas. 28 A partir de ce moment, Saul se tint avec eux, il allait et venait dans Jérusalem et prêchait avec assurance au nom du Seigneur. 29 Il s'adressait aussi aux Juifs de langue grecque et discutait avec eux ; mais ceux-ci cherchaient à le faire mourir. 30 Quand les frères l'apprirent, ils conduisirent Saul à Césarée, d'où ils le firent partir pour Tarse.


Chers frères et soeurs,

nous continuons notre chemin de carême, nous continuons à sonder ce mystère partiellement révélé, celui de la souffrance. Nous disions la semaine dernière que la prédication du royaume était au coeur des prédications de Jésus. Le royaume est là; il est déjà là, mais il est encore à venir. Nous vivons ainsi entre un « déjà » et un « pas encore ». Déjà la victoire, mais encore les défaites. Encore des batailles perdues, mais déjà des victoires remportées... Sachant que la perspective générale est celle d'une certitude... même si les soubresauts agitent encore ce monde, tout est déjà gagnée, car nous connaissons l'issue finale.
Paul se trouve donc comme nous dans cette échelle du temps du salut. Déjà il annonce le Christ, déjà des gens se convertissent, déjà sa parole est accompagnée des signes du salut, mais encore pour un moment la rage de ceux qui ne veulent pas de Jésus, de ceux qui, emportés par un esprit d'opposition vont jusqu'à vouloir la mort de celui qui parle. Il faut croire que lorsque nous n'avons que la parole ce n'est pas peu de choses alors que parfois les mots, les déclarations, les prédications peuvent sembler justement être peu de choses...
La prophétie concernant l'apôtre Paul annonçait qu'il avait été choisi, et qu'il allait particulièrement souffrir pour annoncer Jésus. Si nous avons évoqué les souffrances de ce monde, peut-être aussi les souffrances injustes et absurdes, nous n'avons pas encore évoqué la souffrance qui découle de notre fidélité au Christ. Nous comprenons au moins en partie les raisons de la violence qu'il va déchaîner.
D'abord il annonce Jésus alors que c'était déjà une levée progressive de bouclier contre cette annonce.
D'autre part Paul était un excellent juif, c'est-à-dire qu'il avait été juif avec rigueur, avec ferveur, avec intelligence, ayant été formé par les meilleurs maîtres de son époque.
Ensuite il ne se contente pas d'annoncer le Christ, il devient un contradicteur. Les Actes le présentent comme prouvant par les Ecritures que Jésus était le Christ.
Ensuite c'est un prédicateur à succès. Même si l'écho rencontré par sa prédication est parfois mauvais, moyen ou très bon, en tout cas c'est un prédicateur infatigable. Le plus souvent sa parole porte du fruit. Et il reste aussi longtemps qu'il le faut sur place, organise ses tournées, consolide le travail accompli, entretient une correspondance.
Ensuite c'est un prédicateur dont la prédication est accompagnée de signes miraculeux. C'est déjà ce qui avait occasionné de vives réactions de la part de ceux qui avaient décidés de faire exécuter le Christ. Face à une idée on peut, certes, opposer d'autres idées, mais face aux miracles que peut-on opposer ? On peut tout au plus faire taire, éliminer celui qui parle et agit. Et nous savons que c'est bien ce qui, au fil des ans, va arriver à Paul aussi. Il sera jeté en prison, le Nouveau Testament nous apprend qu'il va être jugé à Rome parce qu'il est citoyen romain. Et puis Paul disparaît, nous ne connaissons pas le dernier acte de sa vie.
Nous n'avons pas à mener la vie de Paul, à chacun sa vocation. Mais la fidélité au Christ nous amènera obligatoirement à parler et à agir, à cause de lui. Je laisse de côté ce qui pourrait être occasionné par notre maladresse pour ne retenir que l'aspect essentiel de la vérité. Oui il est vrai que nous sommes menés à témoigner, notre comportement sera aussi éthique. Quand on est honnête dans une entreprise, oui il y a un prix à payer. Quand on est vrai dans les rapports humains, oui cela aura des conséquences. Quand on refuse de se livrer à des formes de manipulations, quand on refusera des formes de débauches, quand on se refuse de réduire un homme ou une femme à un adversaire, quand on croit que la liberté et l'amour – aussi de la parole et des actions – sont tellement essentielle, oui pour certains c'est insupportable. Quand on rappelle que la grande valeur est celle de l'amour, de la solidarité, de la communion à la vérité et les uns avec les autres, oui il y aura bien un prix à payer. Et dans bien des pays, dans bien des conditions mentionner notre foi en Jésus suscite la moquerie, le rejet et même parfois la persécution.
« Déjà », « pas encore »... mais nous ne sommes pas de ceux qui retournent en arrière, nous allons vers le but, avec ceux et celles que nous entraînerons dans ce salut qui nous est si cher.
L'idée n'est pas de courir vers les difficultés mais, comme nous le disait Alain Arnoux dimanche, d'affermir notre visage pour tenir bon. Tenons bon et allons de l'avant. Amen.
Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 22 Mars 2009 à 07:45
2009 - 3ème veillée de carême
Le royaume de Dieu...

Nous avons médité durant les première semaines le fait que la souffrance était incontournable dans notre vie, par ailleurs nous disions aussi que c'était un malentendu que d'attendre, pour le Messie comme pour nous-mêmes, une vie, une qualité de vie qui irait en s'accroissant. Comment donc, le Christ viendrait et, tel le soleil prenant son élan, il irait jusqu'à son zénith et le monde entier en bénéficierait... Et nous aussi, de la naissance jusqu'à l'âge d'homme mûr nous irions, parce que nous sommes chrétiens, connus et aimés de Dieu, jusqu'à une position enviée : réussite, santé, préservation du mal, etc. Cette pensée fait oublier la place de la souffrance et plus que cela, elle tente de faire oublier que nous sommes appelés à une vie de disciple nous demandant, phrase rude, de porter sa croix. Que ce soit par notre une vie tout simplement humaine ou parce que la vie chrétienne est un chemin étroit, oui la souffrance fait partie de la vie et le nier serait tout simplement nier une réalité proche de l'évidence.

Aujourd'hui je voudrais méditer avec vous une autre notion précieuse pour comprendre l'espérance, le drame et le salut. Cette notion, prêchée par Jésus dès le commencement, va se développer et devenir peu à peu la perspective générale du salut. Il s'agit du royaume de Dieu prêché par Jésus depuis le premier jour.

Le commencement est très souvent utile pour comprendre la fin. Ainsi l'Evangile de Marc débute par l'annonce du royaume, c'est le cœur du message de Jésus. Peut-être remarquerez-vous que ce thème n'est pas dominant dans la vie de l'Eglise… pourtant c'est un thème majeur.
Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 12 Mars 2009 à 10:31

Matthieu3
1 En ce temps-là, Jean-Baptiste parut dans le désert de Judée j et se mit à prêcher : 2 « Changez de comportement, disait-il, car le Royaume des cieux s'est approché ! » 3 Jean est celui dont le prophète Ésaïe a parlé lorsqu'il a dit :
« Un homme crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
faites-lui des sentiers bien droits l ! »
4 Le vêtement de Jean était fait de poils de chameau et il portait une ceinture de cuir autour de la taille; il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. 5 Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région voisine de la rivière, le Jourdain, allaient à lui. 6 Ils confessaient publiquement leurs péchés et Jean les baptisait dans le Jourdain.


Voir - entendre

Plus tard Jésus demandera à ses contemporains ce qu'ils étaient allés voir en se rendant auprès de Jean-Baptiste. Qu'êtes-vous allé voir ? Jésus renvoyait déjà à plus profond car, quand on voit, il faut toujours réfléchir à ce que l'on voit, le sens n'est pas si premier qu'il en a l'air.

Le silence et le cri
Mais le texte du jour renvoie à une voix qui crie dans le désert. C'est le désert qui est le vrai lieu de la rencontre. Non un désert n'est pas sympathique ! Mais il est authentique. Les musiques, les fêtes, les couleurs, le rythme de tous les jours couvrent plus ou moins habilement la pauvreté d'une vie intérieure.
Souvenons-nous, c'est au désert que Dieu a emmené son peuple pour le préparer à la terre promise.
Il paraît aussi qu'à l'époque de l'existence du grand temple de Jérusalem, quand on entrait dans le Temple et qu'on progressait vers des lieux de plus en plus saints, jusque dans le Saint des Saints, il y avait... rien. Un vide, un silence.
C'est comme lorsque nous allons dans une église, elle est souvent vide et silencieuse. A nous de parler dans le silence, à nous de percevoir ce qui est présent, à nous de savoir de quoi, de qui elle est habitée. C'est aux artistes et architectes de nous conduire, ils sont, eux aussi, parfois dans le rôle des prophètes.

Noël, nous le savons fort bien correspond à une frénésie d'images, de sons, d'illuminations. Nous pouvons apprécier l'illumination des villes, les décors de Noël, je les apprécie. Mais la musique des supermarchés, où l'on entend se superposer toutes les musiques simplement pour promouvoir les achats, est plutôt pénible. Noël c'est plutôt la simplicité, le sens, l'espérance. Rien à voir avec ces frénésies consommatrices.

Qu'êtes-vous allés voir en rejoignant Jean-Baptiste ? Vêtement de poil de chameaux, un personnage hirsute, vociférant, au langage rude... ça valait bien la peine d'aller et de sortir du désert...
Oui mais la vie de tous les jours devient insupportable tellement elle est creuse, répétitive. Une vie passe à répéter les mêmes choses, tout est en place, le travail et la consommation, les petites habitudes, au fond on n'a pas besoin d'autre chose, au fond il n'y a pas de fond. Alors au fond de nous s'est développé notre cri, notre appel intérieur, notre résistance, notre appel à un absolu. Notre cri intérieur rencontre son écho dans le cri de Jean-Baptiste.
Aller au désert...
Les gens quittaient leurs maisons et leurs habitudes pour le rejoindre, pour se faire baptiser. C'est quand on se coupe du bruit de la vie qu'on peut entendre ce qui se dit au désert. Entendre ce qui se dit au désert ? Car oui le désert parle ! Quand on accepte d'aller au fond de soi on ne découvre pas le silence, des silences, mais tout ce qui crie en soi ! Tout ce sur quoi on avait mis une couverture, tout ce qui avait été tu parce que cela dérangeait, tout ce qui dérangeait l'ordre extérieur sage et répétitif. Oui il y a bien des réalités qui crient en nous que nous faisons se taire. Et Jean-Baptiste lâche son cri. Il concerne la religion, il concerne la foi, il concerne l'espérance, il concerne le Christ. Son cri est un coup de buttoir dans la superficialité des vies et des rites.
Son cri met à jour la crise intérieure.

Noël voudrait être douceur, sucreries, tendresses, sécurités, familles unies, gestes d'amour, temps consacrés, etc. et nous avons ici l'appel de la famine. Un homme cherche le vrai Dieu et non des machins, des peluches, des objets ou de la consommation. Et nous-mêmes avons besoin de réentendre Jean-Baptiste, de le laisser rejoindre car quand il nous rejoint, le cri que nous avons au fond de nous retentit aussi !

Suffit de faire semblant ! Suffit de couler des jours ! Suffit de croire que la consommation donne le bonheur ! Suffit de croire que nous ne sommes pas perdus dans la complexité de la vie et de ce monde ! Il suffit ! La coupe est pleine de faire ce que la société juge convenable, d'être des conformistes qui se prennent pour la sagesse incarnée ! Suffit de mettre sous le boisseau nos souffrances, nos révoltes, nos espérances.

Noël va être une nouvelle naissance, ce qui qui est intérieur, caché, intime et sacré, va venir à jour. La foudre de Jean et la tendresse de Dieu. Les plis et les replis du plus profond de nos vies vont être mis à plat.

Vous connaissez cette race de chiens qui ont des plis si profonds qu'on ne voit plus la peau ou la forme du squelette ! Nos vies aussi sont ainsi, on ne laisse plus accès qu'à la surface ! On n'avait pas osé le croire, on n'avait pas osé le dire, on n'avait plus osé l'exprimer, mais Dieu vient vers nous.
Et j'en termine. Hier nous avons baptisé un nourrisson, une petite Noémie. Rappelons le sens du baptême: dans un premier temps c'est le mouvement vers la mort, c'est le mouvement vers la profondeur, le mouvement vers le désert. Il faut se dépouiller, il faut laisser derrière soi, il faut aller plus loin, être plus vrai, ouvrir, tout ouvrir pour quitter. Ouvrir et lâcher prise, ouvrir et plonger dans ce vide qui fait peur, mais qui est la porte de la vie.

Le second mouvement vient du fait qu'au fond de notre descente une voix nous rend la vie, la voix dont Jean-Baptiste est l'écho, une voix qui nous appelle par notre nom, une voix qui ordonne de ressusciter, d'être un être de lumière, de recevoir l'Esprit, de vivre comme des frères.
Aujourd'hui comme au dernier jour, cette voix surgira et nous donnera la vie. Rejoints par le Christ viennent sur nous la vie de l'Esprit, la paix, la guérison, l'harmonie intérieure, le vie éternelle. Tout est donné, tout est là.

Bruno Holcroft, le 15.12.008
Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 15 Décembre 2008 à 17:56
Les pompiers à l'occasion de la sainte Barbe
Célébration oecuménique de la sainte Barbe

Le psaume 19 que nous avons antiphoné en commençant cette célébration disait la beauté de la création, la beauté du ciel étoilé.
Le psalmiste décrivait le soleil se levant le matin comme un jeune marié, tout heureux de prendre son élan... Rien sur terre n'échappera à ses rayons...

C'est là un message que chacun perçoit, que chacun comprend. Il se dégage de ce psaume un sentiment de paix, de sérénité, car la nature est en ordre. Rien n'est discuté, tout est évident. C'est la beauté du monde, c'est l'immuable, c'est la beauté de Dieu, c'est la beauté et la solidité des Ecritures saintes.

Que nous dit-il d'autre ce passage si paisible ? Il me semble que nous pourrions entendre qu'un message de paix veut être entendu par le monde, par les gens au milieu desquels nous vivons.
Contrairement à ce qui se dégage de ce psaume 19, nous avons souvent et puissamment le sentiment que le monde change, qu'il est dangereux, qu'il est instable. Que faut-il évoquer aujourd'hui ? Vous connaissez comme moi les mutations de notre région, comment la vie de famille a changé, comment les métiers ont changé, comment les mentalités ont changé, comme l'éducation a changé, comment le rapport à l'autorité et la transmission ont changé. Etc.
Nous vivons simultanément une série de changements et nous n'y pouvons rien, c'est la vie et le monde qui sont ainsi.

Pourtant le soleil se lève le matin... pourtant cette beauté des cieux étoilés... pourtant il y a ces réalités immuables qui donnent de la stabilité au monde...
Et parmi les éléments qui donnent de la stabilité, parmi les éléments qui rassurent, parmi les éléments qui donnent un fondement stable dans un monde qui s'agite et vacille, nous avons besoin d'hommes et de femmes qui assurent une continuité. Des hommes et des femmes qui diront chacun avec leurs mots, que des priorités seront conservées, qu'on peut compter sur eux, qu'ils ne seront pas pris par le tourbillon du changement au point d'oublier la beauté du service.

Qu'est-ce qui donne de la beauté et de la stabilité au monde ? Pour une fois ne citons pas l'industrie, l'emploi, la démocratie et toutes ces réalités indiscutables. Citons peut-être parmi nous le bénévolat, la générosité, le courage, le dévouement, la camaraderie, la passion de servir, la volonté d'aider.
Ce sont autant d'étoiles dans le ciel, autant d'éclats dans la vie ! car nous avons besoin d'exemples, d'être des exemples pour les autres, de faire monter sur la terre ce réseau qui exprime une fraternité, de faire briller les feux des solidarités, de faire se lever du matin jusqu'au soir la réponse à l'appel.

Quand sonne le téléphone, ce n'est pas le soleil qui se lève, c'est le pompier qui fonce. Et il faut dire la beauté des pompiers non à cause d'un casque ou d'un équipement, mais parce que, lorsqu'il parcourt la ville et la région, c'est un message visuel et sonore qui redit que dans un monde instable la solidarité et l'oubli de soi sont toujours de mise. Le monde change, les hommes changent, mais reste l'éclat de Dieu, l'éclat de ce qui est éternel, la sagesse des temps anciens.
Reste la beauté du temps que l'on offre, de l'effort consenti et parfois même les vies qui sont données pour sauver et servir, tout cela est aussi un témoignage éclatant. Il le faut pour que la vie soit possible, que le monde reste stable.
Et j'en termine :demain, comme l'a décrit le psalmiste, nous verrons le soleil se lever dans sa beauté, dans sa force, dans la stabilité du monde et nous nous dirons que Dieu a fait son travail, et nous dirons ensuite puisque Dieu a fait son travail, à notre tour de faire le nôtre là encore pour la beauté et la stabilité de notre monde. Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Dimanche 7 Décembre 2008 à 07:20

Psaume 90 et Marc 4 v 1-9


Les vieux et les sages
Etre vieux ne fait envie à personne car cet état signifie connaître des maux de santé, d'être plaintifs et lents, être dépassé par le progrès voir même par le monde actuel... ! Dur d'être vieux, dur pour soi et dur pour les autres !
Ce cliché est pourtant bien partial, bien réducteur, non seulement parce que bien des retraités jouissent d'une bonne santé et que cette nouvelle étape de la vie correspond à de nouvelles découvertes, mais tout simplement parce que l'expérience accumulée tout au long des années peut produire tout autre chose qu'une vie rabougrie. D'être vieux est péjoratif, d'être un ancien et un sage..., voilà tout autre chose !

Certains d'entre vous ont fait le tour du monde par le tourisme ou les activités professionnelles, disons ici qu'en étant septuagénaires ou octogénaires nous avons fait le tour de la vie. Et nous pouvons énumérer bien des réalités. Ils ont parcouru le monde du travail, celui de l'amour ou des amours, le monde de la politique, celui des enfants et petits enfants, celui de la souffrance et souvent du veuvage, celui des engagements, des solidarités, du courage, des échecs, de la jeunesse, de la vie en société et j'en passe. Nous venons d'esquisser un joyeux pêle-mêle !

La parabole des talents (Marc 4) peut encourager à comprendre la fin d'une vie. Acceptons d'interpréter les étapes de la parabole comme autant d'étapes chronologiques.

  • Les oiseaux ont mangé les grains de blé... peut-être est-ce le souvenir d'une jeunesse et des erreurs commises...
  • Les pierres ont empêché le grain de lever... peut-être est-ce cette fois l'étape du mariage, l'étape des constructions, l'étape de tant de débuts qui est évoquée...
  • Les épines ont étouffé le grain qui devait lever… peut-être est-ce là le souvenir d'une vie professionnelle et de tant d'efforts qu'il fallut consentir pour mener sa carrière ou tout simplement à survivre tant bien que mal...
  • Reste la bonne terre, peut-être l'étape de la vieillesse... ?

À l'automne de la vie vous êtes riches de l'expérience, riches de tout ce que vous avez affronté et souvent surmonté. Jeunes et moins jeunes ont besoin de vous, d'être encouragés, de comprendre comment l'on tient ferme, comment l'on garde la foi, comment on pardonne, comme on continue à être généreux, comment l'on continue à faire confiance.
Le secret de la vie est-il bien dans le sens ? L'amour est-il bien la vérité suprême ? Le croyant a-t-il eu raison de bâtir sa vie sur ce qu'il comprenait de la Bible et de Jésus-Christ ?

A l'automne de la vie, à l'étape de la vieillesse, mettons en sourdine les récriminations qui viennent trop vite sur les lèvres et ne racontons qu'à quelques-uns combien la vie a changé et où le corps souffre.
Par contre prenez le temps de raconter longuement comment le grain a levé !
Tags : sagesse
Rédigé par Bruno Holcroft le Lundi 10 Novembre 2008 à 17:57