Marc 11

Ils partirent donc et trouvèrent un âne dehors, dans la rue, attaché à la porte d'une maison. Ils le détachèrent. 5 Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur demandèrent : « Que faites-vous ? pourquoi détachez-vous cet ânon ? » 6 Ils leur répondirent ce que Jésus avait dit, et on les laissa aller. 7 Ils amenèrent l'ânon à Jésus ; ils posèrent leurs manteaux sur l'animal, et Jésus s'assit dessus g . 8 Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, et d'autres y mirent des branches vertes qu'ils avaient coupées dans la campagne h . 9 Ceux qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient : « Gloire à Dieu ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! 10 Que Dieu bénisse le royaume qui vient, le royaume de David notre père ! Gloire à Dieu dans les cieux i ! »


Chers frères et sœurs

Jeudi dernier lors de notre première méditation nous soulignions que Notre Père est dans le secret de nos vies, il nous entend, il nous voit et c'est particulièrement vrai quand nous sommes dans la souffrance.

Nous voulons tous d'une vie qui serait montée vers le bonheur. C'est ainsi que nous sommes tous à la recherche d'une harmonie, celle d'un bonheur personnel, mais aussi de la paix entre les hommes, à la recherche d'une stabilité politique. Une aspiration à une justice, à une entente, tout cela soulève notre poitrine et tout cela était déjà le désir profond des croyants d'Israël.

Trois réalités profondes devaient être unies, réunies, afin de répondre à cette aspiration à la paix. Ces trois réalités sont les rois, les prêtres et les prophètes. Autrement dit l'accord, l'unité entre le pouvoir militaire, le pouvoir religieux et la parole de vérité, libre de toute institution, ouverte à l'inspiration la plus authentique !
Moïse a ainsi été l'un des grands car il fut à la fois libérateur, meneur d'homme, chef militaire et religieux inspiré !
Mais ces temps furent des exceptions car très souvent l'histoire d'Israël correspondit à la dégénérescence ou à l'absence de l'un ou de l'autre.
Ainsi le roi peut se prendre au jeu de la politique, il peut être pris dans les luttes de succession, il peut être tenté par des idolâtries, par ces alliances contraires à la notion de peuple élu. Le roi peut oublier qui l'a fait roi...

Le pouvoir religieux, , celui d'Israël comme celui de tous les temps, peut s'enfoncer dans un formalisme purement extérieur. La religion peut n'être qu'une forme, une coquille vide, des rites vidés de leurs sens premiers. Et les hommes qui exercent la fonction de prêtres peuvent s'intéresser au pouvoir, à exercer des pressions sur les personnes, à céder à l'appât du gain, etc.

Des prophètes, les troisièmes de notre trilogie, il faut d'abord savoir si ce sont de vrais ou de faux prophètes ! La question n'est pas simple, pour s'en convaincre il suffit que chacun se demande quelle est la volonté pour Dieu dans sa vie... L'idée qui me traverse de qui vient-elle ? Le sentiment, mon ressenti… quelles en est sont les origines ? Une notion de faute, un enthousiasme, une logique serrée… et Dieu dans tout cela ? Où est l'Esprit Saint, quelle est la bonne inspiration ? Et l'Esprit parle-t-il quand une majorité à voté à bulletin secret ou à main levée... ? Non, la question n'est pas simple. Quand un homme surgit, qu'il n'a pas été formé à bonne école, qu'il n'est recommandé de nulle part, pourquoi l'écouter ? « Qui t'a donné autorité » demandèrent souvent les rabbins à Jésus.

Roi, prêtre, prophète, l'espérance voulait qu'en un seul homme, comme ce fut le cas en Moïse, tout soit réuni. Et l'aspiration à la paix évoquée en introduction pouvait prendre corps en Jésus.
Quand Jésus guérissait, quand Jésus nourrit la foule, celle-ci, tout naturellement voulu qu'il monte à Jérusalem, qu'il devienne roi. Et si le roi était aussi chef militaire, c'est tant mieux car il fallait buter les Romains hors du pays !

Frères et soeurs, que pourrait-il bien se passer quand on attend tout d'un seul homme ? À échelle humaine ce sera évidemment impossible, c'est l'échec à tous les coups. Pourtant il s'agit là de Jésus qui, pour nous, n'est pas qu'un humain. Notre attente est effectivement totale. Et dans ce cas ce n'est pas qu'il ne puisse pas réaliser notre attente comme un humain en qui nous mettrions notre confiance, mais par contre nous aussi nous avons à éviter un malentendu.
Roi, prêtre, prophète… oui il l'est. Mais souvenons-nous de la méditation de la semaine dernière, il a quelque chose à accomplir, une délivrance à donner qui va au-delà de la patrie, au-delà d'un bonheur personnel, au-delà de la fusion des pouvoirs temporels et spirituels.
Le Christ annonce le salut, pourtant il va aller vers la mort. Il y a donc décalage, divergence, malentendu. Comment concilier la délivrance avec la mort ?! Notre idée à nous est bien plus simple, plus facile, répétons-la une nouvelle fois : dès lors que Dieu est présent, cette présence correspond au recul des ténèbres, à la défaite du mal, à l'avancée de la justice. Etc. Oui qu'il avance comme un roi victorieux !
Pourtant nos veillées de carêmes, notre chemin de carême, se veulent chemin pour approfondir ce que le Christ a réalisé d'autre, de différent, par la souffrance et par la mort.
Soulevons un coin du voile... si nous en parlons aujourd'hui ce n'est pas parce qu'il a souffert et qu'il est mort, mais parce qu'il est ressuscité !
Les disciples, les contemporains, les croyants de tous les temps sont devant le mystère, l'adoration, l'exploration du salut qui a été accompli.
Puisqu'il était bien et roi, et prêtre, et prophète, qu'a-t-il accompli ? Et si nous avons quitté le malentendu, quel est le « bien entendu » dont il faut se saisir ? Le carême nous conduira dans ce chemin. Amen.


Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 5 Mars 2009 à 16:57

Matthieu 6

16 « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme font les hypocrites : ils changent de visage pour que tout le monde voie qu'ils jeûnent. Je vous le déclare, c'est la vérité : ils ont déjà leur récompense. 17 Mais toi, quand tu jeûnes, lave-toi le visage et parfume ta tête, 18 afin que les gens ne se rendent pas compte que tu jeûnes. Seul ton Père qui est là, dans le secret, le saura ; et ton Père, qui voit ce que tu fais en secret, te récompensera. »
19 « Ne vous amassez pas des richesses dans ce monde, où les vers et la rouille détruisent, où les cambrioleurs forcent les serrures pour voler. 20 Amassez-vous plutôt des richesses dans le ciel, où il n'y a ni vers ni rouille pour détruire, ni cambrioleurs pour forcer les serrures et voler. 21 Car ton coeur sera toujours là où sont tes richesses. »


Chers amis,

Nous commençons cette période de carême et, comme annoncé en introduction, nous allons peu à peu quitter l'idée d'un salut clair, en accord avec notre logique, pour sonder peu à peu ce qui est relatif à la souffrance et puis même à la mort.

Souffrance et mort... ? Quelles questions ! Nous pouvons effectivement avoir envie de faire demi-tour. Nous pouvons souhaiter une vie sans souffrance, une lutte contre tous les maux de la terre, ne voulons-nous pas justement un monde apaisé, juste, fraternel, équitable, guéri ?

L'apôtre Pierre a eu la même idée et s'étant approché de Jésus après que ce dernier eut évoqué la souffrance et la mort prochaine du Messie qu'il était, lui dit que ce n'était pas le bon chemin ! Jésus le reprit, il ne se contenta pas de dire qu'il avait tort, ou ne pas avoir peur, il lui dit carrément « arrière de moi satan ».

Nous voici donc avec cette même interrogation. Celle qui concerne le Messie, celle aussi qui concerne tout ce que nous avons à vivre et à croire...

Devant la souffrance il ne s'agit pas de résignation mais d'humilité. Ne devons-nous pas humblement reconnaître que la souffrance fait partie de la vie ? La souffrance, oui, et également les échecs, aussi les injustices. Nous voulons reconnaître ensemble que nous sommes parfois broyés par ce qui nous arrive. Broyés, c'est bien le terme et quand nous sommes broyés nous n'arrivons pas du tout à penser, pas du tout à faire confiance, pas du tout à envisager un autre avenir. A ce moment-là je ne suis plus un humain avec une volonté, une énergie, une capacité, je suis un cri, un cri qui s'élève, un cri qui lézarde mon être en crevasses profondes. Je suis alors un cri – qu'il soit exprimé ou non.

Que faire de la question de la souffrance, que faire de la réalité de la souffrance dans nos vies ? La question est immense, elle est sensible, elle va au plus profond. Même si les progrès de la médecine nous réjouissent, même s'il n'y aucune raison de souffrir quand on accouche, quand on va chez le dentiste ou qu'on est sur un lit d'hôpital, la souffrance nous trouve et nous retrouve toujours. C'est parfois le corps, c'est parfois les sentiments, parfois aussi notre âme. Nous avons régulièrement rendez-vous avec la souffrance.
Elle s'invite même quand nous n'avons rien demandé.
La souffrance comprise est déjà immense, il nous suffit d'évoquer les catastrophes et les injustices de par le monde. C'est déjà décevant, repoussant, révoltant, traumatisant. Mais quand la souffrance n'a pas de sens, elle nous interroge encore plus. Pourquoi suis-je malade ? Pourquoi cet accident m'est-il arrivé ? Pourquoi un bonheur est-il anéanti ? Pourquoi un jeune enfant se meurt-il de sa leucémie ?
Vous le voyez bien, il ne s'agit pas d'un jeu de questions pour intellectuels, la souffrance nous entraîne face à ce qui est terrible. Cette question de la souffrance nous meurtrit, et même ici nous ne pouvons pas en parler longtemps car les réalités évoquées sont tellement redoutables et même les paroles ne sont pas toujours adéquates.

Durant ce carême nous allons donc nous rapprocher de plus en plus de la crise jusqu'à son paroxysme, jusqu'à la mort sur la croix.

Aujourd'hui je terminerai par la simple évocation de ce verset 18 « Seul ton Père qui est là dans le secret... » Ce verset évoque la prière, il évoque aussi cette intimité avec Dieu dans tous les malheurs. Quand nous trébuchons dans notre marche, quand nous tâtonnons pour comprendre, il y a là une réalité dont la foi peut se saisir. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »
Dieu n'est pas quelqu'un qui punit, il est celui qui se tient au plus proche, au plus intime, il est celui qui sait, qui voit, qui accompagne. Et même Dieu se retrouva devant la souffrance et la mort de son Fils, il ne va pas se détourner mais va accompagner, vivre la mort de son Fils.

Dieu peut-il parfois intervenir et aider ? Evidemment. Mais plus fondamentalement Dieu qui « permet » nous accompagne dans la souffrance, jusque dans les plus grandes souffrances. « Seul ton Père qui est là dans le secret... »

Jésus a continuellement cherché le sens, le chemin, son destin en ce lien si intime, si vital, si décisif. Le sens de la souffrance, le sens de la vie, le sens de ce qui n'a pas de sens ne peuvent pas être donnés lors d'une méditation ou d'une conférence.
Le sens ultime est un mystère parfois partiellement levé, mais jamais totalement éclairci. Ce mystère se vivra en une présence, une présence aimante, une présence qui conduit pas à pas en une vérité inimaginée au départ et qui sera totalement révélée dans cette réalité que nous nommons le royaume de Dieu.

Que son règne vienne et que le Père qui est là dans le secret nous accompagne.
Tags : carême 2009
Rédigé par Bruno Holcroft le Jeudi 26 Février 2009 à 14:36