Matthieu 7 v 21 – 27
Chers amis,
l'histoire est connue et nous avons médité depuis notre enfance les deux chemins possibles et l'exhortation solennelle de Jésus à bâtir sur le roc. Nous allons donc rafraîchir un peu cette parabole et la reconstruire autour du grain de sable.
L'explication habituelle - et bonne - vise à dire que les paroles, et mêmes nos actes, présentent une illusion de solidité qui s'effacera devant la dureté de la vie si nous pensons pouvoir éviter de vivre dans la sincérité et la pureté. Ceux qui disent, dit la Bible, « Seigneur, Seigneur » et même ceux qui ont fait tant et plus au nom de la foi, de l'Église, de l'Evangile, tous ceux-là n'expérimentent la sécurité de l'Evangile qu'à condition qu'ils soient ancrés eux-mêmes dans une réalité de vie, de relation avec le Christ.
Bâtir sur le sable mène à la ruine quand les jours mauvais arrivent. Nous avons tous vu à la télévision des fleuves en crue, la caméra saisit le moment où les maisons s'écroulent et suscitent notre effroi. Le parallèle est évident, nous ne pouvons pas imaginer une vie humaine qui ne serait pas traversée par quelque tempête, et c'est là que les fondements d'une vie sont éprouvés. Bien-heureux ceux qui ont bâti sur le vrai et le durable ! Malheur à ceux qui se sont contentés de suivre les modes ou la superficialité de ce que propose une société de consommation.
Dans un deuxième temps reprenons l'image du sable, pour passer au grain de sable. L'image qui me vient à l'esprit est celle du sablier, du temps qui s'écoule et qu'on ne peut pas retenir. Là encore c'est une image négative, nous ne pouvons rien maintenir, tout s'écoule comme l'eau et nos actions se suivent, se succèdent, se perdent dans le fond indistinct du sablier du temps. Il nous suffit d'énumérer les activités d'une journée, du matin au soir, beaucoup de petits actes, un enchaînement continu, la répétition de jour en jour des mêmes petits éléments. Au fond je ne construis rien, s'écoule, tout s'amoncelle indistinctement.
A côté de cela l'image utilisée par Jésus est bien celle du roc, de la maison construite sur le roc, ce qui nous fera assurément penser, dans notre région d'Alsace, au grès des Vosges. Ici les châteaux ont traversé des siècles. Le grès des Vosges... un exemple de solidité, de stabilité.
Pourtant j'ouvre l'un ou l'autre ouvrage et je constate que ce magnifique grès des Vosges n'est quasiment constitué que... de grains de sable ! L'exemple de compacité est constitué de cet élément instable, roulant, fuyant, coulant ! Il n'y a qu'une différence, le grès est la cimentation de grains de sable. Un processus s'est développé, un liant a associé tous les grains de sable leur donnant cette stabilité. C'est la même chose mais c'est tout à fait différent ! Une réalité extérieure est venue donner une unité, une cohérence. Quelque chose crée du lien entre les mille petites choses de la vie.
Le premier des liants est l'attitude de vie qui peut se dire en une prière : Me voici Seigneur ce matin. Je quitte le sommeil de la nuit comme un homme sort du fleuve, ruisselant de l'eau de son baptême, et j'entre dans la journée, disponible, entier, orienté.
Dès le matin je t'entends ô Dieu prononcer mon nom tandis que je murmure le tien.
Je tente humblement de mettre en oeuvre ce que j'ai compris du secret de ton dessein.
Ce bien recherché n'est pas une idée vaporeuse difficile à définir, ce bien porte le nom de Jésus qui se révèle et se donne à nous par la Bible. Et la solidité de la construction se vérifie, l'on découvre même qu'il y a un architecte. Le Bien choisi par mon voisin, le bien choisi par un croyant, le bien choisi par l'enfant, l'adolescent jusqu'à ceux qui connaissent le grand âge, tous les éléments posés construisent une réalité forte et joyeuse qu'est l'Église.
Cependant ajoutons une dernière chose difficile, celle d'un autre grain de sable. Celui qui vient gripper la machine, qui irrite la gorge, qui fait pleurer les yeux. Tout ne va pas toujours bien, la tempêté évoquée arrive, le vent souffle vraiment fort quand nous affrontons l'échec, la maladie, l'injustice ou le deuil. Que faire de ce grain de sable ? La solution n'est pas de prier pour qu'il n'arrive rien, la solution réside dans le fait que nous pouvons intégrer la souffrance dans la réalité de la vie. Autrement dit il nous faut accepter la souffrance, accepter ce que nous ne pouvons pas éviter. Il faut que le liant vienne cimenter ce grain de sable, au départ extérieur, à la construction de nos vies. Ce qui nous arrive de difficile, de très difficile parfois, doit être regardé, resitué, accepté dans la réalité de la foi, dans la réalité du don de Dieu, de Jésus-Christ. Et le grain prendra sa place dans la construction, et la construction avancera.
Et enfin, quand tout à la fin de nos vies il arrive que tout se désagrère, à cause des erreurs et surtout tout simplement à cause de notre âge. Nous sommes dès lors invités à nous souvenir que rien ne peut jamais nous séparer de l'amour de Dieu. Toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu... Même si nous tombons, quand la mémoire se perd, quand les forces faiblissent et que l'ombre de la nuit vient nous menacer... souvenons-nous qu'aussi bas que nous tombions nous ne tomberons que dans les bras de Dieu. Il reste notre sécurité dernière et le sens de tout, de notre vie aussi, se trouve en lui.
Prions :
Merci Seigneur de pouvoir choisir la vie, la vraie vie qui se trouve et s'épanouit dans le bien. C'est notre choix, notre volonté comme notre salut, notre devoir et notre bonheur.
Merci de pouvoir aimer les mille petites choses que nous enchaînons et qui font notre journée.
Merci pour ta parole qui fait notre joie, elle est nourriture, boisson, lumière, chemin ! Au jour de la création tu t'es exclamé que le monde était beau et ouvrant ta parole, découvrant de quel amour nous sommes aimés, nous nous exclamons nous aussi tant tu es bon, beau et puissant. On t'a dit au repos mais ce n'est pas vrai, tu es au travail au milieu de nous ! Nous sommes tous en train d'être sauvés et c'est l'oeuvre de l'Esprit.
Merci pour la tradition qui nous porte et nous nourrit.
Merci pour le rythme de la semaine, celui des fêtes et des saisons.
Merci pour tous les cycles de la vie de l'Église, merci pour la liturgie, ses couleurs et même ses odeurs.
Merci pour l'Église qui me permet de comprendre les générations qui se suivent, se posent, se superposent pour un projet dont toi seul es le grand architecte.
Pour aujourd'hui, comme pour hier et demain, nous avançons dans ton grand dessein.
Mes pieds suivent le chemin des ancêtres et mes enfants aussi sont invités à choisir le vrai, le bien et l'humain.
Ensemble et le même jour nous entrerons dans ton royaume que tu construits, grain de après grain.
Amen.
l'histoire est connue et nous avons médité depuis notre enfance les deux chemins possibles et l'exhortation solennelle de Jésus à bâtir sur le roc. Nous allons donc rafraîchir un peu cette parabole et la reconstruire autour du grain de sable.
L'explication habituelle - et bonne - vise à dire que les paroles, et mêmes nos actes, présentent une illusion de solidité qui s'effacera devant la dureté de la vie si nous pensons pouvoir éviter de vivre dans la sincérité et la pureté. Ceux qui disent, dit la Bible, « Seigneur, Seigneur » et même ceux qui ont fait tant et plus au nom de la foi, de l'Église, de l'Evangile, tous ceux-là n'expérimentent la sécurité de l'Evangile qu'à condition qu'ils soient ancrés eux-mêmes dans une réalité de vie, de relation avec le Christ.
Bâtir sur le sable mène à la ruine quand les jours mauvais arrivent. Nous avons tous vu à la télévision des fleuves en crue, la caméra saisit le moment où les maisons s'écroulent et suscitent notre effroi. Le parallèle est évident, nous ne pouvons pas imaginer une vie humaine qui ne serait pas traversée par quelque tempête, et c'est là que les fondements d'une vie sont éprouvés. Bien-heureux ceux qui ont bâti sur le vrai et le durable ! Malheur à ceux qui se sont contentés de suivre les modes ou la superficialité de ce que propose une société de consommation.
Dans un deuxième temps reprenons l'image du sable, pour passer au grain de sable. L'image qui me vient à l'esprit est celle du sablier, du temps qui s'écoule et qu'on ne peut pas retenir. Là encore c'est une image négative, nous ne pouvons rien maintenir, tout s'écoule comme l'eau et nos actions se suivent, se succèdent, se perdent dans le fond indistinct du sablier du temps. Il nous suffit d'énumérer les activités d'une journée, du matin au soir, beaucoup de petits actes, un enchaînement continu, la répétition de jour en jour des mêmes petits éléments. Au fond je ne construis rien, s'écoule, tout s'amoncelle indistinctement.
A côté de cela l'image utilisée par Jésus est bien celle du roc, de la maison construite sur le roc, ce qui nous fera assurément penser, dans notre région d'Alsace, au grès des Vosges. Ici les châteaux ont traversé des siècles. Le grès des Vosges... un exemple de solidité, de stabilité.
Pourtant j'ouvre l'un ou l'autre ouvrage et je constate que ce magnifique grès des Vosges n'est quasiment constitué que... de grains de sable ! L'exemple de compacité est constitué de cet élément instable, roulant, fuyant, coulant ! Il n'y a qu'une différence, le grès est la cimentation de grains de sable. Un processus s'est développé, un liant a associé tous les grains de sable leur donnant cette stabilité. C'est la même chose mais c'est tout à fait différent ! Une réalité extérieure est venue donner une unité, une cohérence. Quelque chose crée du lien entre les mille petites choses de la vie.
Le premier des liants est l'attitude de vie qui peut se dire en une prière : Me voici Seigneur ce matin. Je quitte le sommeil de la nuit comme un homme sort du fleuve, ruisselant de l'eau de son baptême, et j'entre dans la journée, disponible, entier, orienté.
Dès le matin je t'entends ô Dieu prononcer mon nom tandis que je murmure le tien.
Je tente humblement de mettre en oeuvre ce que j'ai compris du secret de ton dessein.
Ce bien recherché n'est pas une idée vaporeuse difficile à définir, ce bien porte le nom de Jésus qui se révèle et se donne à nous par la Bible. Et la solidité de la construction se vérifie, l'on découvre même qu'il y a un architecte. Le Bien choisi par mon voisin, le bien choisi par un croyant, le bien choisi par l'enfant, l'adolescent jusqu'à ceux qui connaissent le grand âge, tous les éléments posés construisent une réalité forte et joyeuse qu'est l'Église.
Cependant ajoutons une dernière chose difficile, celle d'un autre grain de sable. Celui qui vient gripper la machine, qui irrite la gorge, qui fait pleurer les yeux. Tout ne va pas toujours bien, la tempêté évoquée arrive, le vent souffle vraiment fort quand nous affrontons l'échec, la maladie, l'injustice ou le deuil. Que faire de ce grain de sable ? La solution n'est pas de prier pour qu'il n'arrive rien, la solution réside dans le fait que nous pouvons intégrer la souffrance dans la réalité de la vie. Autrement dit il nous faut accepter la souffrance, accepter ce que nous ne pouvons pas éviter. Il faut que le liant vienne cimenter ce grain de sable, au départ extérieur, à la construction de nos vies. Ce qui nous arrive de difficile, de très difficile parfois, doit être regardé, resitué, accepté dans la réalité de la foi, dans la réalité du don de Dieu, de Jésus-Christ. Et le grain prendra sa place dans la construction, et la construction avancera.
Et enfin, quand tout à la fin de nos vies il arrive que tout se désagrère, à cause des erreurs et surtout tout simplement à cause de notre âge. Nous sommes dès lors invités à nous souvenir que rien ne peut jamais nous séparer de l'amour de Dieu. Toutes choses contribuent au bien de ceux qui aiment Dieu... Même si nous tombons, quand la mémoire se perd, quand les forces faiblissent et que l'ombre de la nuit vient nous menacer... souvenons-nous qu'aussi bas que nous tombions nous ne tomberons que dans les bras de Dieu. Il reste notre sécurité dernière et le sens de tout, de notre vie aussi, se trouve en lui.
Prions :
Merci Seigneur de pouvoir choisir la vie, la vraie vie qui se trouve et s'épanouit dans le bien. C'est notre choix, notre volonté comme notre salut, notre devoir et notre bonheur.
Merci de pouvoir aimer les mille petites choses que nous enchaînons et qui font notre journée.
Merci pour ta parole qui fait notre joie, elle est nourriture, boisson, lumière, chemin ! Au jour de la création tu t'es exclamé que le monde était beau et ouvrant ta parole, découvrant de quel amour nous sommes aimés, nous nous exclamons nous aussi tant tu es bon, beau et puissant. On t'a dit au repos mais ce n'est pas vrai, tu es au travail au milieu de nous ! Nous sommes tous en train d'être sauvés et c'est l'oeuvre de l'Esprit.
Merci pour la tradition qui nous porte et nous nourrit.
Merci pour le rythme de la semaine, celui des fêtes et des saisons.
Merci pour tous les cycles de la vie de l'Église, merci pour la liturgie, ses couleurs et même ses odeurs.
Merci pour l'Église qui me permet de comprendre les générations qui se suivent, se posent, se superposent pour un projet dont toi seul es le grand architecte.
Pour aujourd'hui, comme pour hier et demain, nous avançons dans ton grand dessein.
Mes pieds suivent le chemin des ancêtres et mes enfants aussi sont invités à choisir le vrai, le bien et l'humain.
Ensemble et le même jour nous entrerons dans ton royaume que tu construits, grain de après grain.
Amen.
Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 1 Décembre 2009 à 09:15
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