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Chers paroissiens, chers amis et chère famille

Avec vous nous sommes tristes et nous nous retrouvons cet après-midi avec ce désir de vous accompagner, de porter avec vous cette tristesse, c'est bien pourquoi nous sommes venus nombreux en cette église.

Nous accompagnons chaque famille dans son deuil, mais aujourd'hui nous mesurons une nouvelle fois que les paroles voulant aider peuvent en fait blesser, les gestes que nous tentons peuvent être mal interprétés, les phrases de condoléances et de sympathies sont marqués par la gentillesse et mais aussi par un embarras particulier.
Veuillez nous pardonner d'avance si l'un ou l'autre, ou même moi-même, nous parlons de ce que nous ne connaissons pas, nous parlons sans pouvoir réellement nous mettre à votre place.
Le pasteur parle à partir de la Bible, les personnes vous raconteront peut-être l'une ou l'autre épreuve traversée et d'autres femmes ayant vécu la même souffrance vous en témoigneront peut-être.
Le souhait de chacun est de tenter de vous aider tout en sachant qu'à un certain moment nous sommes tout de même seuls avec notre peine.

Aujourd'hui nous voulons nous souvenir que nous sommes une même humanité. Aujourd'hui il n'y a pas de protestants ou de catholiques, des ouvriers ou des ingénieurs, des gens d'ici ou d'ailleurs, des chrétiens ou des agnostiques, nous entourons une mère qui pleure son fils. Voilà pourquoi nous sommes tous frères, nous sommes réunis en une même humanité qui vacille parfois devant les épreuves les plus redoutables, et la mort en est une.

Pardonnez-moi d'évoquer ce qui fait la joie d'une femme enceinte, nous en comprendrons d'autant mieux votre peine.

Porter un enfant est comme le sourire de la vie,
c'est la promesse d'un avenir,
c'est la concrétisation d'un amour,
c'est la confiance en quelqu'un,
c'est un projet de vie,
c'est mettre le meilleur de soi-même,
c'est aussi le mystère de l'existence, le secret de la maternité... comment un être se tisse-t-il au plus profond de son corps ?
c'est se préparer à sa venue,
C'est se préparer avec sa famille, avec toute une série de membres de sa famille...
on se prépare à accueillir un nouveau membre, on se réjouit avec celle qui sera maman...

C'est tout cela qui est bouleversé, et vous aurez peut-être encore d'autres mots pour le dire...
Le deuil est à la mesure de l'espoir, de l'amour qui avait préparé, de tout ce qu'un couple s'était chuchoté en une grande complicité.
Et il vous faut faire le deuil de ce petit Thibaut qui n'aura vécu que trois jours, après environ 6 mois de grossesse. Thibaut est né le 22 mars, il a été baptisé à l'hôpital le 23 mars, il est décédé le 25 mars.
Nul ne peut donner d'explication quant aux raisons qui ont fait s'interrompre le processus qui devait terminer la formation de l'enfant, et donner ainsi tout ce qui semblait promis.

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Méditation
Dans quelques minutes, quand nous sortirons de l'Eglise, nous serons frappés par les rayons de soleil, la nature annonce l'arrivée du printemps, ces jours-ci semblent, eux aussi, promettre la vie. Nous voyons les premiers arbustes se couvrir de bourgeons, ils contiennent, eux aussi, une promesse de vie et il me semble que la vie de Thibaut peut leur être comparée car elle contenait une promesse de vie, un bourgeon qui devait se déployer pour sa joie et la joie de sa famille.
La nature, elle encore, peut nous inspirer, il arrive que le froid et le gel font des dégâts parfois irréparables. Et nous savons bien que nous ne maîtrisons pas le climat ni la nature. Le gel fait parfois des dégâts et la nature souffre, des bourgeons meurent parfois.

Thibaut était donc l'un de ces bourgeons de la vie, mais il était aussi plus que cela. Je l'ai évoqué, il a été baptisé, il porte un nom. Nous ne donnons pas de noms aux bourgeons, nous donnons un nom à nos enfants. Vous n'aurez pas à l'oublier, vous aurez un nom, un souvenir, un amour qui vous a porté et qui continuera à vous porter. Nous vous offrons cette bougie de baptême pour vous aider à vous souvenir du passage de Thibaut dans votre vie. Elle vous rappellera aussi que Jésus nous a dit Je suis la lumière du monde. Je veux être votre lumière malgré toutes les obscurités qui vous touchent.

Voyez-vous nous guérissons tous des petites déceptions, des petits deuils, mais pour ce qui touche au vrai deuil, rien ne s'oublie jamais. Tout ce que nous pouvons vivre c'est de nous habituer mieux à la douleur et, dans la dimension de la foi, de comprendre que nous sommes accompagnés dans cette douleur.
La vie va continuer, le passé s'inscrit en nous, nous portons tous des blessures, des brèches, des meurtrissures, mais l'avenir reste ouvert pour vivre intensément ce que l'amour continue à nous promettre.

Qu'en est-il de la vie après la mort ? Quand nous nous séparons de nos proches qui ont eu une histoire nous pouvons imaginer par-delà la mort une vie, certes différente, mais une vie, car ces défunts auront eu une histoire, développé une intelligence, possédé un caractère. L'intuition de la foi peut faire imaginer une autre vie, une éternité, des retrouvailles.
Qu'en est-il d'un enfant qui n'était pas encore complètement formé ? Ecoutons ce simple élément de réponse, écoutons comment le prophète Esaïe évoque la naissance d'un pays que nous connaissons sous le nom d'Israël.
Nous savons fort bien l'histoire très mouvementée de ce pays, nous évoquons régulièrement les drames liés à son histoire. Pourtant Dieu affirme ici l'avoir accompagné alors qu'il n'était pas encore formé. Le processus, le plan de Dieu, continue.

Esaïe 4
1 Mais maintenant, écoute bien,
peuple de Jacob, mon serviteur,
Israël, toi que j'ai choisi.
2 Voici ce que je te déclare,
moi le Seigneur qui t'ai fait,
qui t'ai formé dès avant ta naissance
et qui viens à ton aide :
N'aie pas peur, peuple de Jacob,
Qu'adviendra-t-il d'un enfant qui n'était pas encore complètement formé ? Nous n'avons pas une réponse mais l'intuition que donne la foi, nous avons le prolongement de ce qu'a annoncé le prophète Esaïe et tout ce qui a été donné en Jésus nous fait dépasser cette énigme.
Et ce n'est pas seulement aujourd'hui que nous sommes placés devant des mystères, devant ce qui nous est caché, car la vie éprouve régulièrement notre foi.
La logique ou le raisonnement ne savent pas y répondre. Devant l'absurde, devant l'échec, devant l'arbitraire nous pouvons certes placer la volonté, les progrès de la science, le combat contre toutes les formes du mal, mais vient toujours le moment où la foi prendra le relais de la raison et de la volonté.
Qu'en est-il du petit Thibaut ? La réponse est dans le mystère, mais le mystère n'est pas un vide. C'est un mystère quand nous prenons le pain et le vin de la sainte cène, c'est le mystère de la présence de Dieu quand nous le prions, c'est le mystère de la célébration de Pâques et de la résurrection... En ces moments-là nous plaçons notre confiance en ce qui a été montré et donné en Jésus.

Frères et soeurs soutenons-nous les uns les autres en une simple humanité compatissante, soutenons-nous les uns les autres par ce qui nous donné dans la dimension de la foi. C'est dans la souffrance que nous ferons particulièrement briller l'amitié, le soutien, la fraternité. Que ce mystère-là vienne réchauffer et éclairer ce que nous ne pouvons comprendre. Amen.

Rédigé par Bruno Holcroft le Mardi 14 Avril 2009 à 07:45