Romains 8 v 19 - 24

19 La création entière attend avec impatience le moment où Dieu révélera ses enfants. 20 Car la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien, non parce qu'elle l'a voulu elle-même, mais parce que Dieu l'y a mise .
Il y a toutefois une espérance : 21 c'est que la création elle-même sera libérée un jour du pouvoir destructeur qui la tient en esclavage et qu'elle aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. 22 Nous savons, en effet, que maintenant encore la création entière gémit et souffre comme une femme qui accouche. 23 Mais pas seulement la création : nous qui avons déjà l'Esprit Saint comme première part des dons de Dieu, nous gémissons aussi intérieurement en attendant que Dieu fasse de nous ses enfants et nous accorde une délivrance totale. 24 Car nous avons été sauvés, mais en espérance seulement. Si l'on voit ce que l'on espère, ce n'est plus de l'espérance : qui donc espérerait encore ce qu'il voit ? 25 Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec patience.


Chers amis,

ces quelques versets décrivant l'humanité mais aussi la nature et les animaux, toute la création attendant le jour de la délivrance est bien touchante. Une délivrance ? Quand nous lisons les mauvaises nouvelles dans la presse, quand la télévision nous livre son lot de violence, de destructions, d'actes de folies le plus souvent nous soupirons d'impuissance, quand le malheur nous atteint et que nous ne voyons plus ce qu'il y a lieu de faire, nous sommes toujours dans le soupir, nous sommes dans l'attente d'une délivrance.

Et puis vient la question de Dieu. Car s'il y a un Dieu bien entendu nous voudrions qu'il soit la force qui empêche toute forme de mal et d'autant plus quand le mal est violent, absurde, injuste. La Bible nous apporte quelques lumières à ce sujet. Jésus est bien venu en apportant des délivrances, il suffit de penser à ses actes, aux malades guéris, aux démons chassés. Mais Dieu est venu, en Jésus-Christ, vivre pleinement la condition humaine, il est venu recevoir en sa chair l'absurde de la vie, l'implacable, l'injuste. Il en est mort et c'est parce qu'il est ressuscité des morts que nous nous retrouvons pour continuer, étonnés et espérants, regardant la vie avec une attente modifiée, mais une attente bien vivante.

L'attente de Dieu ce n'est pas de croire en une irruption brutale, la victoire du bien contre tout mal, mais l'Evangile s'offre à nous comme une plante à croissance silencieuse. La semence est en train d'être semée, elle est au milieu de nous, elle est en nous. Elle fait son oeuvre, son chemin.
Le grand jour – le jour du règne de Dieu – est partout où Jésus s'approche et son oeuvre n'est, le plus souvent, pas du domaine de ce qui est visible, mais de l'ordre du discret, de l'intime, du secret.
Le royaume de Dieu est au milieu de nous. Le royaume est là où circule Jésus, le royaume est là où l'on reçoit ses paroles, le royaume est là où l'on vit de ce qu'il nous donne. Et nul ne peut nous l'enlever.
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Quand nous sommes au chevet d'une personne aimée souffrant de la maladie d'Alzeimer notre espérance humaine baisse peu à peu, au rythme de la mémoire qui s'en va, au rythme des mots qui manquent, du regard qui ne s'allume plus, de l'esprit qui divague. C'est une tristesse pour nous, c'est un abattement de ne plus reconnaître et de ne plus être reconnu.
Que faire quand on est au chevet de la personne aimée et que les gestes, les paroles, la présence s'enfoncent et perdent leur sens ?
Nous ne pouvons que nous en remettre à une espérance plus grande, celle de Dieu, celle qui nous rappelle que le mot de la fin n'appartient pas à la mort mais à celui qui est la vie, celle évoquée par les versets lus en introduction.

Quand nous sommes au chevet du mourant nous sommes invités à le voir tel que Dieu le voit, lui qui ni ne se fatigue, ni ne se lasse.
Nous regardons avec tendresse un bébé et pourtant ses capacités sont encore minimes, c'est un potentiel qu'il a en lui que nous voyons.
Quand la maladie, la vie, la guerre, ou l'alzeimer nous blessent, nous mutile ou nous amenuise, nous avons à comprendre que cet état n'est pas à l'image de l'homme ou de la femme, c'est la trace de la maladie et cet état n'est pas une condition finale.

Devant la vraie souffrance, la maladie et la mort nous sommes invités à entrer plus en profondeur avec le mystère et le secret de la vie. Nous n'avons pas une valeur parce que nous avons un métier, une passion, une maison, mais nous avons une valeur parce que nous sommes aimés, tels que nous sommes, et sans condition. La maladie peut diminuer et défigurer, mais nous sommes tous invités à nous placer dans la soupire de la création, dans l'attente de la venue d'un salut plus complet. L'homme et la femme ne sont à l'image de la maladie qui les altère, mais à l'image de Dieu. La fin de tout n'est pas un anéantissement mais un accomplissement.

Oui nous craignons tous la maladie, et la déchéance et la mort, mais l'Evangile répond par le don de l'amour et il souligne qu'une aide doit nous être apportée dans bien d'autres domaines aussi.
Nous craignons la maladie d'Alzeimer mais
Quand des bien-portants regardent quelqu'un est que notre visage et notre regard n'exprime plus rien, de quelle maladie sommes-nous atteints ?
Quand nous rencontrons quelqu'un et que nos lèvres ne trouvent plus les mots de l'amitié, du pardon, de la fraternité, de quelle maladie sommes-nous atteints?
Quand nous vivons et que nous n'avons plus de mémoire, ne nous souvenant ni de ce que nos parents ont voulu nous transmettre, ni de ce que l'histoire de notre pays nous enseigne, de quelle maladie sommes-nous atteints ?
Quand nous ne comprenons plus le monde dans lequel nous vivons et que nos familles sont disloquées au point le père ne reconnaît plus son fils ni l'enfant sa parentée. De quelle maladie sommes-nous atteints ?

Nous avons à nous aimer les uns les autres afin de sortir des surdités, des cécités, des solitudes et de tout ce qui est mortifère. Le monde se vante, le monde se vend et veut que nous allions toujours plus vite en avant. L'Evangile préconise un arrêt, que nous pivotions sur nous-mêmes et que nous recontruisions notre vision de l'homme et du monde.

Nos bienaimés nous voulons simplement les accompagner, nous tenir là, leur éviter une souffrance inutile et croire que ce qu'ils sont est plus grand que leur état.
Mais pour tous ceux au milieu de qui nous vivons nous voulons continuer à croire qu'une guérison est possible.
Nous voulons être en paix, être animés d'un idéal, savoir nous réconcilier, élever nos pensées, travailler à la fraternité, vouloir toujours une meilleure justice. Et si le travail de Dieu se fait dans le secret, si une semence a été plantée, si la plante de l'Evangile est en train de grandir en nous, nous nous en réjouirons, nous fiant à lui, le priant de poursuivre son oeuvre afin que tout le travail du jour, nos responsabilités comme nos peines, se déroulent dans la conscience de la grande oeuvre à laquelle nous participons. Nous sommes en train d'être sauvés.

Rédigé par Bruno Holcroft le Vendredi 3 Décembre 2010 à 16:26